mar 23

Le Miroir aux Fées

Le Miroir aux fées

 

Personnages :

Merlin

Fée Oenanthe

Prince des Aulnes

Fée Nénuphars

Fée Iris

Fée Callitriche

Fée Jacinthe

Le chevalier Lohengrin

L’écuyer Kambel

Raztar le chasseur de fées

Sapristi, l’assistant de Raztar

Scène 1 :

Un jour pour l’amour

 

(Merlin marche dans les bois, à coté du lac)

 

Merlin :

Que vois-je ?

Le ciel est clair et bleu , l’eau s’est faite miroir.

C’est un temps à se perdre dans le fond d’un regard,

Quand chante la grenouille de sa voix métallique,

Quand sur les flots à l’étal vient danser le dytique,

Et quand les verts bourgeons remplacent les chardons,

C’en est fini du froid de la morte saison.

Nous fêtons Beltaïne, où la nature renait.

(il s’arrête regarder deux pierres au sol… et laisse tomber malencontreusement son talisman).

C’est un jour pour l’amour même pour ces galets

Tendrement accolés, pareils à deux aimants,

Ils se réchauffent l’un l’autre sous le soleil luisant.

Que personne ne vienne, troubler cette nature,

Car elle porte en son sein tous les bonheurs futurs,

le monde est en émoi pour une saison nouvelle,

Tout vibre autour de moi car tout se renouvelle.

 

(Le chevalier Lohengrin et L’écuyer Kambel arrivent à sa rencontre )

 

Le chevalier Lohengrin :

Auguste vieillard, je vous salue !

L’écuyer Kambel :

Salut l’ancien !

Merlin :

Serait-ce un chevalier du noble roi Arthur,

Qui chemine en ce val en quête d’aventures ?

Le chevalier Lohengrin :

C’est bien cela l’ami !

L’écuyer Kambel :

Et moi je l’accompagne et porte tout son fourbi !

Merlin :

On le dit « sans retour » ce val ensorcelé,

N ’ayez pas la folie de vous y arrêter,

Ces eaux claires bien qu’elles soient aujourd’hui immobiles,

Cachent sans aucun doute de terribles périls.

N’allez surtout pas vous y désaltérer,

Vous troubleriez la paix de ce lieu enchanté.

Le chevalier Lohengrin :

Merci pour tes conseils, j’en ai pris bonne note, tu as tout d’un vieux sage !

 

(Merlin s’en va… et le chevalier se penche vers l’eau pour boire !)

 

L’écuyer Kambel :

Et comme d’habitude mon maître n’en fait qu’à sa tête ! Il suffit qu’on vous dise que cette eau est empoisonnée pour qu’elle vous donne soif !

Le chevalier Lohengrin :

Hahahaha ! Kambel, mon jeune ami ! Vous n’allez pas croire aux fariboles de ce vieux fou ! S’il fallait croire en la magie, nous ne ferions jamais rien !

 

(Kambel range des affaires en fond de scène… pendant que Lohengrin est penché sur l’eau, la fée Iris en sort son visage… un peu plus loin Callitriche sort aussi sa tête et observe la scène )

 

Le chevalier Lohengrin :

Quel étrange reflet !

Fée Iris :

Moi je n’avais encore jamais vu le mien dans le ciel…

Le chevalier Lohengrin :

Et moi jamais le mien avec autant de clarté ! Êtes vous un elfe, un esprit, une fée ?

Fée Iris :

Je suis une fée du Lac et j’ai pour nom Iris. Vous êtes chevalier ?

Le chevalier Lohengrin :

Un chevalier d’Arthur, on m’appelle Lohengrin.

Fée Iris :

Il faut que je m’en aille, dans notre royaume un mariage se prépare… je serai là demain.

Le chevalier Lohengrin :

Alors j’y serai aussi ! J’espère vous retrouver !

 

(La fée Iris replonge ! Le chevalier se retourne vers Kambel)

 

Le chevalier Lohengrin :

As-tu vu cette fée dans le lac ?

L’écuyer Kambel :

Une fée ? Je croyais que la magie n’existait pas pour vous ?

Le chevalier Lohengrin :

Mais si ! J’ai vu une fée magnifique !

L’écuyer Kambel :

Hahahaha ! Vous avez rêvé mon maitre ! C’est à cause du soleil qui vous a échauffé la tête ou des plantes qui ont empoisonné cette eau ! Reprenons la route, il nous reste du chemin !

Le chevalier Lohengrin :

Non, nous allons camper un peu plus loin, je veux revenir demain.

 

(Le chevalier s’en va)

 

L’écuyer Kambel :

Mais qu’est-ce qui lui arrive !?

 

(Kambel s’en va)

 

Scène 2 :

Un mariage princier

 

Fée Callitriche :

Quoi ? Iris s’est entichée d’un chevalier ! Comme c’est romantique ! Quelle belle journée aussi ! Tien, maintenant qu’il n’y a personne, je vais aller faire un tour hors de l’eau et profiter du soleil ! Mais nous avons appris hier que la pauvre Iris va devoir se marier avec le Prince des Aulnes… la prophétie des crapauds l’a dit ! Tout ça risque d’être très compliqué ! Et puis c’est un mortel ! C’est impossible pour une fée d’aimer un mortel ! Et pourtant tellement évident car la nature est si belle aujourd’hui !… Contre la magie de la nature, on ne peut rien !

 

(elle sort de l’eau… et se dirige vers le talisman)

 

Mais qu’est-ce que c’est que ça ! Un bijou ! Formidable ! Je vais le donner à Jacinthe, ça lui fera tellement plaisir, elle adore toutes ces choses là…

 

(Elle met le talisman… et semble se changer…)

 

Le donner… pourquoi le donner ? Il me va très bien ! Comme ce soleil m’agace ! Et ces fleurs, et ces cailloux partout ! Ce printemps qui arrive est insupportable !

 

(Oenanthe, Nénuphar, Jacinthe et Iris sortent de l’eau)

 

Fée Nénuphar :

Nous te cherchions Callitriche !

Fée Callitriche :

A ouai, pour quoi faire ?

Fée Jacinthe :

Mais quel joli bijou ! Où as tu trouvé ça ? Je voudrais le même !

Fée Callitriche :

Tu ne mérites pas ce genre de chose Jacinthe !

Fée Jacinthe :

Mais… bon.. je disais ça comme ça… on te cherchait juste pour l’organisation du mariage d’Iris et du Prince des Aulnes !

Fée Nénuphar :

Grâce à ce mariage Iris sera bientôt reine du royaume des fées !

Fée Oenanthe :

L’oracle était formel, ces deux là doivent se marier…

Fée Jacinthe :

J’adore les mariages !

Fée Callitriche :

Pffffff ! J’en ai rien a faire de votre stupide mariage moi !

Fée Nénuphar :

Mais… Callitriche ! Qu’est-ce qui t’arrive ? Je ne t’ai jamais vue comme ça !

Fée Jacinthe :

C’est pas très gentil !

Fée Iris :

Ne vous en faites pas, c’est rien… vous savez ce mariage ne m’enthousiasme pas beaucoup non plus… On doit se marier juste parce qu’on est prince et princesse…

Fée Jacinthe :

Et parce que trois crapauds ont lu l’avenir dans une bulle d’air remontant de la vase. Moi je déteste les crapauds ! Mais qu’elle vilaine peau ils ont, quand on sait les miracles que leur ferait un masque à l’argile de temps en temps.

Fée Iris :

Je n’imaginais pas ma vie comme ça !

Fée Callitriche :

Haha ! Et toi Oenanthe, tu ne dis rien ?

Fée Nénuphar :

Callitriche ! Arrête !

Fée Oenanthe :

Que veux tu que je dise…

Fée Callitriche :

Moi je pense que tu aurais préféré être à la place d’Iris ! Et que tu es très jalouse !

 

(Oenanthe replonge dans l’eau)

Fée Iris :

Mais !

Fée Jacinthe :

Tu es devenue folle ?

Fée Nénuphar :

Qu’est-ce qu’elle t’a fait ? Tu sais que ce mariage lui fait mal au cœur !

 

(Le Prince des Aulnes arrive)

 

Prince des Aulnes :

Salut les filles ! Ben dites moi, c’est la soupe à la grimace ici ! Il fait beau ! Souriez !

Fée Jacinthe :

Callitriche a cassé l’ambiance !

Prince des Aulnes :

Callitriche ? Pourquoi ?

Fée Nénuphar :

Pour rien.

Fée Jacinthe :

Oenanthe vient de partir elle avait l’air bien triste !

Prince des Aulnes :

Oenanthe ! Ho ! La pauvre ! Je vais voir si elle va bien !

 

(Prince des Aulnes replonge, suivi de Nénuphar, Jacinthe et Iris)

 

Fée Callitriche :

C’est ça ! Vous allez voir si je suis bizarre ! Mais on dirait que quelqu’un s’approche !

 

(Elle se cache, Raztar le chasseur de fées et Sapristi, l’assistant de Raztar arrivent avec une charrette pleine d’objets étranges et 3 pauvres korrigans en cage !)

 

 

Scène 3 :

La trahison de Callitriche

Sapristi :

Mais chef, vous pensez vraiment que c’est bien d’attraper des fées ?

Raztar:

Sapristi, si je vous le dis !

Sapristi :

Mais ce sont des créatures magiques ! Des créatures merveilleuses ! Nous avons déjà capturé 3 Korrigans… moi je commence à avoir mal au cœur !

Raztar:

Mal au cœur pour des Korrigans ? Sapristi, vous rigolez ? Ces créatures sont diaboliques ! N’avez vous jamais entendu parler des Changelins ?

Sapristi :

Non…

Raztar:

Ces immondes créatures s’amusent à voler les enfants des hommes pour mettre dans le berceau un de leurs infâmes rejetons à la place ! Les pauvres mamans s’épuisent à élever un bébé hideux, qui refuse de grandir, qui ne fait que des bêtises et rend tout le monde fou autour de lui ! Vous trouvez ça merveilleux ?

Sapristi :

Ben… non… mais les fées… elles ne font rien de mal…

Raztar:

Toutes les créatures enchantées aiment nous jouer des tours ! Il faut s’en débarrasser sans exception ! Sapristi, donnez moi le pistolet à pollen et la trompette à terroriser les nymphes au lieu de faire des sentiments !

Sapristi :

Heu… Chef… je crois que j’ai oublié le pistolet…

Raztar:

Sapristi ! Sombre nigaud ! Vous avez oublié le pistolet !

Sapristi :

Mais j’ai la tapette à mouche !

 

(Sapristi sort une tapette à mouche de son bazar)

 

Raztar:

Que voulez vous que j’en fasse ! Incapable ! Sapristi, donnez moi la trompette, nous allons tenter de les attirer !

 

(Sapristi, hésitant, lui donne la trompette, il souffle dedans… le son est horrible)

 

Raztar:

Mais qu’avez vous fait !

Sapristi :

J’ai voulu la nettoyer mais mon chiffon s’est bloqué dedans… impossible de l’enlever, et quand j’ai voulu tirer dessus avec des pinces j’ai fait un trou…

Raztar:

Sapristi ! C’est incroyable d’être aussi nul !

 

(Callitriche sort de l’eau)

 

Raztar:

Sapristi ! Une fée ! Donnez moi le filet !

Fée Callitriche :

N’espérez pas m’attraper petit chasseur ! Je vous propose mieux !

Sapristi :

Elle parle !

Raztar:

Évidemment Sapristi ! Que voulez-vous ensorceleuse ?

Fée Callitriche :

Je vous propose toutes mes sœurs ! Elles se sont montrées fort agaçantes et désagréables avec moi ! Un petit séjour en aquarium leur fera du bien et apaisera ma colère !

Raztar:

Toute vos soeurs ! Mais en échange de quoi ?

Fée Callitriche :

De rien ! C’est une vengeance !

Sapristi :

Quelle horrible fée !

Raztar:

Taisez vous sapristi !

Fée Callitriche :

Tenez-vous là, et soufflez là dedans !

 

(Elle sort un sifflet qu’elle lui jette puis replonge dans l’eau. Raztar souffle dedans ! Oenanthe, Jacinthe et Nénuphar sortent de l’eau… )

 

Fée Nénuphar :

Tu nous appelles pour t’excuser ? Mais où est Callitriche ?

 

(Raztar jette son filet et attrape Oenanthe et Jacinthe… scène de panique )

 

Sapristi :

Nous en avons deux chef, il y en a une qui s’enfuit !

Raztar:

Hahahaha ! C’est un bon départ !

Fée Nénuphar :

Monstre ! Il a dû voler le sifflet de Callitriche ! Mes sœurs, nous vous sauverons !

Fée Jacinthe :

Au secours !

Fée Oenanthe :

Sauve toi Nénuphar ! Préviens le Prince des Aulnes !

 

(Nenuphar replonge… les chasseurs sortent les fées de l’eau et les emmènent)

 

Scène 4 :

Merlin cherche son talisman… libération des fées

 

(Merlin arrive, il semble chercher quelque chose au sol)

 

Merlin :

Une chose est bien sûre, je suis passé par là !

Ici les deux cailloux tendrement enlacés !

Le talisman maudit est certainement tombé,

tout près de cet étang où m’ont porté mes pas !

Ce bijou maléfique est l’œuvre de Morgane !

Il ferait d’un mouton, d’un lapin ou d’un âne,

un monstre maléfique plus cruel qu’un lion,

Capable de haïr jusqu’à la trahison !

 

(Merlin continue de chercher et sort de scène, la Fée Nénuphar et le Prince des Aulnes sortent de l’eau )

 

Fée Nénuphar :

Prince des Aulnes, c’est ici qu’elle ont été attrapées !

Prince des Aulnes :

Ils ont pris la fée Jacinthe, la fée Callitriche et la pauvre Oenanthe !

 

(Callitriche sort de l’eau)

 

Fée Callitriche :

Vous rigolez ou quoi ? Personne ne m’a attrapé !

Fée Nénuphar :

Callitriche ! Quel soulagement ! Je pensais qu’ils t’avaient rapté aussi, ils avaient ton sifflet !

Fée Callitriche :

Heu… oui… en effet… ils ont essayé et j’ai réussit à m’enfuir !

Prince des Aulnes :

Allons nous cacher dans ces arbres, ce sont mes amis ! Nous les attendrons là !

 

(ils vont se cacher, Raztar, Sapristi, la Fée Jacinthe et la Fée Oenanthe arrivent )

 

Raztar:

Tiens les fermement Sapristi, je ne veux pas qu’elles s’enfuient !

Sapristi :

Oui chef, mais elles se tortillent !

Raztar:

Alors les filles vous êtes combien là dessous ?

 

( Callitriche, Le prince des Aulnes, et Nénuphar leur sautent dessus !)

 

Prince des Aulnes :

A l’attaque !

Sapristi :

Au secours !

Raztar:

Un guet-apens !

 

(La Fée Jacinthe et la Fée Oenanthe sont libérés, Raztar et Sapristi assommés !)

 

Fée Oenanthe :

Prince, vous m’avez sauvé la vie !

Prince des Aulnes :

C’est aussi grâce à vos amies !

Fée Oenanthe :

Vous êtes mon héros !

La Fée Jacinthe :

Retournons vite dans l’eau ! Mes cheveux vont sécher ! Je vais encore mettre trois heures à les démêler !

Fée Callitriche :

Et eux ? Il faut qu’on les transforme en têtards ! Nous les écraserons ensuite de nos propres mains !

Fée Nénuphar :

Mais ça va pas ! Ils auront déjà une belle bosse et seront bien punis ! Ce sont des humains, c’est normal qu’ils soient bêtes ! Apprenons juste à être plus méfiantes, ces êtres sont dangereux et sans cœur !

Fée Callitriche :

Très bien… comme tu voudras Nénuphar !

 

(Tous replongent, Raztar et Sapristi se réveillent)

 

Sapristi :

Chef ! Chef ! Elles se sont enfuient !

Raztar:

Ha ! Malheur ! Je t’avais dit de les tenir fermement !

Sapristi :

Mais…

Raztar:

Allons vite voir si les korrigans n’en ont pas fait autant !

 

(Raztar et Sapristi quittent la scène en courant !)

 

Scène 5 :

Le retour du chevalier… et le drame.

 

(La Fée Iris sort de l’eau)

Fée Iris :

Il n’est pas encore là…

Je vais attendre… ce mariage ! J’ai fui la compagnie de mes sœurs toute la journée, elles ne parlent que de ça ! Ce mariage, ce mariage, je n’en voulais déjà pas ! Mais maintenant que j’ai vu ce chevalier, plus question de me marier avec le Prince des Aulnes, oh non ! Quand il va venir je m’enfuirai avec le chevalier ! Il m’emmènera loin d’ici et si je ne dois plus revoir mes sœurs pour ça tant pis ! Si je ne dois pas être reine pour ça tant pis !

 

(Callitriche sort de l’eau)

 

Fée Callitriche :

Iris ? Que fais-tu là, hors de l’eau ?

Fée Iris :

Callitriche ! Tu m’as fait peur !

Fée Callitriche :

Ha bon ? Comme c’est étrange ! Tu as l’air de quelqu’un qu’on surprend à préparer un mauvais coup !

Fée Iris :

Moi… pas du tout… je…

Fée Callitriche :

Tu attendais quelqu’un peut-être ?

Fée Iris :

Je ne vois pas de quoi tu parles !

Fée Callitriche :

Moi, je vois très bien… Nénuphar va être très triste de l’apprendre, et Jacinthe, et Oenanthe !

Fée Iris :

Mais Callitriche ! Tu sais tout ?

Fée Callitriche :

Oui, et je suis bien décidé à ne pas te laisser faire !

Fée Iris :

Mais pourquoi ?

Fée Callitriche :

J’ai remarqué que depuis hier, mes pouvoirs magiques sont sans limite !Il me plait de soumettre le monde à tous mes caprices !

Fée Iris :

Je ne te reconnais plus ma sœur ! Tu étais ma plus fidèle confidente ! Je croyais que toi seule pourrais me comprendre ? Que t’ai-t-il arrivé !

Fée Callitriche :

Hahahahaha ! Écoute plutôt l’étendue de mes pouvoirs ! Toutes ces formules me viennent comme ça, comme par magie :

Vers de lune et lune de miel

Que ton amour se fasse fiel,

Je te condamne aux profondeurs

que cet étang accueille tes pleurs,

Tu resteras les pieds au fond

Plus jamais tu ne verras son front !

Fée Iris :

Une force irrésistible m’entraine dans le lac ! Non ! Non !

 

(La Fée Iris sombre dans le lac)

 

Fée Callitriche :

Quelle merveilleux plan ! Et toutes nos sœurs seront ravies d’apprendre que j’ai empêché ta fuite ! Car depuis leur enlèvement, elles craignent les humains ! Hahahahaha !

 

(Lohengrin et Kambel arrivent la fée Callitriche les attend le dos tourné )

 

Le chevalier Lohengrin :

Dépêche toi Kambel !

L’écuyer Kambel :

Je fais ce que je peux seigneur !

Le chevalier Lohengrin :

J’espère que je ne suis pas en retard !

L’écuyer Kambel :

Mais non, vous n’êtes pas en retard ! Car ces histoires de fées ce sont des sornettes ! C’est le soleil qui vous a échauffé l’esprit !

Le chevalier Lohengrin :

Regarde plutôt là-bas, ma fée est là ! Sur ce rocher ! Comme promis !

L’écuyer Kambel :

Quoi ? Mais c’est impossible ! Une fée !

Le chevalier Lohengrin :

Me voilà belle fée !

Fée Callitriche :

Heureuse de vous rencontrer !

L’écuyer Kambel :

C’est vrai qu’elle est belle !

Le chevalier Lohengrin :

Mais vous n’êtes pas ma fée ! Où est-elle ?

Fée Callitriche :

Sombre mensonge et imposture,

te voilà en mauvaise posture !

Je te condamne à te noyer,

Dans les profondeurs inondées,

Cet étang sera ton tombeau,

Où dormiront toujours tes os !

Le chevalier Lohengrin :

Au secours ! Une force irrésistible m’entraine dans le lac ! Non ! Non !

 

(Le chevalier Lohengrin sombre dans le lac et la fée Callitriche le suit en riant !)

 

L’écuyer Kambel :

Malheur ! Catastrophe ! Moi qui croyais que toute cette magie était impossible ! Elle a ensorcelé mon maitre et maintenant qu’elle le précipite dans le fond d’un lac ! Il faut que j’aille chercher du secours ! Vite ! Vite ! Mais qui ? J’ai une idée ! Ce vieillard que nous avons vu hier, il n’a pas dû aller très loin ! Il avait l’air de s’y connaître en magie, peut être qu’il saura quoi faire pour le libérer !

 

(l’écuyer va chercher Merlin)

 

Scène 6 :

La vengeance d’Iris… le réconfort des chasseurs !

 

Sapristi :

Franchement, mon maitre, je pense que ces créatures sont dangereuses ! Elles nous ont assommés !

Raztar:

Sapristi ! Ne dites pas n’importe quoi ! C’est vous qui les teniez mal !

Sapristi :

Mais pas du tout ! Il y a avait trois ou quatre autres qui nous sont tombées dessus !

Raztar:

A cause de votre manque d’attention ! Et les korrigans se sont enfuis ! Nous n’allons pas rentrer bredouille parce que vous avez peur !

Sapristi :

Mais…

Raztar:

Regardez ! L’eau bouge… elle devient même rouge ! Sûrement l’une de ces cruelles créatures ! Préparez le filet et cachons nous !

Sapristi :

Quel filet ? Je n’ai qu’une épuisette !

Raztar:

Incapable !

 

(Sapristi et Raztar vont se cacher )

 

Fée Iris :

Malheur ! Qu’ai-je fait ! Qu’ai-je fait ! Je ne voulais pas ça… voilà que le sortilège semble rompu… je peux respirer l’air du dehors, mais à quel prix ! Elles ont voulu m’emprisonner… elles ont voulu que jamais je ne revois l’air libre ! Elles ont assassiné mon chevalier et je l’ai vu descendre au fond, comme une algue bercée par les flots, pour venir se coucher pour l’éternité sur un lit de vase… Elles ont voulu tout me prendre et pour me défendre j’ai brisé les flacons que préparait Callitriche depuis hier, toutes ces potions mystérieuses dont elle avait rempli sa chambre et voilà la catastrophe… Toutes mortes… et cette eau couleur de sang… et cette eau à la couleur de mon crime… Ho ! Que faire ! Que faire… je suis une meurtrière ! Mais je ne voulais pas ça !

Raztar:

La pauvre !

Sapristi :

Chef, vous venez de dire que c’est une créature cruelle !

Raztar:

Tu ne vois pas qu’elle est malheureuse sombre idiot ? Il y a dû avoir une histoire d’amour qui a mal tourné et elle se retrouve aujourd’hui sans personne ! Tu n’as pas de cœur !

Sapristi :

Mais… Chef !

Raztar:

Mademoiselle la fée ? Nous avons entendu vos lamentations et cette histoire tragique… ce terrible accident… nous ne vous voulons aucun mal… saisissez cette main amie…

Fée Iris :

Un humain ! Je n’ai plus rien à perdre… faites de moi ce que vous voudrez, je suis un monstre.

Raztar:

Je ne vois qu’une fée qui souffre…

Sapristi :

C’est vrai… vous n’êtes pas seule… nous sommes là… Nous ne sommes peut-être pas les meilleurs amis qu’on puisse imaginer. Il est cruel et moi très maladroit… mais voilà, nous sommes là.

Fée Iris :

Merci…

 

(Raztar et Sapristi viennent s’assoir à côté d’elle)

 

Scène 7 :

Le retour de Merlin

 

(Kambel et Merlin arrivent sur scène)

L’écuyer Kambel :

De la magie je vous dis ! Il y avait cette fée, mais attention, ce n’était pas la bonne, je veux dire elle était ravissante mais ce n’était pas celle que mon seigneur avait vu la veille ! Et elle a parlé dans un jargon tout bizarre et le voilà emporté vers le fond ! Ha ! Regardez ! Entre ces deux brigands ! En voilà encore une !

 

(Raztar, la fée Iris et Sapristi se retourne vers Merlin et Kambel)

 

Fée Iris :

Merlin… vous venez me punir…

Raztar:

Il faudra d’abord nous passer sur le corps ! Sapristi, mon tromblon !

Sapristi :

C’est que j’ai voulu le nettoyer chef… je trouvais qu’il ne brillait pas et…

Raztar:

Sapristi. Taisez vous !

Merlin :

Je ne suis pas ici venu vous gourmander

Mais remettre de l’ordre dans ce qui fut troublé !

Car un fier chevalier par une cruelle magie,

A sombré dans ces eaux que le sang a rougi.

Fée Iris :

Ce n’est pas tout… il y a eu une dispute au fond de cet étang et en renversant une potion… j’ai assassiné mes sœurs qui me tenaient prisonnières…

Merlin :

Je doute que de si effroyables potions

puissent être d’ordinaire en votre possession.

J’en déduis donc qu’une fée a pris le talisman,

Ce bijou infernal rendrait chacun méchant !

L’écuyer Kambel :

C’est vrai ! La fée qui a noyé mon seigneur portait une pierre verte autour du cou !

Fée Iris :

Mais oui, depuis hier, Callitriche porte un bijou étrange ! Jacinthe voulait le même !

Merlin :

Je viens mettre de l’ordre dans ce qui fut troublé !

Que cette pierre soit enfin restituée.

 

(Merlin fait des gestes magiques au dessus de l’eau)

 

Vermines et scolopendres étendez tous vos bras,

Que la pierre diabolique remonte jusqu’à moi !

 

(le talisman saute de l’eau et Merlin l’attrape)

 

Ce que ta magie noire a su empoisonner,

je veux le voir revivre, enfin ressuscité !

Et pour tous vos tracas sachez tendre l’oreille,

Car le chant du printemps révèle des merveilles.

 

(Merlin s’en va)

 

L’écuyer Kambel :

C’est tout ?

Raztar:

Charlatant !

Sapristi :

Il fait sauter les bijoux hors de l’eau quand même !

Fée Iris :

Regardez plutôt !

 

Scène 8 :

dénouement

 

(Oenanthe, Nénuphar, Jacinthe,Callitriche et le chevalier, le Prince des Aulnes sortent de l’eau)

 

L’écuyer Kambel :

Mon Seigneur !

Fée Iris :

Mes soeurs !

Le chevalier Lohengrin :

Ma fée !

Fée Oenanthe :

Mon prince !

Prince des Aulnes :

Ma fée Oenanthe !

L’écuyer Kambel :

Méfiez vous d’elle ! C’est une sorcière ! (désignant Callitriche)

Fée Iris :

Pas du tout ! C’est le talisman qui la faisait agir ainsi ! L’esprit de l’horrible fée Morgane agissait à travers elle.

Fée Callitriche :

De quoi vous parlez ?

Fée Jacinthe :

Toi, si douce et amusante, tu étais devenue méchante ! Tu ne te souviens pas de ce magnifique bijou ?

Fée Callitriche :

Non !

L’écuyer Kambel :

Vous voulez dire que cette ravissante demoiselle est en plus sympathique quand elle n’est pas victime d’un mauvais sort ?

Fée Nénuphar :

C’est la plus gentille d’entre nous ! Et je comprends mieux ta mauvais humeur de ce jour dernier !

Fée Callitriche :

Je vous demande pardon…

Fée Iris :

Vous êtes tous revenus… je vous demande pardon aussi…

Fée Oenanthe :

Je pense que nous avons tous fait de terribles bêtises… Même moi qui n’ai pas porté de talisman, ni assassiné personne… nous aurions dû mieux nous parler, toutes, pour éviter les catastrophes et moins nous fier aux prophéties des Crapauds ! N’est-ce pas à nous de décider de nos vies?

Prince des Aulnes :

Tout à fait d’accord ! Ce mariage, nous le savons tous est une mascarade !

Fée Iris :

Je ne veux qu’un mari et c’est ce chevalier.

Prince des Aulnes :

Et moi personne d’autre que la fée Oenanthe !

Fée Nénuphar :

Mais les oracles !

Sapristi :

Il arrive à tout le monde de se tromper !

L’écuyer Kambel :

Ou de désobéir !

Raztar:

Plutôt que de nous capturer les uns les autres, décidons d’être heureux ensemble !

 

Rideau

 

 

 


   mar 21

saynètes mythologiques

Trois actes :

Hadès, Perséphone et la naissance des saisons

Orphée aux enfers

Le Minotaure

 

Personnages :

 

Déméter

Perséphone

Sycés

Daphnés

Balanos

la secrétaire de Zeus

Zeus

le Minotaure

le roi Minos

Eurydice

Orphée

La Prêtresse

Squelette 1

Squelette 2

Cerbère

Dédales

Pasiphaé

Ariane

Thésée

Sophia

Andreia

Sôphrosunè

Dikaiosunè

 

 

 

Acte 1 :

Hadès, Perséphone et la naissance des saisons

 

 

 

Scène 1,

La chambre de Perséphone

(Déméter, Perséphone, Sycés, Daphnés, Balanos)

 

Déméter :

Perséphone ! Perséphone ! Tu vas ranger ta chambre un jour ? Perséphone, t’es où ?

Perséphone :

Je suis là maman, c’est bon, ça va ! T’es tout le temps sur mon dos ! Elle est rangée cette chambre, c’est juste une question de point de vue.

Déméter :

Quoi ? Une question de point de vue ? On n’aperçoit même plus le mont Olympe là-bas avec tout le bazar que tu emmagasines ! Regarde, il y a un tas de trucs devant ta fenêtre on ne voit même plus la nature !

Perséphone :

Non mais c’est l’enfer ici, la nature, la nature, on s’en fiche de la nature ! Il n’y a rien à voir !

Déméter :

Si vous alliez dehors de temps en temps avec tes copines tu saurais ! Tu aurais peut-être aussi meilleur mine que de rester enfermée ici à bavarder sans rien faire ! Tu ne sais même pas en quelle saison on est et si les arbres sont en fleurs ! Tu ne manges jamais de fruit de saison !

Perséphone :

Génial ! J’ai mieux à faire que de regarder pousser les fleurs et manger des pommes !

Déméter :

Tu es désespérante ! Vive l’adolescence ! Bon, je dois m’absenter quelques jours, on a une réunion sur Olympe pour préparer le printemps, pas de bêtise, et que cette chambre soit rangée quand je rentre !

Perséphone :

T’inquiète !

 

(Démeter s’en va et Perséphone court vers un coquillage pour s’en servir comme d’un téléphone)

 

Perséphone :

Allo ! Les Sycés ? Ouai, ma mère vient de partir, enfin ! Je croyais qu’elle n’allait jamais décoller ! Vous venez avec Balanos et Daphné ? C’est la mort ici, il n’y a rien à faire ! Vous êtes où ? Je capte trop mal là, les murs sont énormes ! Ha ! Chouette ! Ouai. Ouai. Tu penses… Ouai… On en parle tout à l’heure je te dis je t’entends mal ! À tout’

 

(Elle se met du vernis sur les orteils… On frappe à la porte elle va ouvrir en marchant comme elle peut… personne… mais enroulé dans sa cape noire Hadès se glisse dans la chambre à pas de loup)

 

Perséphone :

Les filles ? C’est vous ? Mais vous êtes où ? Si vous cherchez à me faire peur c’est raté !

 

(Elle ferme la porte retourne s’assoir sur la banquette,de nouveau elle se met du vernis sur les orteils… et on frappe encore à la porte, elle va de nouveau ouvrir…comme elle peut )

 

Balanos :

Salut ! On arrive pas trop tard !

Perséphone :

Salut ! Ça vous amuse de faire des blagues dans ce genre ?

Daphnés :

Quelle blague ?

Perséphone :

Ben, frapper et partir !

Sycés :

C’est pas nous, on vient d’arriver.

Perséphone :

Ouai, c’est ça, me prenez pas pour une débile !

Daphnés :

Mais c’est pas nous !

Sycés :

C’est pénible à la fin ! Si tu nous crois pas, ça sert à rien !

Daphnés :

Allez les filles, si c’est pour se prendre la tête on dégage.

Sycés :

C’est clair !

Balanos :

Ouai, By by !

 

(Elle s’en vont ! Hadès surgit, tout devient sombre !)

 

Hadès :

Hahaha ! Jolie petite créature ! Fille de la nature par qui tout nait ! Cela faisait longtemps que je t’observais ! Tu en as assez de toutes ces plantes, de tout ce soleil, de tout ce qui pousse ! Tu préfères les objets, les miroirs, le vernis à ongle et toutes ces choses ! Je te les offres !

Perséphone :

Non mais vous êtes qui vous ?

Hadès :

Je suis Hadès ! Le Dieu des enfers !

Perséphone :

Non mais génial. Sérieux, je m’en fiche de vos cadeaux moi. Vous n’avez rien à faire ici.

Hadès :

Petite ingénue ! Vous allez apprendre le respect que l’on doit au Dieu des enfers !

Perséphone :

Mais je te dis que j’en veux pas de tes cadeaux pourris ! Tu schlingues en plus ! Tu te nettoies avec du souffre ?

Hadès :

Petite insolente ! Tu vas payer pour cela ! Mange ce fruit !

Perséphone :

Ça va pas la tête ! Je suis sûr qu’il n’est même pas propre !

Hadès :

Regarde moi dans les yeux et mange ce fruit !

Perséphone :

C’est une caméra caché ? C’est quoi ce délire !

Hadès : (Il tente l’hypnose…)

Tes paupières sont lourdes… très lourdes… tu es en mon pouvoir… A Un tu attrape ce fruit, à Deux tu croque dedans, à Trois … ben à trois … on verra !

Perséphone :

Mais ?

Hadès :

Un !… Deux !…Trois !…

( Perséphone Obéit… a demi endormie…elle s’effondre à 3 à moitié consciente ! )

Hadès :

Hahaha ! On fait moins la maline ! J’étais prêt à te couvrir d’or pour que tu acceptes de devenir ma femme ! Je vais me contenter de t’enlever ! Tu auras tout gagné !

Perséphone : (dans un demi sommeil)

Ta femme ?! Mais ça va pas ! T’as vu ta tête ?

 

(Avec sa cape il fond sur elle et l’emporte. Noir)

 

Scène 2,

Chez Zeus, A Olympe

(Déméter, la secrétaire de Zeus, Zeus, le Minotaure, le roi Minos)

 

Déméter :

Zeus ! Zeus, où est Zeus ! Je veux parler à Zeus !

La secrétaire de Zeus :

Olala ! Vous allez où là ?

Déméter :

Je veux voir Zeus !

La secrétaire de Zeus :

Non mais ça ne se passe pas comme ça. Va falloir prendre rendez-vous.

Déméter :

Vous rigolez ou quoi ? Je suis Déméter, déesse de la nature et des saisons, je veux le voir tout de suite. Il est où ?

La secrétaire de Zeus :

Monsieur Zeus est en rendez-vous, il n’est pas disponible pour le moment. Je peux vous proposer un rendez vous… dans quatre mois. Vous avez de la chance, quelqu’un vient de se désister, sinon, il aurait fallu un an et demi.

Déméter :

Quoi ? Quatre mois ? Un trimestre avant de le voir ?! Mais vous vous prenez pour qui ?

La secrétaire de Zeus :

Hé bien je ne peux rien de plus pour vous. Si ça vous chante vous n’avez qu’à faire passer plus vite les saisons.

Déméter :

Mais… Saleté ! ZEUS ! ZEUS !!! JE NE PARTIRAI PAS AVANT D’AVOIR VU ZEUS !!!

Zeus : (qui sort de son bureau avec le Roi Minos et le Minotaure)

Qu’est-ce que c’est que ce raffu ?

Déméter :

Mon Dieu qu’il est laid ! C’est une tête de vache ?

Minos :

De taureau !

La secrétaire de Zeus :

Je suis désolé elle est complètement incontrôlable ! Elle s’est mise à hurler je n’ai rien pu faire.

Déméter :

Zeus, il fallait que je te vois au plus vite !

Zeus :

Demeter ! Ha ! Tu tombes bien ! Il va falloir m’expliquer pourquoi il pleut depuis trois semaines ! Mais attends deux minutes… ( A Minos et au Minotaure) Bon, on fait comme on a dit, un labyrinthe ce sera très bien parce qu’en liberté votre fils il va faire peur à tout le monde.

Minos :

Ben oui, c’est la meilleur solution si vous pouvez rien faire pour me l’arranger…

Zeus :

La je ne peux rien, c’est Poséidon qui a bricolé ça, c’est ni fait ni à faire, il n’a jamais été un grand artiste. Et puis moi, je suis un Dieu, pas un chirurgien esthétique, il y a des limites.

Minos :

T’as compris toi ? Avance, on rentre à la maison, on va aménager le parc pour que tu joues tranquille et comme ça les autres arrêteront de te jeter des pierres.

 

(ils s’en vont tous les deux)

Zeus :

Bon alors, c’est quoi cette pluie, un coup de déprime ?

Déméter :

Non mais tu te moques de moi ? Tu sais très bien pourquoi ? Ça fait trois semaines que ton frère Hadès a kidnappé ma fille Perséphone ! Trois semaines que je pleure toutes les larmes de mon corps !

Zeus :

Tu devrais lui dire merci ! Elle est insupportable cette gamine capricieuse !

Déméter :

Mais !

Zeus :

Elle est jolie, oui, mais de là à vouloir l’épouser ! Il va vivre l’enfer le pauvre !

Déméter :

Le problème n’est pas là ! Depuis quand on kidnappe la fille d’une déesse ? Je ne suis pas d’accord ! Je veux que tu me la rendes ! T’as vu à quoi il ressemble ! Et il pue !

Zeus :

Attends, il s’occupe des enfers, c’est normal qu’il sente… fort… Mais il n’y a pas de sous- métier ! J’aimerais bien t’y voir ! Tu passes ton temps dans les champs à courir dans la brise, lui il est tout le temps sous terre.

Déméter :

Peu m’importe ! Chacun sa mission ! Et le problème n’est pas là ! C’est MA fille ! Je la marie à qui je veux ! Sinon, je te préviens, ne comptes pas sur moi pour arrêter la pluie ou faire pousser quoi que ce soit !

Zeus :

Mais les hommes ont besoin de cultiver les champs !

Déméter :

Tu ne fais rien pour ma fille, je ne fais plus rien pour les hommes ! Tu te trouveras d’autres jouets pour t’occuper !

Zeus :

Déméter ! Mais quel caractère ! Elle a de qui tenir ta fille !

Déméter :

Rends la moi !

Zeus :

Très bien, très bien ! Tu as gagné ! Mais je te préviens, si elle a goûté aux fruits de l’empire des ombres, je ne pourrai rien pour elle !

Déméter :

Elle, manger un fruit ? Ça me ferait bien rigoler !

Zeus :

Je convoque Hadès avec ta fille.

 

Scène 3,

Chez Zeus, A Olympe

(Déméter, La secrétaire de Zeus, Hadès, Perséphone,Zeus)

 

(Déméter avec la secrétaire attendent, Hadès entre)

Déméter :

Monstre ! Scélérat ! Crapule ! Ha ! Te voilà enfin ! Tu es sorti de ton trou à rat ! Tu vas voir ce qui t’attend ! (elle est prête à lui bondir dessus)

La secrétaire de Zeus :

S’il vous plait ! Du calme, du calme ! C’est à Zeus de rendre la justice !

Déméter :

Du calme ? Du calme ? Non mais ce puant à kidnappé ma fille ! Ma fille unique ! La prunelle de mes yeux !

Hadès :

Mais oui, du calme, elle va bien ta fille ! Elle ne s’est jamais protée aussi bien !

( rentre Perséphone)

Déméter :

Ho ! Mon petit amour ! Il ne t’a pas fait de mal ? Je suis si heureuse de te revoir enfin ! Tout est organisé Zeus va t’arracher aux griffes de ce dégénéré !

Perséphone :

Non , t’inquiète, ça se passe plutôt bien en dessous. Une fois qu’on s’est habitué à l’odeur c’est franchement vivable.

Déméter :

Bientôt trois mois que tu n’as pas vu le soleil, pas vu une fleur ! Ma pauvre chérie ! Tout ça a cause de ce monstre ! Ha !!! Je vais t’arracher les yeux !

( Zeus rentre )

Zeus :

Hola ! Du calme, du calme, personne n’arrache les yeux de personne sauf si je le demande !

Hadès :

Salut frangin, mais quelle furie !

Zeus :

Ne m’en parle pas !

La secrétaire de Zeus :

Ça fait quatre jours qu’elle campe ici !

Déméter :

Non mais c’est moi qu’on accuse ! Je n’ai kidnappé personne à ce que je sache !

Hadès :

Kidnappé, kidnappé, tout de suite les grands mots !

Déméter :

Zeus ! Fais le taire ! L’haleine qui sort de sa bouche ferait pourrir sur pied tous les arbres du printemps !

Zeus :

Ne nous énervons pas, nous allons trouver une solution pacifique à toute cette histoire !

Déméter :

Mais il n’y a rien a discuter ! Il y a quatre jours tu as dit que tu allais me rendre ma fille, tu me rends ma fille ! Ne te dégonfle pas Zeus !

Zeus :

J’ai dit ça ?

La secrétaire de Zeus :

Oui, vous avez dit ça, s’il vous plait, rendez-lui sa fille que tout entre dans l’ordre et que je puisse retrouver mon bureau !

Hadès :

Attends, tu vas pas te laisser impressionner par deux nanas !

Zeus :

Bon… ben… si j’ai promis… Hadès s’il te plait, rends lui sa fille… et on en parle plus. Je te trouverai une autre femme, une histoire moins compliquée, tu n’y verras que tu feu.

Hadès :

Mais pas question !

Déméter :

Foudroie le ! Il se mutine !

Zeus :

Hadès, s’il te plait, tu te rends compte dans quelle situation je suis, je ne peux même plus travailler tranquillement ! Elle menace d’empêcher les récoltes de pousser ! Tu imagines les conséquences ? Plus homme sur terre et tous les Dieux qui me tombent dessus, Appolon n’aura plus personne pour écrire des poèmes, Eros n’aura plus d’amoureux, et j’ose à peine imaginer la réaction de Poséidon s’il n’a pas un navire à couler de temps en temps !

Hadès :

Mais qu’elle les laisse mourir de faim ! Ils viendront tous aux enfers et ce sera moi qui commanderai les hommes !

Zeus :

Tu n’y penses pas, tu n’as ni la place, ni le personnel pour accueillir tout ce monde là ! Et puis vous êtes mathématiquement plus nombreux en dessous que sur terre, et ce n’est pas prêt de s’arrêter, tu le sais, tu n’as rien à m’envier !

Hadès :

Alors si c’est ça moi aussi je fais grève, je préviens Charon et j’interdis à tout le monde de rentrer en enfer !

Zeus :

Il est nul ton gardien, contre une pièce il laisse rentrer n’importe qui ! Regarde l’autre fois, c’était qui déjà ? Ha oui ! Hercule ! C’est une vraie passoire votre truc.

Hadès :

Non mais tu rigoles ! Hercule lui a cassé deux dents à ce pauvre Charon, on l’a retrouvé flottant dans le Styx les pieds et les mains ligotées ! Il ne sait pas nager je ne sais pas par quelle magie il s’en est sorti, il aurait pu se noyer ! Et je te rappelle qu’Hercule est ton fils, et que si vous surveilleriez mieux vos gamins toutes ces histoires n’arriveraient pas !

Déméter :

Quoi ! Mais traite moi de mauvaise mère ! Je la surveille ma fille ! Je ne la lâche pas d’une semelle !

Perséphone :

Ça c’est clair !

Zeus :

Bon, tu lui rends sa fille s’il te plait ?

Hadès :

Je peux pas, même si je le voulais, je ne peux pas !

Déméter :

Qu’est-ce que c’est que cette histoire encore !

Zeus :

Pourquoi ?

Hadès :

Elle a goûté aux fruits de l’empire des ombres.

Zeus :

Malheur !

La secrétaire de Zeus :

Alors là c’est la catastrophe, on est pas prêt d’être tranquille !

Déméter :

Mais il ment ! Elle ne mange jamais de fruit ! Ni de légume d’ailleurs !

Hadès :

Demandez lui !

Déméter :

Persephone ?

Perséphone :

Ha… heu… oui… c’est vrai ce qu’il dit. Mais je savais pas moi que ça m’empêcherait de sortir !

Hadès :

Ha ! Vous voyez, prends tes affaires Persophone, on rentre.

Déméter :

Zeus ! Fais quelque chose !

Zeus :

Là, je ne peux rien faire, je ne peux pas empêcher de faire que ce qui est arrivé soit arrivé !

Déméter :

Tu sais faire autre chose que des feux d’artifices Zeus ? Tu parles d’un roi des Dieux !

Hadès :

Et non, il n’y a que papa qui aurait pu remonter dans le temps !

Déméter :

Cronos ?

Hadès :

Oui, mais comme Zeus à eu la bonne idée de lui régler son compte, ta fille reste en bas avec moi pour toujours !

Perséphone :

Non mais attendez, si ça vous fait rien j’ai peut-être mon mot à dire ?

Hadès :

Non, t’as croqué le fruit de l’empire des ombres, tu ne peux plus sortir des enfers !

Perséphone :

A ouai ? Et là, je suis où en enfer ?

Hadès :

Heu… Non, mais là c’est spécial…

Zeus :

Mais oui ! Elle peut sortir !

Déméter :

Le sale menteur !

Hadès :

Mais non ! Elle ne peux pas sortir… enfin… pas tout le temps…

Zeus :

Dis nous la vérité Hadès !

La secrétaire de Zeus :

Oui, si vous pouviez parler ça m’éviterait de devoir relire tous les livres de mythologie pour savoir si vous mentez ou non. Moi je croule sous la paperasse et je viens de perdre quatre jours de travail à cause d’elle !

Déméter :

Non mais dit donc ! Tu parles à une déesse ! Gratte papier !

Hadès :

Très bien… elle peut remonter dans le monde la moitié d’une année… deux saisons, pas plus.

 

Déméter :

Mais c’est formidable !

Zeus :

Vous savez ce qu’on va faire ? On va couper la poire en deux, elle passe le printemps et l’été avec sa mère, parce que c’est plus sympa, et l’hiver et l’automne avec toi Hadès !

Perséphone :

Non mais vous rigolez ou quoi ? C’est à moi de décider !

Déméter :

Mais…

Hadès :

Heu…

Zeus :

Ben…

La secrétaire de Zeus :

Vue la mère je ne contrarierais pas la fille !

Perséphone :

D’accord pour une moitié d’année sur terre et l’autre aux enfers. Mais pas question de venir pour l’été et le printemps, le soleil je déteste ça, et les moissons, les petites fleurs, les feuilles vertes, ça m’agace. Je ne remonterai que pour l’automne et l’hiver.

Zeus :

Très bien c’est parfait !

Déméter :

Mais… non !

Perséphone :

Un mot de plus et je ne remonte pas du tout maman ! J’ai tout ce que je veux là-bas, j’y suis très bien. Alors s’il te plait arrête de mettre ton nez dans mes affaires et de croire savoir ce qui est bon pour moi.

Hadès :

Hahahaha ! Bien dit !

Perséphone :

Et toi, fais pas le malin ! Allez, prends mes sacs on rentre à la maison, le printemps,c ‘est dans trois semaines. Au revoir tout le monde.

(Elle part et Hadès la suit en trottinant)

Zeus :

Bon courage Hadès !

Déméter :

Mais… quand même…

Zeus :

Ha ! Les enfants ! C’est pas simple !

 

 

Fin de l’Acte 1

Rideaux

 

Acte 2 :

Orphée aux enfers

 

Scène 1 :

dans les bois, près d’une rivière

(Eurydice, Daphné, Balanos et Sycés,Orphée)

 

Tableau dansé : Les nymphes Eurydice, Daphné, Balanos et Sycés font leur arrivée dansée… puis elles se disposent sur scène pour bavarder « entre filles ».

 

Balanos :

Hey, les filles, vous avez vu Jason ?

Sycés :

Jason ! Mais on ne voit que lui, quel pot de colle !

Daphné :

Il ne ressemble à rien ce mec !

Balanos :

Et pourtant, qu’est-ce qu’il se la raconte !

Sycés :

Il se croit irrésistible avec ses muscles ! C’est ridicule !

Daphné :

Attendez, il est tout petit, plein de poils, mal habillé, c’est une catastrophe ambulante !

Balanos :

Et il mâchouille des battons de réglisse toute la journée genre « bad boy » !

Sycés :

C’est pour ça qu’il pue du bec !

Daphné :

Et qu’il a les dents jaunes ! Qui pourrait vouloir d’un mec comme ça !

 

(On entend le son d’une trompette en coulisse… toutes s’arrêtent et écoutent, elles sont comme envoutées… la musique s’arrête)

 

Balanos :

Mais cette musique est comme un nectar à mon oreille !

Sycés :

Sa perfection est inspirée d’Apollon, c’est certain !

Daphné :

Je n’ai jamais rien entendu de pareil… c’est plutôt l’œuvre de Cupidon ! Je sens sa flèche qui vient me percer le cœur !

(Orphée arrive en devant de scène, il rejoue un morceau et toutes tombent en pâmoison, et toutes vont vers Orphée)

Sycés :

( Qui quitte sa place et va tourner autour de lui ) Je suis Sycés, nylmphe des figuiers… ( elle lui tend une figue) tien, la meilleur des figues, Ô musicien inspiré des dieux…

Orphée :

Merci beaucoup… mais ça tombe mal, je n’aime pas les figues !

Sycés :

Ho ! Rustre !

 

( elle retourne à sa place, vexée)

 

Balanos :

( Qui quitte sa place et va tourner autour de lui ) Je suis Balanos, nylmphe de l’arbre Roi de la forêt, le chêne…

Orphée :

Hahaha ! Tant que vous ne m’offrez pas un gland à manger !

Balanos :

Ho ! Malappris !

 

( elle retourne à sa place, vexée)

 

Daphné :

( Qui quitte sa place et va tourner autour de lui ) Je suis Daphné, nymphe des lauriers, cet arbre dont les feuilles sentent si bon et dont on fait des couronnes aux héros.

Orphée :

Je vois, le truc vert qu’on met dans la soupe !

Daphné :

Ho ! Cuistre !

 

( elle retourne à sa place, vexée, et Orphée s’approche d’Eurydice)

 

Orphée :

Mademoiselle… vous ne vous êtes pas présentée… je n’avais encore jamais vu pareille beauté… êtes vous aussi une nymphe ?

Eurydice :

Oui, je suis aussi nymphe du chêne. Je m’appelle Eurydice, enchantée de faire votre connaissance… mais quel est votre nom ?

Orphée :

Je m’appelle Orphée… je suis le fils du roi de Thrace Œagre et de la muse Calliope…

Eurydice :

Et vous êtes poète et musicien… à côté de vous les autres musiciens font un son de crécelle !

Orphée :

Et vous êtes nymphe et pour moi bientôt muse… à côté de vous les autres nymphes sont des crapauds…

Balanos :

C’en est trop !

Daphné :

Quel odieux personnage !

Sycés :

Allons nous en !

( elles quittent la scène vexées)

Orphée :

Ô nymphe ! Voulez-vous m’épouser ?

Eurydice :

Oui !

 

Scène 2 :

le mariage, dans les bois

(Balanos, Sycés, Daphné,La Prêtresse, Eurydice, Orphée)

 

Balanos :

Bon, elle fait quoi cette prêtresse ?

Sycés :

La prêtresse était là ce matin, je l’ai vue !

Daphné :

Et les futurs époux, ils n’ont pas l’air pressés !

Balanos :

C’est clair ! Moi si je me mariais j’arriverais en avance… Mais la prêtresse c’est bizarre !

 

(La prêtresse arrive)

Daphné :

Holalala ! Vous avez sale mine, vous allez bien ?

La Prêtresse :

Bof… j’ai très mal au ventre… merci pour les figues mademoiselle ! (elle regarde Sycés avec des gros yeux)

Balanos :

Cycés ! Qu’est-ce que tu as encore fait !

Sycés :

Ben c’est pas de ma faute si elle est gourmande, elle a voulu des figues, je lui en ai donné !

Daphné :

Mais c’est pas la saison !

Sycés :

C’est pour ça… je les ai faite murir par magie, mais évidemment si le goût y est et l’aspect aussi, elle a quand même dans le ventre une quarantaine de figues pas mures !

La Prêtresse :

Vous pourriez arrêter de parler de figues… (elle quitte la scène en courant et en se tenant le ventre comme si elle allait vomir…)

Balanos :

Mais Cycés ! Quelle idée ! Ce genre de blague le jour du mariage !

Sycés :

Ben c’est pas mon mariage après tout ! Parce que moi personne ne veut se marier avec moi !

Balanos :

Mais si, Jason n’arrête pas de t’envoyer des petits mots !

Sycés :

Mais tu rigoles ou quoi ! T’as vu sa tête ? Il ferait peur à Méduse ! Toi Balanos, tu as Ulysse qui te court après, Eurydice va se marier avec Orphée, et toi Daphné… oui, toi, n’en parlons pas, c’est Apollon en personne qui te court après! (regard noir à Daphnée)

Daphné :

Franchement, tu ne te rends pas compte de la chance que tu as, parce que Apollon c’est pas un cadeau ! Il n’arrête pas de me coller, je suis obligée de me métamorphoser en laurier pour qu’il ne me voit pas ! J’espère qu’il ne viendra pas à la noce d’ailleurs, sinon ce soir je suis bonne pour faire tout le bal déguisée en plante verte !

Balanos :

Les voilà !

 

(Orphée et Eurydice arrivent, ils ont chacun le crane couvert d’une couronne de fleurs)

 

Eurydice :

Bonjour mes amie nymphes ! Mais où est la prêtresse ?

Daphné :

Ben… heu… en fait… C’est que Sycés…

Sycés :

Elle arrive ! Une petite gastro, rien de bien méchant !

 

(La prêtresse arrive)

La Prêtresse :

Alors c’est vous les futurs mariés ?

Eurydice :

Oui…

Orphée :

C’est bien ça.

La Prêtresse :

Un héros à la poésie et la musique inspirée et une nymphe la plus belle de Grèce… en voilà d’une histoire qui promet d’être compliquée !

Sycés :

Ha ! Vous trouvez aussi !

La Prêtresse :

Par le pouvoir des Dieux et de leur maitre à tous Zeus, père des éclairs et de la tempête. Par son fils Apollon, Seigneur des harmonies et des bonnes proportions, je vous invite à partager ce pain de graines. Puisse ce premier repas vous unir et ces graines semée par Demeter, par qui tout pousse, faire germer les indéfectibles racines d’une union qui vous liera à tout jamais !

 

(La prêtresse leur partage un pain aux graines, et ils en donnent aux autres convives)

 

Daphné : (à la prêtresse)

Vous n’en mangez pas ?

La Prêtresse :

Heu… non… ça va aller…

Eurydice :

Nous sommes mariés !

Orphée :

Pour l’éternité !

Eurydice :

Musique ! Dansons !

 

(Les nymphes sautilles et dansent… jusqu’à ce qu’Eurydice s’effondre… mordue au pied par un serpent ! )

Balanos :

Eurydice !

Daphné :

Un serpent l’à mordue !

Sycés :

Quelle horreur !

Orphée :

Ha ! Terrible bête ! (il attrape le serpent et le jette dans le public) Mon épouse… ( il s’assoie à côté d’elle et l’attrape, elle est inerte… ) Comment vivre sans toi Eurydice ?…Où que tu sois j’irai te chercher, jusqu’en enfer s’il le faut, les Dieux m’en sont témoins !

 

Scène 3 :

Arrivée en Enfer

(Orphée, Charon)

 

(Orphée est sur une berge , Charon est accosté sur sa barque, il attend)

Orphée :

heu… bonjour !

Charon :

… b’jour…

Orphée :

Vous savez à quelle heure est la prochaine navette ?

Charon :

Une navette ? Quelle navette ?

Orphée :

Hé bien, la navette sur le Styx, celle pour l’enfer.

Charon :

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de navette ? C’est moi le passeur ! Moi, moi et rien que moi !

Orphée :

Ha ! C’est vous ! Fallait le dire plus tôt j’ai eu toute les peines du monde à vous trouver ! C’est paumé ici, et niveau cartes c’est pas au point ! Ça fait trois jours que je tourne en rond dans les parages et personne pour me renseigner !

Charon :

Évidemment ! Vous en connaissez beaucoup des gens qui en reviennent des enfers ?

Orphée :

Hahahahaha ! Non, en effet ! Bon, en tous cas c’est vous que je cherchais, je dois allez aux enfers.

Charon :

Vous rigolez ou quoi ? Vous avez vu votre tête ? Vos joues roses, votre bonne mine, je suis sûr que vous ne toussez jamais ! Je ne transporte que les morts !

Orphée :

Ça doit pouvoir se négocier, j’ai quelques drachmes… ça vous intéresse ?

Charon :

Vous me prenez pour qui ! Je ne suis pas corruptible MOI ! Je suis le fils d’Érèbe (les Ténèbres) et de Nyx (la Nuit) ! … bon… montrez combien vous avez… (il regarde les drachmes d’Orphée, et manifestement ce n’est pas assez !)

Orphée :

(au public…) Comment faire pour aller de l’autre coté… ha ! Ça y est ! J’ai une idée ! Monsieur Charon, vous êtes le fils des ténèbres et de la nuit, écoutez, ça va vous plaire, ça s’appelle du jazz, ça se jouera dans des caves – mais dans longtemps – c’est assez précurseur de jouer ça ici !

 

(Il se met à jouer « Streets Of Cairo » or « The Poor Little Country Maid », et Charon danse, le laisse entrer dans sa barque et le transporte sur l’autre rive !)

 

(Une fois arrivé sur l’autre rive, Orphée descend et cesse de jouer… Charon reprend ses esprits et réalise qu’il s’est fait avoir !)

 

Charon :

Mais… que faites vous de ce côté ? Je c’est moi qui… ha ! Malédiction ! Qu’ai-je fait ! La dernière fois qu’on m’a fait le coup c’était à cause d’Hercule et je me suis retrouvé un an en prison ! Alors vous, restez là mais je vous préviens, n’en parler à personne, ce serait un coup à perdre mon poste !

Orphée :

Hahahaha ! Je ne dirai rien, si tu acceptes de me ramener moi et mon amie tout à l’heure ?

Charon :

Très bien, très bien… je vous ramènerai ! Mais ne dis rien à personne, qu’on ne fasse pas des histoire de cette aventure, et surtout pas des pièces de théâtre !

Orphée :

Hahahaha ! Aucun risque, je serai muet comme… une tombe !

Charon :

Très marrant ! (il part en grognant ; traversée dans l’autre sens, noir progressif)

 

Scène 4 :

Cerbère et les squelettes

(Orphée, Squelette 1, Squelette 2, Cerbère)

 

(Orphée regarde partout autour de lui et découvre à quoi ressemble les enfers, sur scène, un squelette)

Orphée :

Bonjour !… Heu… bonjour !

Squelette 1 :

B’jour. (sans regarder, puis il se tourne vers Orphée) Ha ! Au secours ! Un vivant !

Orphée :

Pas de panique, je ne vous veux aucun mal.

Squelette 1 :

Mais c’est que j’ai pas l’habitude… toute cette peau, ça fait bizarre quand même ! Qu’est-ce qu’un vivant fait ici ?

Orphée :

Je suis à la recherche d’une nymphe du nom d’Eurydice, elle est jolie, le teint mat, elle fait cette taille à peu près, elle a dû arriver il n’y pas très longtemps…

Squelette 1 :

T’es nouveau toi ! C’est presque impossible de retrouver quelqu’un ici, on est tellement nombreux et c’est mal éclairé. Il n’y a que Hadès qui pourrait te renseigner, il faut voir ça au niveau de son administration, il sait où tout le monde se trouve…

Orphée :

Et vous sauriez me dire où je peux trouver Hadès ?

Squelette 1 :

Trouver Hadès ?

Orphée :

Oui, Hadès, le dieu des enfers, vous avez déjà dû avoir affaire à lui ! Hahahaha !

Squelette 1 :

Hum… En effet… d’habitude c’est plutôt lui qui vous trouve… mais je ne sais pas où il est , ça fait des siècles que je suis là, j’ai pas trop visité.

Orphée :

Pas visité ? Vous arrivez dans un nouveau pays et vous ne visitez pas ?!

Squelette 1 :

Hum… Vous voulez voir quoi ? Ici c’est les marais des soupirs, tout droit, les landes des innocents, encore après, le champ des pleurs et si arrivé là, si vous prenez à gauche, vous arrivez à la forteresse Tartare où sont renfermés les plus grands criminels… pour expier leur fautes. Vous reconnaitrez facilement sa porte de fer et son seuil de bronze. Ça vous donne envie de faire du tourisme vous ?

Orphée :

Non, c’est sûr, mais il faut que je lui demande où se trouve Eurydice.

Squelette 1 :

Hum… Et peut-être que derrière la forteresse Tartare se trouve le palais de Hadès et Perséphone, mais franchement, moi, je n’y suis jamais allé. Mais Hadès, c’est pas un tendre… bonne chance.

Orphée :

Merci !

(Orphée arrive vers un second squelette)

Orphée :

Bonjour Monsieur !

Squelette 2 :

Madame… Pas monsieur !

Orphée :

Pardon, j’avais pas vu…

Squelette 2 :

Si vous m’aviez vu avant, vous ne vous seriez pas trompé !

Orphée :

Sans doute !

Squelette 2 :

Mais dites-moi… vous êtes… vivant !

Orphée :

Oui, Je suis à la recherche d’Hadès, je veux lui demander où se trouve Eurydice, ma femme. Elle s’est faite mordre par un serpent.

Squelette 2 :

Quoi ? Tu viens jusqu’en enfer pour retrouver ta femme ! Comme c’est romantique ! Quelle chance elle a… moi tu vois j’attends toujours qu’on vienne me sauver…

Orphée :

Vous sauriez où se trouve le palais d’Hadès ?

Squelette 2 :

Il doit se trouver derrière la forteresse Tartare. Là-bas tu trouveras la champs des soldats morts au combat et au bout du champ, les Murs Cyclopéens, c’est contre les murs que se dresse son palais. Il sert de passage vers les Champs Elysée, c’est là où les héros et les gens vertueux goûtent le repos après leur mort.

Orphée :

C’est sûrement par là, en effet. Je dois filer tout droit, c’est ça ?

Squelette 2 :

Oui.

 

(Orphée avance… mais un énorme chien à trois têtes lui bouche la route ! Cerbère aboie, montre les crocs… et le menace… Orphée retourne vers le squelette 2, lui enlève un os et le lance pour que le chien court le chercher… )

 

Orphée :

Va chercher !

Squelette 2 :

Hey ! Mon os ! Voleur !

 

(ça ne marche pas ! )

 

Orphée :

Zut ! Il me faut une idée… comment faire ! Ça y est !

 

(Il se met à jouer « Streets Of Cairo » or « The Poor Little Country Maid », le chien s’endort, il passe )

 

Scène 5 :

Chez Hadès et Perséphone

(Orphée, Perséphone, Hadès, Eurydice)

 

Orphée :

Hého ! Il y a quelqu’un ? S’il vous plait, je recherche Hadès !

Perséphone :

Bonjour jeune homme ! Mais qu’est-ce que vous faites là ? Qui êtes-vous ! Mais… vous êtes…

Orphée :

Vivant, oui, je sais…Je m’appelle Orphée, je suis musicien et poète.

Perséphone :

Mais qu’est-ce que vous faites là ! Si mon mari Hadès vous voit ça va chauffer !

Orphée :

Hadès ! Mais c’est justement lui que je cherche ! Ma femme Eurydice s’est faite mordre par un serpent le jour même de notre mariage. Je la cherche en enfer pour la ramener dans le monde et on m’a dit que Hadès pourrait me dire où elle se trouve.

Perséphone :

Alors toi, tu ne manques pas d’optimisme ! Hadès n’est pas du genre à laisser sortir les gens de l’enfer… et je sais de quoi je parle. Mais ton histoire me touche. C’est tellement, romantique ! Je vais voir ce que je peux faire. Reste là.

 

(elle s’écarte de lui et va vers les coulisses, pour appeler Hadès qui se trouverait dans une autre pièce)

 

Perséphone :

Hadès ! Hadès ! Hadès ! (silence) HADES ! (elle hurle)

Hadès :

Oui… j’arrive ! (des coulisses) Qu’est-ce qui se passe encore ? C’est qui lui ?

Perséphone :

Un musicien, enfin, une sorte de troubadour, il va de pays en pays pour jouer de la musique.

Hadès :

Je sais ce que c’est un troubadour, merci, mais l’enfer, c’est pas vraiment un pays ! Qui l’a laissé rentrer ?

Perséphone :

Surement Charon ! Je te l’ai dit, il est nul, mais tu préfères faire confiance à tes vieux copains qu’à ta femme ! De toutes façons, pour ce que tu t’en occupe de ta femme. Tu bosses tout le temps, t’es jamais là, on ne fait jamais rien ensemble.

Hadès :

Mais… si…

Perséphone :

Alors vas-y, quand est-ce qu’on est allé au théâtre pour la dernière fois ? Partis en week- end ?

Hadès :

Mais tu sais très bien qu’on peut pas laisser les enfers sans surveillance, imagine si tout le monde s’échappe ! Tu vois bien que dès que j’ai le dos tourné c’est le bazar !

Perséphone :

C’est pas une vie !

Hadès :

En effet… c’est le pays des morts ici ! Hahahahaha

Perséphone :

Très drôle ! (elle boude)

Hadès :

C’était une blague, ne fais pas la tête ma chérie ! Bon, il faut que j’y retourne, il y a eu une bataille à Sparte, on a plein de nouveaux. Tiens, toi d’ailleurs (à Orphée), tu vas m’accompagner, maintenant que t’es ici il faut qu’on décide où on va te mettre (il regarde son plan) il reste des places du côté de la Porte du Sommeil.

Perséphone :

Pas question ! Tu vas t’assoir dans ce fauteuil, pour une fois qu’on à la chance de vivre un truc qui sort de l’ordinaire, on va écouter sa musique tous les deux, comme un vrai couple !

Hadès :

Mais…

Perséphone :

Assis j’ai dit ! (Hadès s’assoit) Vas y Orphée, joue.

 

(Il se met à jouer « Streets Of Cairo » or « The Poor Little Country Maid » )

 

Hadès :

C’est prodigieux ! Perséphone donne lui un peu de monnaie.

Perséphone :

C’est ton copain Charon qui a pris toute la monnaie, c’est un vrai cleptomane celui-là !

Hadès :

C’est pas grave, dis moi ce que tu voudrais et si c’est en mon pouvoir je te l’offre !

Orphée :

Hé bien, Monsieur Hadès, ce que je voudrais c’est que vous me rendiez ma femme la nymphe Euridyce, elle est ici depuis peu.

Hadès :

Quoi ? Tu veux que je te rende ta femme ! Mais tu n’y penses pas, vis ta vie, profites-en, tu auras assez de l’éternité de la mort pour supporter ses caprices !

Perséphone :

Hadès ! Il t’as dit ce qu’il voulait, donne le lui !

Hadès :

Très bien, très bien. Je vais faire venir Eurydice, mais attention, tu vas devoir faire le chemin inverse avec elle à tes côtés, traverser les mêmes épreuves mais faire tout cela sans la regarder. Si tu la regardes une seule fois avant d’avoir atteint le monde des vivants, elle disparaitra à tout jamais !

Orphée :

Je suis près à tout pour elle !

Perséphone :

Comme c’est beau ! Prends en de la graine Hadès !

Hadès :

Pffffff ! Eurydice ! Viens ici ! Et toi ferme les yeux.

Eurydice :

Qu’est-ce que vous me voulez ? Ho ! Orphée ! Tu es venu me chercher !

Orphée :

Oui, partons vite rejoindre les vivants, je dois garder les yeux fermés, ne pas te regarder, il va falloir que tu me guides.

Perséphone :

Mais qu’est-ce qu’ils sont mignons !… (en catimini, elle donne une carte à Eurydice) Tiens, les hommes ont un trop mauvais sens de l’orientation, prends cette carte !

 

(il a les yeux fermés elle le guide en lui tenant la main)

 

Scène 6 :

Sortie de l’enfer…

(Orphée, Eurydice)

 

Orphée :

Alors tu es sûre que tu as vu les grandes murailles à droite ?

Eurydice :

Mais oui je te dis !

Orphée :

Parce que ça fait longtemps qu’on marche quand-même…

Eurydice :

C’est bon, tu vas arrêter de râler !

Orphée :

Aie !

(Orphée se casse la figure)

 

Orphée :

Non mais tu pourrais faire attention, préviens moi quand il y a un obstacle ! J’ai les yeux fermés je te rappelle !

Eurydice :

Ça va ! On y voit rien ici ! Tu commences franchement à me fatiguer avec ta mauvaise humeur !

Orphée :

Alors voilà, on va te chercher jusqu’en enfer et toi t’es pas capable de faire l’effort de me guider correctement !

Eurydice :

A voilà ! Monsieur voulait qu’on lui dise merci ! Pffff ! Bonjour la générosité ! (elle regarde au loin, puis ça carte) Je comprends pas, la tour là bas, elle n’est pas sur la carte, et puis le chemin, il devrait tourner vers la gauche…

Orphée :

Une carte ? Quelle carte ?

Eurydice :

Perséphone m’a donné une carte pour ne pas qu’on se perde.

Orphée :

Quoi ? Mais je connais la route ! C’est pour ça que tu nous fais tourner n’importe où ! Montre moi ça ! (il tire sur la carte, elle aussi de son côté… dans la bataille il ouvre les yeux…)

Orphée :

Eurydice, non !

Eurydice :

Orphée !

 

(les deux squelettes viennent jeter un grand voile noir sur elle)

 

Fin de l’Acte 2

Rideaux

 

 

Acte 3 :

Le Minotaure

 

Scène 1 :

Dans le palais de Minos

(Dédales, Minos, Pasiphaé, Ariane)

 

(Dédale et Minos autour d’un plan)

Dédale :

Alors vous voyez, là, c’est l’entrée, c’est très simple en fait ! Par une succession de cercles concentriques, qui s’enchâssent selon l’axe aléatoire de cet invariant sinusoïdale, vous arrivez immanquablement au garde mangé qui se trouve là.

Minos :

Mais j’y comprends rien à votre truc ! Comment on met la nourriture dans le garde mangé qui est là si l’entrée est là ? Et tu disais qu’il fallait les faire passer par ici !

Dédale :

Mais c’est parce que vous n’avez pas pris en compte la rotondité de l’ile et le double mouvement elliptique qui régit l’ensemble de l’architecture. Car lorsque vous arrivez là sur le plan… vous débouchez en fait ici ! C’est à cause des escaliers là.

Minos :

Il y a plusieurs niveaux en plus ! A vous entendre j’ai l’impression que vous ne comprenez pas vous-même ce que vous avez pourtant créé !

Dédale :

Ho oui ! C’est d’une complexité telle que je ne saurais moi-même m’en échapper si ce n’est en volant !

Pasiphaé :

Mon pauvre petit qui n’est déjà pas une lumière doit se sentir bien perdu dans votre labyrinthe M. Dédale! Pourquoi ne l’avoir pas laissé courir dans les champs ou gardé avec nous au Palais ? Tu vois Ariane comment est ton père ! C’est lui le monstre !

Minos :

Il nous a mangé douze valets la dernière fois qu’on l’a fait sortir ! N’écoute pas ce que dit ta mère ma petite.

Ariane:

C’est quand même pas très sympa. Tout le monde se moquait de lui quand on était petits, comment veux tu qu’il ai bon caractère !

Pasiphaé :

J’aimerais bien t’y voir !

Minos :

Enfin, de là à manger des valets… et puis c’est Zeus lui-même qui m’a dit qu’il n’y avait pas d’autre solution ! Il ne peut rien faire pour lui, notre fils est un monstre et il n’y peut rien !

Pasiphaé :

Alors si Zeus te l’a dit c’est que c’est vrai ? Mais il peut quoi au juste le roi des Dieux s’il n’est pas capable de donner forme humaine à notre fils ! Tu vois Ariane, nous ne sommes rien d’autre que les jouets des Dieux !

Minos :

Mais arrête de lui apprendre ces bêtises ! Tu la pousse à la désobéissance et l’impiété ! Il fait plein de trucs Zeus ! Et attends, moi aussi je suis roi, c’est des sacrés responsabilités, on a tout le temps plein de travail. Tu crois que c’est facile de faire tout le temps peur à tout le monde pour se faire obéir ? Je terrorise toute la Grèce, ça me prend déjà beaucoup de temps alors que Zeus il a l’humanité entière et les autres Dieux à terroriser, il faut être indulgent  !

Ariane :

Moi je vois juste que toi comme Zeus, vous n’avez aucun cœur !

Pasiphaé :

Quand je pense à mon pauvre petit qui passe son temps enfermé dans ce Labyrinthe que tu lui as construit avec ce repris de justice, j’en suis malade.

Dédale :

Je ne suis pas un repris de justice !

Pasiphaé :

Votre neveux Perdrix n’est pas tombé tout seul de la falaise, il a bien fallu que quelqu’un le pousse ! Si vous n’aviez pas été banni d’Athènes vous ne seriez pas venu vous enterrer ici !

Ariane :

Assassin !

Dédale :

Mais…

Pasiphaé :

A cause de vous mon bébé doit s’ennuyer là dedans, je ne sais même pas s’il mange à sa faim !

Minos :

Il va avoir quatorze athéniens comme repas la semaine prochaine, je pense qu’il va pouvoir tenir un petit peu avec ça.

Ariane :

Des vrais athéniens ?

Minos :

Oui, un repas de choix, les athéniens sont bien nourris, je suis sûr qu’il mangera à sa faim !

Pasiphaé :

A sa faim ? Il n’a qu’un repas par an !

Minos :

Et alors ? C’est le vétérinaire qui a dit que tous les ans c’était très bien ! Tu sais que plus on lui en donne, plus il mange, c’est un goinfre, et c’est pas bon pour la santé !

Pasiphaé :

Il a de qui tenir ! Allons-nous en Ariane, j’en ai trop entendu !

 

Scène 2 :

aux portes du Labyrinthe

(Dédales, Minos, Pasiphaé, Ariane, Thésée et 4 athéniens : Sophia1, Andreia2, Sôphrosunè3, Dikaiosunè4 )

 

Ariane :

Bonjour, alors vous êtes athéniens ! Vous venez de la Cité de la déesse Athéna ! C’est ma déesse préférée ! Si forte, si juste, si courageuse !

Thésée :

Oui Mademoiselle, nous venons d’Athènes à l’invitation de votre roi. Je ne m’attendais pas à rencontrer une aussi belles créature sur cette ile à la réputation barbare. Je m’appelle Thésée, j’ai été élevé par Egée et Ethra, mais certains disent que je suis le fils de Poséidon en personne ! A qui ai-je l’honneur ?

Ariane :

Un demi-dieu… un demi Dieu flatteur, vous allez me faire rougir ! Je m’appelle Ariane, je suis la fille du Roi Minos et de la Reine Pasiphaé.

Thésée :

Ho ! Une princesse ! Si j’avais su…

Ariane :

Une princesse et un demi-dieu… ha ! Mon abominable père va prendre la parole.

Minos : (faisant un discours)

Chers Athéniens !

C’est pour nous un honneur de celer l’amitié entre nos peuples en vous invitant à visiter notre merveilleux labyrinthe, chef-d’œuvre de l’architecture que nous devons à l’un de vos compatriote, Dédale.

Thésée :

Mais Dédales, c’est celui qui a tué son neveu Perdix par jalousie et a été exclu de la cité !

Ariane :

Oui… Mais ne l’écoutez pas, il ne vous invite pas pour apprendre l’architecture. Dans ce labyrinthe se trouve une terrible créature. Mon frère, le Minotaure.

Thésée :

Ho ! Vous avez un frère ?

Ariane :

Oui. Le pauvre est une terrible créature, mi-homme mi-bête, a moitié Taureau il est la punissions que Poséidon à infligé à mon père en raison de sa cruauté sans limite !

Thésée :

Quel malheur.

Ariane :

Et si vous êtes là c’est pour lui servir de repas ! Sauvez vous jeune athénien ! Sauvez votre vie !

Thésée :

Me sauver ? Mais quel héros se sauverait face au danger !

Ariane :

Vous ne comprenez pas, même si vous échappiez à son appétit féroce vous ne pourriez pas quitter ce labyrinthe, même Dédale qui l’a conçu en serait incapable. Zeus lui-même à supervisé les plans !

Thésée :

Hahahaha ! Zeus ! Moi, en digne fils de Poséidon, je réussirai !

Ariane :

Si seulement c’était possible… vous pourriez peut-être m’arracher à la tyrannie de cette ile et à mon monstrueux père, et m’emmener. Moi qui rêve depuis toujours de vivre à Athènes.

Thésée :

N’est-ce pas la vocation des héros que de sauver les princesses, je reviendrai vous chercher !

Minos : (faisant un discours)

Je vais vous demander maintenant, chère jeunesse Athénienne, de vous mettre en rang pour entrer dans le labyrinthe par cette porte que vous voyez là (il indique le côté cour5).

Dédale :

Heu… non mon Roi, c’est par cette porte ci (il indique le côté Jardin6) qu’ils doivent rentrer, car par là vous les envoyez vers l’escalier hélicoïdale à double révolution et le Minotaue n’est pas prêt de tomber sur eux et de pouvoir manger !

Minos : (faisant un discours)

Heu… oui… on me fait signe que c’est finalement par là-bas que vous devez entrer ! (il indique le côté Jardin)

Ariane : ( A Thésée)

Attendez ! Prenez ce fil, une fois dans le labyrinthe vous n’aurez qu’à le suivre pour retrouver la sortie, je vous attendrai là !

Thésée :

Je serai de retour avant le petit matin !

(tous les athéniens entrent dans le labyrinthe et quittent la scène… Thésée ressort…)

Thésée : (à Ariane)

Quel étourdi ! J’oubliais le fil !

(il rentre dans le labyrinthe)

 

Scène 3 :

Dans le Labyrinthe

(Thésée et 4 athéniens : Sophia7, Andreia8, Sôphrosunè9, Dikaiosunè10 )

 

Thésée :

Les amis, il semble que Minos nous joue un mauvais tour. Ce labyrinthe que nous visitons est destiné à être notre tombeau !

Sôphrosunè :

Mais non, c’est un chef-d’œuvre de l’architecture, rien de plus ! J’ai visité en Egypte les tombeaux des rois ils ressemblent à l’immense cônes, pas à ça.

Thésée :

Sôphrosunè, la fille du Roi en personne m’a affirmé qu’ici vit une créature sanguinaire, un enfant monstrueux de Minos, et nous ne sommes rien d’autre que son repas !

Sophia :

C’est logique ! Pourquoi faire venir ici des athéniens sinon ? Quel intérêt aurait Minos à exposer ses secrets architecturaux à la Grèce entière ?

Dikaiosunè :

Aucun, tu as raison Sophia, il veut juste faire payer aux athéniens, peuple raffiné, la terrible calamité que quelque dieu lui aura infligé !

Thésée :

C’est exactement ça !

Andreia :

Quelle infamie ! Nous nous battrons jusqu’au dernier, pas question de servir de casse-croute à un monstre !

Sophia :

Ne pourrions nous pas rebrousser chemin et nous enfuir ? Je suis sûre qu’en réfléchissant bien nous pourrions retrouver notre route. Il nous suffit d’un peu de mémoire et d’esprit d’analyse !

Sôphrosunè :

Ce serait certainement plus prudent ce qu’il y a mieux à faire, nous n’étions pas préparés à ça !

Andreia :

Pas question ! A vaincre sans péril on triomphe sans gloire.

Dikaiosunè :

Bien dit Andreia, c’est aujourd’hui que les dieux ont mis cette épreuve sur notre route, c’est aujourd’hui qu’il nous faut l’affronter !

Sophia :

Très bien mais organisons nous alors ! C’est à nous de piéger la bête !

Sôphrosunè :

Comment savoir ou elle se trouve, elle nous guette peut-être déjà, j’ai peur !

Thésée :

Formons un cercle, ainsi nous nous protégerons mieux les uns les autres, séparés nous serions vulnérables, ensemble nous vaincrons ce mal !

Sophia :

Je n’aurais pas mieux parlé !

Sôphrosunè :

Là-bas ! Quelque chose bouge dans le noir (Il indique le côté jardin)!

Andreia :

Attaquons les premiers !

Dikaiosunè :

Reste avec nous, Andreia, si tu t’éloignes nous sommes tous vulnérables !

(Surgissant du côté cour la bête surgit et enlève Sôphrosunè)

Dikaiosunè :

Malheur ! Nous avons perdu Sôphrosunè !

Sophia :

Serrons les rangs !

(Surgissant du fond de la scène la bête emporte cette fois-ci Dikaiosunè)

Sophia :

Dikaiosunè s’est fait avoir !

Andreia :

Allons nous tous nous laisser tuer sans nous défendre ? Attaquons !

(Surgissant du côté cour la bête emporte cette fois-ci Sophia)

Thésée :

Sophia ! Mais que faire maintenant !

Andreia :

Le voilà !

 

(Surgissant du côté jardin, la bête se jette sur Thésée et Andreia le pousse et s’interpose ! S’en suit une lutte, Andreia s’effondre et Thésée se relève pour se jetter sur la créature pendant qu’elle mutile encore sa proie ! Il tue le Minotaure…et se précipite sur Andreia qui agonise)

Thésée :

Andreia, mon amie !

Andreia :

La bête tapis dans l’obscurité est morte, tu l’as vaincue ! Toute la Grèce chantera ta légende Fuis ce lieu maudit, ne perds pas courage !

Thésée :

Andreia, mon amie ! Nous l’avons vaincue ensemble, tous ensemble !

(Andreia meurt)

Thésée :

Quelle tristesse ! Ou est ce fil, je ne le trouve plus dans le noir, il a dû se rompre dans la bataille… ici ! Vite, il faut que je quitte ces ténèbres !

 

Scène 4 :

aux portes du Labyrinthe

(Ariane, Thésée , Minos, Pasiphaé, Dédales)

 

(Thésée sort du Labyrinthe et trouve Ariane endormie)

Thésée :

Ariane ! Je suis là !

Ariane :

Quoi… que… qui… où … ha ! Vous ici ! J’osais à peine espérer vous revoir !

Thésée :

Chuut ! J’ai terrassé le monstre mais malheureusement mais compagnons y ont laissé leur vie !

Ariane :

Terrassé ! Mais… vous ne lui avez pas fait mal j’espère ! C’est mon frère quand même !

Thésée :

Mais chut ! Vous allez réveiller tout le monde ! Non, non… il va bien… juste un peu assommé.

Ariane :

Ho ! Le pauvre ! Mais vous n’êtes qu’une brute !

Thésée :

Moins de bruit ! Par pitié ! Et je l’ai a peine assommé, il n’aura même pas de bosse je vous dis !

Ariane :

J’espère !

Thésée :

Chuuuut ! Fuyons vite Ariane ! Votre fil m’a sauvé la vie en m’arrachant à ce labyrinthe infernal, il serait dommage de se faire prendre maintenant ! Allons au bateau, il nous amènera à Athène, mon père Egée m’y attend !

Ariane :

Je croyais que c’était Poséidon votre père ?

Thésée :

Oui, mais concrètement, c’est quand-même Egée qui m’a élevé !

Ariane :

Vous avez raison, filons vite pour Athènes !

(Ils partent en courant et Ariane s’arrête)

Thésée :

Qu’y a-t-il encore ?

Ariane :

J’avais préparé un petit mot pour mes parents, c’est plus correct !

(Elle sort une lettre de son habit, la dépose et ils repartent ! Arrive le Roi et la reine…)

Minos :

Mais qu’est-ce que c’est que ce raffut !

Pasiphaé :

J’ai cru entendre Ariane ! Ariane ? Ariane ? Tu es là ?

Minos :

Malheur ! La porte du labyrinthe est ouverte !

Pasiphaé :

Regardez cette lettre !

Minos :

Donnez ! (il lui arrache la lettre)

Chers Parents,

Si vous lisez cette lettre c’est que j’ai pris la fuite avec l’un des jeunes athéniens qui se trouvait parmi les victimes du Minotaure. Il n’a eu qu’à suivre un fil de laine, qu’il avait pris soin de dérouler en en s’enfonçant dans le labyrinthe, pour retrouver la sortie. Je trouve que vous payez bien cher un ingénieur dont les inventions ne tiennent qu’à un fil ! Je vous enverrai des cartes postales d’Athènes. Bisous. Ariane.

Pasiphaé :

Quoi ! Ariane est partie ! C’est de ta faute ! Monstre ! Si tu n’avais pas fait venir ces athéniens, si tu n’avais pas fait ce stupide labyrinthe pour y cacher ton fils… d’ailleurs… lui…

Minos :

De ma faute ? Tu rigoles ! Tu as passé ton temps à lui mettre des âneries dans la tête !

(elle court vers la porte du Labyrinthe et découvre au loin – en coulisse – le Minotaure !)

Pasiphaé :

Ha ! Non de Zeus ! On dirait un rôti ! ( elle s’évanouit)

Minos :

En effet… c’est pas joli, joli !… Dédale ! DEDALE !

(Dédale arrive en courant)

Dédale :

Oui mon roi ?

Minos :

Tu as vu ton labyrinthe infaillible ? Un athénien en est sorti, il a transformé le Minotaure en carpaccio et il est parti avec ma fille !

Dédale :

C’est impossible ! Mais comment !

Minos :

Avec une simple pelote de laine espèce d’andouille ! Alors ce que tu vas faire c’est que tu vas me nettoyer tout ça et quand c’est propre, TU T’ENFERME DEDANS !

 

Fin de l’Acte 3

Rideaux

 

 

1 La science ou sagesse

2 Le courage

3 La prudence (tempérance, modération)

4 La Justice

5 Le côté cour est le côté droit de la scène, vu de la salle, par opposition au côté jardin, qui est le côté gauche.

6 Le côté Jardin est le côté gauche de la scène, vu de la salle, par opposition au côté cour, qui est le côté droit.

7 La science ou sagesse

8 Le courage

9 La prudence (tempérance, modération)

10 La Justice

Atelier du mardi 1

 

saynètes mythologiques

 

 

Hadès, Perséphone et la naissance des saisons

 

 

Orphée aux enfers

 

 

Le Minotaure

 

 

 

Personnages :

 

Déméter

Perséphone

Sycés

Daphnés

Balanos

la secrétaire de Zeus

Zeus

le Minotaure

le roi Minos

Eurydice

Orphée

La Prêtresse

Squelette 1

Squelette 2

Cerbère

Dédales

Pasiphaé

Ariane

Thésée

Sophia

Andreia

Sôphrosunè

Dikaiosunè

 

 

 

Acte 1 :

Hadès, Perséphone et la naissance des saisons

 

 

 

Scène 1,

La chambre de Perséphone

(Déméter, Perséphone, Sycés, Daphnés, Balanos)

 

Déméter :

Perséphone ! Perséphone ! Tu vas ranger ta chambre un jour ? Perséphone, t’es où ?

Perséphone :

Je suis là maman, c’est bon, ça va ! T’es tout le temps sur mon dos ! Elle est rangée cette chambre, c’est juste une question de point de vue.

Déméter :

Quoi ? Une question de point de vue ? On n’aperçoit même plus le mont Olympe là-bas avec tout le bazar que tu emmagasines ! Regarde, il y a un tas de trucs devant ta fenêtre on ne voit même plus la nature !

Perséphone :

Non mais c’est l’enfer ici, la nature, la nature, on s’en fiche de la nature ! Il n’y a rien à voir !

Déméter :

Si vous alliez dehors de temps en temps avec tes copines tu saurais ! Tu aurais peut-être aussi meilleur mine que de rester enfermée ici à bavarder sans rien faire ! Tu ne sais même pas en quelle saison on est et si les arbres sont en fleurs ! Tu ne manges jamais de fruit de saison !

Perséphone :

Génial ! J’ai mieux à faire que de regarder pousser les fleurs et manger des pommes !

Déméter :

Tu es désespérante ! Vive l’adolescence ! Bon, je dois m’absenter quelques jours, on a une réunion sur Olympe pour préparer le printemps, pas de bêtise, et que cette chambre soit rangée quand je rentre !

Perséphone :

T’inquiète !

 

(Démeter s’en va et Perséphone court vers un coquillage pour s’en servir comme d’un téléphone)

 

Perséphone :

Allo ! Les Sycés ? Ouai, ma mère vient de partir, enfin ! Je croyais qu’elle n’allait jamais décoller ! Vous venez avec Balanos et Daphné ? C’est la mort ici, il n’y a rien à faire ! Vous êtes où ? Je capte trop mal là, les murs sont énormes ! Ha ! Chouette ! Ouai. Ouai. Tu penses… Ouai… On en parle tout à l’heure je te dis je t’entends mal ! À tout’

 

(Elle se met du vernis sur les orteils… On frappe à la porte elle va ouvrir en marchant comme elle peut… personne… mais enroulé dans sa cape noire Hadès se glisse dans la chambre à pas de loup)

 

Perséphone :

Les filles ? C’est vous ? Mais vous êtes où ? Si vous cherchez à me faire peur c’est raté !

 

(Elle ferme la porte retourne s’assoir sur la banquette,de nouveau elle se met du vernis sur les orteils… et on frappe encore à la porte, elle va de nouveau ouvrir…comme elle peut )

 

Balanos :

Salut ! On arrive pas trop tard !

Perséphone :

Salut ! Ça vous amuse de faire des blagues dans ce genre ?

Daphnés :

Quelle blague ?

Perséphone :

Ben, frapper et partir !

Sycés :

C’est pas nous, on vient d’arriver.

Perséphone :

Ouai, c’est ça, me prenez pas pour une débile !

Daphnés :

Mais c’est pas nous !

Sycés :

C’est pénible à la fin ! Si tu nous crois pas, ça sert à rien !

Daphnés :

Allez les filles, si c’est pour se prendre la tête on dégage.

Sycés :

C’est clair !

Balanos :

Ouai, By by !

 

(Elle s’en vont ! Hadès surgit, tout devient sombre !)

 

Hadès :

Hahaha ! Jolie petite créature ! Fille de la nature par qui tout nait ! Cela faisait longtemps que je t’observais ! Tu en as assez de toutes ces plantes, de tout ce soleil, de tout ce qui pousse ! Tu préfères les objets, les miroirs, le vernis à ongle et toutes ces choses ! Je te les offres !

Perséphone :

Non mais vous êtes qui vous ?

Hadès :

Je suis Hadès ! Le Dieu des enfers !

Perséphone :

Non mais génial. Sérieux, je m’en fiche de vos cadeaux moi. Vous n’avez rien à faire ici.

Hadès :

Petite ingénue ! Vous allez apprendre le respect que l’on doit au Dieu des enfers !

Perséphone :

Mais je te dis que j’en veux pas de tes cadeaux pourris ! Tu schlingues en plus ! Tu te nettoies avec du souffre ?

Hadès :

Petite insolente ! Tu vas payer pour cela ! Mange ce fruit !

Perséphone :

Ça va pas la tête ! Je suis sûr qu’il n’est même pas propre !

Hadès :

Regarde moi dans les yeux et mange ce fruit !

Perséphone :

C’est une caméra caché ? C’est quoi ce délire !

Hadès : (Il tente l’hypnose…)

Tes paupières sont lourdes… très lourdes… tu es en mon pouvoir… A Un tu attrape ce fruit, à Deux tu croque dedans, à Trois … ben à trois … on verra !

Perséphone :

Mais ?

Hadès :

Un !… Deux !…Trois !…

( Perséphone Obéit… a demi endormie…elle s’effondre à 3 à moitié consciente ! )

Hadès :

Hahaha ! On fait moins la maline ! J’étais prêt à te couvrir d’or pour que tu acceptes de devenir ma femme ! Je vais me contenter de t’enlever ! Tu auras tout gagné !

Perséphone : (dans un demi sommeil)

Ta femme ?! Mais ça va pas ! T’as vu ta tête ?

 

(Avec sa cape il fond sur elle et l’emporte. Noir)

 

Scène 2,

Chez Zeus, A Olympe

(Déméter, la secrétaire de Zeus, Zeus, le Minotaure, le roi Minos)

 

Déméter :

Zeus ! Zeus, où est Zeus ! Je veux parler à Zeus !

La secrétaire de Zeus :

Olala ! Vous allez où là ?

Déméter :

Je veux voir Zeus !

La secrétaire de Zeus :

Non mais ça ne se passe pas comme ça. Va falloir prendre rendez-vous.

Déméter :

Vous rigolez ou quoi ? Je suis Déméter, déesse de la nature et des saisons, je veux le voir tout de suite. Il est où ?

La secrétaire de Zeus :

Monsieur Zeus est en rendez-vous, il n’est pas disponible pour le moment. Je peux vous proposer un rendez vous… dans quatre mois. Vous avez de la chance, quelqu’un vient de se désister, sinon, il aurait fallu un an et demi.

Déméter :

Quoi ? Quatre mois ? Un trimestre avant de le voir ?! Mais vous vous prenez pour qui ?

La secrétaire de Zeus :

Hé bien je ne peux rien de plus pour vous. Si ça vous chante vous n’avez qu’à faire passer plus vite les saisons.

Déméter :

Mais… Saleté ! ZEUS ! ZEUS !!! JE NE PARTIRAI PAS AVANT D’AVOIR VU ZEUS !!!

Zeus : (qui sort de son bureau avec le Roi Minos et le Minotaure)

Qu’est-ce que c’est que ce raffu ?

Déméter :

Mon Dieu qu’il est laid ! C’est une tête de vache ?

Minos :

De taureau !

La secrétaire de Zeus :

Je suis désolé elle est complètement incontrôlable ! Elle s’est mise à hurler je n’ai rien pu faire.

Déméter :

Zeus, il fallait que je te vois au plus vite !

Zeus :

Demeter ! Ha ! Tu tombes bien ! Il va falloir m’expliquer pourquoi il pleut depuis trois semaines ! Mais attends deux minutes… ( A Minos et au Minotaure) Bon, on fait comme on a dit, un labyrinthe ce sera très bien parce qu’en liberté votre fils il va faire peur à tout le monde.

Minos :

Ben oui, c’est la meilleur solution si vous pouvez rien faire pour me l’arranger…

Zeus :

La je ne peux rien, c’est Poséidon qui a bricolé ça, c’est ni fait ni à faire, il n’a jamais été un grand artiste. Et puis moi, je suis un Dieu, pas un chirurgien esthétique, il y a des limites.

Minos :

T’as compris toi ? Avance, on rentre à la maison, on va aménager le parc pour que tu joues tranquille et comme ça les autres arrêteront de te jeter des pierres.

 

(ils s’en vont tous les deux)

Zeus :

Bon alors, c’est quoi cette pluie, un coup de déprime ?

Déméter :

Non mais tu te moques de moi ? Tu sais très bien pourquoi ? Ça fait trois semaines que ton frère Hadès a kidnappé ma fille Perséphone ! Trois semaines que je pleure toutes les larmes de mon corps !

Zeus :

Tu devrais lui dire merci ! Elle est insupportable cette gamine capricieuse !

Déméter :

Mais !

Zeus :

Elle est jolie, oui, mais de là à vouloir l’épouser ! Il va vivre l’enfer le pauvre !

Déméter :

Le problème n’est pas là ! Depuis quand on kidnappe la fille d’une déesse ? Je ne suis pas d’accord ! Je veux que tu me la rendes ! T’as vu à quoi il ressemble ! Et il pue !

Zeus :

Attends, il s’occupe des enfers, c’est normal qu’il sente… fort… Mais il n’y a pas de sous- métier ! J’aimerais bien t’y voir ! Tu passes ton temps dans les champs à courir dans la brise, lui il est tout le temps sous terre.

Déméter :

Peu m’importe ! Chacun sa mission ! Et le problème n’est pas là ! C’est MA fille ! Je la marie à qui je veux ! Sinon, je te préviens, ne comptes pas sur moi pour arrêter la pluie ou faire pousser quoi que ce soit !

Zeus :

Mais les hommes ont besoin de cultiver les champs !

Déméter :

Tu ne fais rien pour ma fille, je ne fais plus rien pour les hommes ! Tu te trouveras d’autres jouets pour t’occuper !

Zeus :

Déméter ! Mais quel caractère ! Elle a de qui tenir ta fille !

Déméter :

Rends la moi !

Zeus :

Très bien, très bien ! Tu as gagné ! Mais je te préviens, si elle a goûté aux fruits de l’empire des ombres, je ne pourrai rien pour elle !

Déméter :

Elle, manger un fruit ? Ça me ferait bien rigoler !

Zeus :

Je convoque Hadès avec ta fille.

 

Scène 3,

Chez Zeus, A Olympe

(Déméter, La secrétaire de Zeus, Hadès, Perséphone,Zeus)

 

(Déméter avec la secrétaire attendent, Hadès entre)

Déméter :

Monstre ! Scélérat ! Crapule ! Ha ! Te voilà enfin ! Tu es sorti de ton trou à rat ! Tu vas voir ce qui t’attend ! (elle est prête à lui bondir dessus)

La secrétaire de Zeus :

S’il vous plait ! Du calme, du calme ! C’est à Zeus de rendre la justice !

Déméter :

Du calme ? Du calme ? Non mais ce puant à kidnappé ma fille ! Ma fille unique ! La prunelle de mes yeux !

Hadès :

Mais oui, du calme, elle va bien ta fille ! Elle ne s’est jamais protée aussi bien !

( rentre Perséphone)

Déméter :

Ho ! Mon petit amour ! Il ne t’a pas fait de mal ? Je suis si heureuse de te revoir enfin ! Tout est organisé Zeus va t’arracher aux griffes de ce dégénéré !

Perséphone :

Non , t’inquiète, ça se passe plutôt bien en dessous. Une fois qu’on s’est habitué à l’odeur c’est franchement vivable.

Déméter :

Bientôt trois mois que tu n’as pas vu le soleil, pas vu une fleur ! Ma pauvre chérie ! Tout ça a cause de ce monstre ! Ha !!! Je vais t’arracher les yeux !

( Zeus rentre )

Zeus :

Hola ! Du calme, du calme, personne n’arrache les yeux de personne sauf si je le demande !

Hadès :

Salut frangin, mais quelle furie !

Zeus :

Ne m’en parle pas !

La secrétaire de Zeus :

Ça fait quatre jours qu’elle campe ici !

Déméter :

Non mais c’est moi qu’on accuse ! Je n’ai kidnappé personne à ce que je sache !

Hadès :

Kidnappé, kidnappé, tout de suite les grands mots !

Déméter :

Zeus ! Fais le taire ! L’haleine qui sort de sa bouche ferait pourrir sur pied tous les arbres du printemps !

Zeus :

Ne nous énervons pas, nous allons trouver une solution pacifique à toute cette histoire !

Déméter :

Mais il n’y a rien a discuter ! Il y a quatre jours tu as dit que tu allais me rendre ma fille, tu me rends ma fille ! Ne te dégonfle pas Zeus !

Zeus :

J’ai dit ça ?

La secrétaire de Zeus :

Oui, vous avez dit ça, s’il vous plait, rendez-lui sa fille que tout entre dans l’ordre et que je puisse retrouver mon bureau !

Hadès :

Attends, tu vas pas te laisser impressionner par deux nanas !

Zeus :

Bon… ben… si j’ai promis… Hadès s’il te plait, rends lui sa fille… et on en parle plus. Je te trouverai une autre femme, une histoire moins compliquée, tu n’y verras que tu feu.

Hadès :

Mais pas question !

Déméter :

Foudroie le ! Il se mutine !

Zeus :

Hadès, s’il te plait, tu te rends compte dans quelle situation je suis, je ne peux même plus travailler tranquillement ! Elle menace d’empêcher les récoltes de pousser ! Tu imagines les conséquences ? Plus homme sur terre et tous les Dieux qui me tombent dessus, Appolon n’aura plus personne pour écrire des poèmes, Eros n’aura plus d’amoureux, et j’ose à peine imaginer la réaction de Poséidon s’il n’a pas un navire à couler de temps en temps !

Hadès :

Mais qu’elle les laisse mourir de faim ! Ils viendront tous aux enfers et ce sera moi qui commanderai les hommes !

Zeus :

Tu n’y penses pas, tu n’as ni la place, ni le personnel pour accueillir tout ce monde là ! Et puis vous êtes mathématiquement plus nombreux en dessous que sur terre, et ce n’est pas prêt de s’arrêter, tu le sais, tu n’as rien à m’envier !

Hadès :

Alors si c’est ça moi aussi je fais grève, je préviens Charon et j’interdis à tout le monde de rentrer en enfer !

Zeus :

Il est nul ton gardien, contre une pièce il laisse rentrer n’importe qui ! Regarde l’autre fois, c’était qui déjà ? Ha oui ! Hercule ! C’est une vraie passoire votre truc.

Hadès :

Non mais tu rigoles ! Hercule lui a cassé deux dents à ce pauvre Charon, on l’a retrouvé flottant dans le Styx les pieds et les mains ligotées ! Il ne sait pas nager je ne sais pas par quelle magie il s’en est sorti, il aurait pu se noyer ! Et je te rappelle qu’Hercule est ton fils, et que si vous surveilleriez mieux vos gamins toutes ces histoires n’arriveraient pas !

Déméter :

Quoi ! Mais traite moi de mauvaise mère ! Je la surveille ma fille ! Je ne la lâche pas d’une semelle !

Perséphone :

Ça c’est clair !

Zeus :

Bon, tu lui rends sa fille s’il te plait ?

Hadès :

Je peux pas, même si je le voulais, je ne peux pas !

Déméter :

Qu’est-ce que c’est que cette histoire encore !

Zeus :

Pourquoi ?

Hadès :

Elle a goûté aux fruits de l’empire des ombres.

Zeus :

Malheur !

La secrétaire de Zeus :

Alors là c’est la catastrophe, on est pas prêt d’être tranquille !

Déméter :

Mais il ment ! Elle ne mange jamais de fruit ! Ni de légume d’ailleurs !

Hadès :

Demandez lui !

Déméter :

Persephone ?

Perséphone :

Ha… heu… oui… c’est vrai ce qu’il dit. Mais je savais pas moi que ça m’empêcherait de sortir !

Hadès :

Ha ! Vous voyez, prends tes affaires Persophone, on rentre.

Déméter :

Zeus ! Fais quelque chose !

Zeus :

Là, je ne peux rien faire, je ne peux pas empêcher de faire que ce qui est arrivé soit arrivé !

Déméter :

Tu sais faire autre chose que des feux d’artifices Zeus ? Tu parles d’un roi des Dieux !

Hadès :

Et non, il n’y a que papa qui aurait pu remonter dans le temps !

Déméter :

Cronos ?

Hadès :

Oui, mais comme Zeus à eu la bonne idée de lui régler son compte, ta fille reste en bas avec moi pour toujours !

Perséphone :

Non mais attendez, si ça vous fait rien j’ai peut-être mon mot à dire ?

Hadès :

Non, t’as croqué le fruit de l’empire des ombres, tu ne peux plus sortir des enfers !

Perséphone :

A ouai ? Et là, je suis où en enfer ?

Hadès :

Heu… Non, mais là c’est spécial…

Zeus :

Mais oui ! Elle peut sortir !

Déméter :

Le sale menteur !

Hadès :

Mais non ! Elle ne peux pas sortir… enfin… pas tout le temps…

Zeus :

Dis nous la vérité Hadès !

La secrétaire de Zeus :

Oui, si vous pouviez parler ça m’éviterait de devoir relire tous les livres de mythologie pour savoir si vous mentez ou non. Moi je croule sous la paperasse et je viens de perdre quatre jours de travail à cause d’elle !

Déméter :

Non mais dit donc ! Tu parles à une déesse ! Gratte papier !

Hadès :

Très bien… elle peut remonter dans le monde la moitié d’une année… deux saisons, pas plus.

 

Déméter :

Mais c’est formidable !

Zeus :

Vous savez ce qu’on va faire ? On va couper la poire en deux, elle passe le printemps et l’été avec sa mère, parce que c’est plus sympa, et l’hiver et l’automne avec toi Hadès !

Perséphone :

Non mais vous rigolez ou quoi ? C’est à moi de décider !

Déméter :

Mais…

Hadès :

Heu…

Zeus :

Ben…

La secrétaire de Zeus :

Vue la mère je ne contrarierais pas la fille !

Perséphone :

D’accord pour une moitié d’année sur terre et l’autre aux enfers. Mais pas question de venir pour l’été et le printemps, le soleil je déteste ça, et les moissons, les petites fleurs, les feuilles vertes, ça m’agace. Je ne remonterai que pour l’automne et l’hiver.

Zeus :

Très bien c’est parfait !

Déméter :

Mais… non !

Perséphone :

Un mot de plus et je ne remonte pas du tout maman ! J’ai tout ce que je veux là-bas, j’y suis très bien. Alors s’il te plait arrête de mettre ton nez dans mes affaires et de croire savoir ce qui est bon pour moi.

Hadès :

Hahahaha ! Bien dit !

Perséphone :

Et toi, fais pas le malin ! Allez, prends mes sacs on rentre à la maison, le printemps,c ‘est dans trois semaines. Au revoir tout le monde.

(Elle part et Hadès la suit en trottinant)

Zeus :

Bon courage Hadès !

Déméter :

Mais… quand même…

Zeus :

Ha ! Les enfants ! C’est pas simple !

 

 

Fin de l’Acte 1

Rideaux

 

Acte 2 :

Orphée aux enfers

 

Scène 1 :

dans les bois, près d’une rivière

(Eurydice, Daphné, Balanos et Sycés,Orphée)

 

Tableau dansé : Les nymphes Eurydice, Daphné, Balanos et Sycés font leur arrivée dansée… puis elles se disposent sur scène pour bavarder « entre filles ».

 

Balanos :

Hey, les filles, vous avez vu Jason ?

Sycés :

Jason ! Mais on ne voit que lui, quel pot de colle !

Daphné :

Il ne ressemble à rien ce mec !

Balanos :

Et pourtant, qu’est-ce qu’il se la raconte !

Sycés :

Il se croit irrésistible avec ses muscles ! C’est ridicule !

Daphné :

Attendez, il est tout petit, plein de poils, mal habillé, c’est une catastrophe ambulante !

Balanos :

Et il mâchouille des battons de réglisse toute la journée genre « bad boy » !

Sycés :

C’est pour ça qu’il pue du bec !

Daphné :

Et qu’il a les dents jaunes ! Qui pourrait vouloir d’un mec comme ça !

 

(On entend le son d’une trompette en coulisse… toutes s’arrêtent et écoutent, elles sont comme envoutées… la musique s’arrête)

 

Balanos :

Mais cette musique est comme un nectar à mon oreille !

Sycés :

Sa perfection est inspirée d’Apollon, c’est certain !

Daphné :

Je n’ai jamais rien entendu de pareil… c’est plutôt l’œuvre de Cupidon ! Je sens sa flèche qui vient me percer le cœur !

(Orphée arrive en devant de scène, il rejoue un morceau et toutes tombent en pâmoison, et toutes vont vers Orphée)

Sycés :

( Qui quitte sa place et va tourner autour de lui ) Je suis Sycés, nylmphe des figuiers… ( elle lui tend une figue) tien, la meilleur des figues, Ô musicien inspiré des dieux…

Orphée :

Merci beaucoup… mais ça tombe mal, je n’aime pas les figues !

Sycés :

Ho ! Rustre !

 

( elle retourne à sa place, vexée)

 

Balanos :

( Qui quitte sa place et va tourner autour de lui ) Je suis Balanos, nylmphe de l’arbre Roi de la forêt, le chêne…

Orphée :

Hahaha ! Tant que vous ne m’offrez pas un gland à manger !

Balanos :

Ho ! Malappris !

 

( elle retourne à sa place, vexée)

 

Daphné :

( Qui quitte sa place et va tourner autour de lui ) Je suis Daphné, nymphe des lauriers, cet arbre dont les feuilles sentent si bon et dont on fait des couronnes aux héros.

Orphée :

Je vois, le truc vert qu’on met dans la soupe !

Daphné :

Ho ! Cuistre !

 

( elle retourne à sa place, vexée, et Orphée s’approche d’Eurydice)

 

Orphée :

Mademoiselle… vous ne vous êtes pas présentée… je n’avais encore jamais vu pareille beauté… êtes vous aussi une nymphe ?

Eurydice :

Oui, je suis aussi nymphe du chêne. Je m’appelle Eurydice, enchantée de faire votre connaissance… mais quel est votre nom ?

Orphée :

Je m’appelle Orphée… je suis le fils du roi de Thrace Œagre et de la muse Calliope…

Eurydice :

Et vous êtes poète et musicien… à côté de vous les autres musiciens font un son de crécelle !

Orphée :

Et vous êtes nymphe et pour moi bientôt muse… à côté de vous les autres nymphes sont des crapauds…

Balanos :

C’en est trop !

Daphné :

Quel odieux personnage !

Sycés :

Allons nous en !

( elles quittent la scène vexées)

Orphée :

Ô nymphe ! Voulez-vous m’épouser ?

Eurydice :

Oui !

 

Scène 2 :

le mariage, dans les bois

(Balanos, Sycés, Daphné,La Prêtresse, Eurydice, Orphée)

 

Balanos :

Bon, elle fait quoi cette prêtresse ?

Sycés :

La prêtresse était là ce matin, je l’ai vue !

Daphné :

Et les futurs époux, ils n’ont pas l’air pressés !

Balanos :

C’est clair ! Moi si je me mariais j’arriverais en avance… Mais la prêtresse c’est bizarre !

 

(La prêtresse arrive)

Daphné :

Holalala ! Vous avez sale mine, vous allez bien ?

La Prêtresse :

Bof… j’ai très mal au ventre… merci pour les figues mademoiselle ! (elle regarde Sycés avec des gros yeux)

Balanos :

Cycés ! Qu’est-ce que tu as encore fait !

Sycés :

Ben c’est pas de ma faute si elle est gourmande, elle a voulu des figues, je lui en ai donné !

Daphné :

Mais c’est pas la saison !

Sycés :

C’est pour ça… je les ai faite murir par magie, mais évidemment si le goût y est et l’aspect aussi, elle a quand même dans le ventre une quarantaine de figues pas mures !

La Prêtresse :

Vous pourriez arrêter de parler de figues… (elle quitte la scène en courant et en se tenant le ventre comme si elle allait vomir…)

Balanos :

Mais Cycés ! Quelle idée ! Ce genre de blague le jour du mariage !

Sycés :

Ben c’est pas mon mariage après tout ! Parce que moi personne ne veut se marier avec moi !

Balanos :

Mais si, Jason n’arrête pas de t’envoyer des petits mots !

Sycés :

Mais tu rigoles ou quoi ! T’as vu sa tête ? Il ferait peur à Méduse ! Toi Balanos, tu as Ulysse qui te court après, Eurydice va se marier avec Orphée, et toi Daphné… oui, toi, n’en parlons pas, c’est Apollon en personne qui te court après! (regard noir à Daphnée)

Daphné :

Franchement, tu ne te rends pas compte de la chance que tu as, parce que Apollon c’est pas un cadeau ! Il n’arrête pas de me coller, je suis obligée de me métamorphoser en laurier pour qu’il ne me voit pas ! J’espère qu’il ne viendra pas à la noce d’ailleurs, sinon ce soir je suis bonne pour faire tout le bal déguisée en plante verte !

Balanos :

Les voilà !

 

(Orphée et Eurydice arrivent, ils ont chacun le crane couvert d’une couronne de fleurs)

 

Eurydice :

Bonjour mes amie nymphes ! Mais où est la prêtresse ?

Daphné :

Ben… heu… en fait… C’est que Sycés…

Sycés :

Elle arrive ! Une petite gastro, rien de bien méchant !

 

(La prêtresse arrive)

La Prêtresse :

Alors c’est vous les futurs mariés ?

Eurydice :

Oui…

Orphée :

C’est bien ça.

La Prêtresse :

Un héros à la poésie et la musique inspirée et une nymphe la plus belle de Grèce… en voilà d’une histoire qui promet d’être compliquée !

Sycés :

Ha ! Vous trouvez aussi !

La Prêtresse :

Par le pouvoir des Dieux et de leur maitre à tous Zeus, père des éclairs et de la tempête. Par son fils Apollon, Seigneur des harmonies et des bonnes proportions, je vous invite à partager ce pain de graines. Puisse ce premier repas vous unir et ces graines semée par Demeter, par qui tout pousse, faire germer les indéfectibles racines d’une union qui vous liera à tout jamais !

 

(La prêtresse leur partage un pain aux graines, et ils en donnent aux autres convives)

 

Daphné : (à la prêtresse)

Vous n’en mangez pas ?

La Prêtresse :

Heu… non… ça va aller…

Eurydice :

Nous sommes mariés !

Orphée :

Pour l’éternité !

Eurydice :

Musique ! Dansons !

 

(Les nymphes sautilles et dansent… jusqu’à ce qu’Eurydice s’effondre… mordue au pied par un serpent ! )

Balanos :

Eurydice !

Daphné :

Un serpent l’à mordue !

Sycés :

Quelle horreur !

Orphée :

Ha ! Terrible bête ! (il attrape le serpent et le jette dans le public) Mon épouse… ( il s’assoie à côté d’elle et l’attrape, elle est inerte… ) Comment vivre sans toi Eurydice ?…Où que tu sois j’irai te chercher, jusqu’en enfer s’il le faut, les Dieux m’en sont témoins !

 

Scène 3 :

Arrivée en Enfer

(Orphée, Charon)

 

(Orphée est sur une berge , Charon est accosté sur sa barque, il attend)

Orphée :

heu… bonjour !

Charon :

… b’jour…

Orphée :

Vous savez à quelle heure est la prochaine navette ?

Charon :

Une navette ? Quelle navette ?

Orphée :

Hé bien, la navette sur le Styx, celle pour l’enfer.

Charon :

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de navette ? C’est moi le passeur ! Moi, moi et rien que moi !

Orphée :

Ha ! C’est vous ! Fallait le dire plus tôt j’ai eu toute les peines du monde à vous trouver ! C’est paumé ici, et niveau cartes c’est pas au point ! Ça fait trois jours que je tourne en rond dans les parages et personne pour me renseigner !

Charon :

Évidemment ! Vous en connaissez beaucoup des gens qui en reviennent des enfers ?

Orphée :

Hahahahaha ! Non, en effet ! Bon, en tous cas c’est vous que je cherchais, je dois allez aux enfers.

Charon :

Vous rigolez ou quoi ? Vous avez vu votre tête ? Vos joues roses, votre bonne mine, je suis sûr que vous ne toussez jamais ! Je ne transporte que les morts !

Orphée :

Ça doit pouvoir se négocier, j’ai quelques drachmes… ça vous intéresse ?

Charon :

Vous me prenez pour qui ! Je ne suis pas corruptible MOI ! Je suis le fils d’Érèbe (les Ténèbres) et de Nyx (la Nuit) ! … bon… montrez combien vous avez… (il regarde les drachmes d’Orphée, et manifestement ce n’est pas assez !)

Orphée :

(au public…) Comment faire pour aller de l’autre coté… ha ! Ça y est ! J’ai une idée ! Monsieur Charon, vous êtes le fils des ténèbres et de la nuit, écoutez, ça va vous plaire, ça s’appelle du jazz, ça se jouera dans des caves – mais dans longtemps – c’est assez précurseur de jouer ça ici !

 

(Il se met à jouer « Streets Of Cairo » or « The Poor Little Country Maid », et Charon danse, le laisse entrer dans sa barque et le transporte sur l’autre rive !)

 

(Une fois arrivé sur l’autre rive, Orphée descend et cesse de jouer… Charon reprend ses esprits et réalise qu’il s’est fait avoir !)

 

Charon :

Mais… que faites vous de ce côté ? Je c’est moi qui… ha ! Malédiction ! Qu’ai-je fait ! La dernière fois qu’on m’a fait le coup c’était à cause d’Hercule et je me suis retrouvé un an en prison ! Alors vous, restez là mais je vous préviens, n’en parler à personne, ce serait un coup à perdre mon poste !

Orphée :

Hahahaha ! Je ne dirai rien, si tu acceptes de me ramener moi et mon amie tout à l’heure ?

Charon :

Très bien, très bien… je vous ramènerai ! Mais ne dis rien à personne, qu’on ne fasse pas des histoire de cette aventure, et surtout pas des pièces de théâtre !

Orphée :

Hahahaha ! Aucun risque, je serai muet comme… une tombe !

Charon :

Très marrant ! (il part en grognant ; traversée dans l’autre sens, noir progressif)

 

Scène 4 :

Cerbère et les squelettes

(Orphée, Squelette 1, Squelette 2, Cerbère)

 

(Orphée regarde partout autour de lui et découvre à quoi ressemble les enfers, sur scène, un squelette)

Orphée :

Bonjour !… Heu… bonjour !

Squelette 1 :

B’jour. (sans regarder, puis il se tourne vers Orphée) Ha ! Au secours ! Un vivant !

Orphée :

Pas de panique, je ne vous veux aucun mal.

Squelette 1 :

Mais c’est que j’ai pas l’habitude… toute cette peau, ça fait bizarre quand même ! Qu’est-ce qu’un vivant fait ici ?

Orphée :

Je suis à la recherche d’une nymphe du nom d’Eurydice, elle est jolie, le teint mat, elle fait cette taille à peu près, elle a dû arriver il n’y pas très longtemps…

Squelette 1 :

T’es nouveau toi ! C’est presque impossible de retrouver quelqu’un ici, on est tellement nombreux et c’est mal éclairé. Il n’y a que Hadès qui pourrait te renseigner, il faut voir ça au niveau de son administration, il sait où tout le monde se trouve…

Orphée :

Et vous sauriez me dire où je peux trouver Hadès ?

Squelette 1 :

Trouver Hadès ?

Orphée :

Oui, Hadès, le dieu des enfers, vous avez déjà dû avoir affaire à lui ! Hahahaha !

Squelette 1 :

Hum… En effet… d’habitude c’est plutôt lui qui vous trouve… mais je ne sais pas où il est , ça fait des siècles que je suis là, j’ai pas trop visité.

Orphée :

Pas visité ? Vous arrivez dans un nouveau pays et vous ne visitez pas ?!

Squelette 1 :

Hum… Vous voulez voir quoi ? Ici c’est les marais des soupirs, tout droit, les landes des innocents, encore après, le champ des pleurs et si arrivé là, si vous prenez à gauche, vous arrivez à la forteresse Tartare où sont renfermés les plus grands criminels… pour expier leur fautes. Vous reconnaitrez facilement sa porte de fer et son seuil de bronze. Ça vous donne envie de faire du tourisme vous ?

Orphée :

Non, c’est sûr, mais il faut que je lui demande où se trouve Eurydice.

Squelette 1 :

Hum… Et peut-être que derrière la forteresse Tartare se trouve le palais de Hadès et Perséphone, mais franchement, moi, je n’y suis jamais allé. Mais Hadès, c’est pas un tendre… bonne chance.

Orphée :

Merci !

(Orphée arrive vers un second squelette)

Orphée :

Bonjour Monsieur !

Squelette 2 :

Madame… Pas monsieur !

Orphée :

Pardon, j’avais pas vu…

Squelette 2 :

Si vous m’aviez vu avant, vous ne vous seriez pas trompé !

Orphée :

Sans doute !

Squelette 2 :

Mais dites-moi… vous êtes… vivant !

Orphée :

Oui, Je suis à la recherche d’Hadès, je veux lui demander où se trouve Eurydice, ma femme. Elle s’est faite mordre par un serpent.

Squelette 2 :

Quoi ? Tu viens jusqu’en enfer pour retrouver ta femme ! Comme c’est romantique ! Quelle chance elle a… moi tu vois j’attends toujours qu’on vienne me sauver…

Orphée :

Vous sauriez où se trouve le palais d’Hadès ?

Squelette 2 :

Il doit se trouver derrière la forteresse Tartare. Là-bas tu trouveras la champs des soldats morts au combat et au bout du champ, les Murs Cyclopéens, c’est contre les murs que se dresse son palais. Il sert de passage vers les Champs Elysée, c’est là où les héros et les gens vertueux goûtent le repos après leur mort.

Orphée :

C’est sûrement par là, en effet. Je dois filer tout droit, c’est ça ?

Squelette 2 :

Oui.

 

(Orphée avance… mais un énorme chien à trois têtes lui bouche la route ! Cerbère aboie, montre les crocs… et le menace… Orphée retourne vers le squelette 2, lui enlève un os et le lance pour que le chien court le chercher… )

 

Orphée :

Va chercher !

Squelette 2 :

Hey ! Mon os ! Voleur !

 

(ça ne marche pas ! )

 

Orphée :

Zut ! Il me faut une idée… comment faire ! Ça y est !

 

(Il se met à jouer « Streets Of Cairo » or « The Poor Little Country Maid », le chien s’endort, il passe )

 

Scène 5 :

Chez Hadès et Perséphone

(Orphée, Perséphone, Hadès, Eurydice)

 

Orphée :

Hého ! Il y a quelqu’un ? S’il vous plait, je recherche Hadès !

Perséphone :

Bonjour jeune homme ! Mais qu’est-ce que vous faites là ? Qui êtes-vous ! Mais… vous êtes…

Orphée :

Vivant, oui, je sais…Je m’appelle Orphée, je suis musicien et poète.

Perséphone :

Mais qu’est-ce que vous faites là ! Si mon mari Hadès vous voit ça va chauffer !

Orphée :

Hadès ! Mais c’est justement lui que je cherche ! Ma femme Eurydice s’est faite mordre par un serpent le jour même de notre mariage. Je la cherche en enfer pour la ramener dans le monde et on m’a dit que Hadès pourrait me dire où elle se trouve.

Perséphone :

Alors toi, tu ne manques pas d’optimisme ! Hadès n’est pas du genre à laisser sortir les gens de l’enfer… et je sais de quoi je parle. Mais ton histoire me touche. C’est tellement, romantique ! Je vais voir ce que je peux faire. Reste là.

 

(elle s’écarte de lui et va vers les coulisses, pour appeler Hadès qui se trouverait dans une autre pièce)

 

Perséphone :

Hadès ! Hadès ! Hadès ! (silence) HADES ! (elle hurle)

Hadès :

Oui… j’arrive ! (des coulisses) Qu’est-ce qui se passe encore ? C’est qui lui ?

Perséphone :

Un musicien, enfin, une sorte de troubadour, il va de pays en pays pour jouer de la musique.

Hadès :

Je sais ce que c’est un troubadour, merci, mais l’enfer, c’est pas vraiment un pays ! Qui l’a laissé rentrer ?

Perséphone :

Surement Charon ! Je te l’ai dit, il est nul, mais tu préfères faire confiance à tes vieux copains qu’à ta femme ! De toutes façons, pour ce que tu t’en occupe de ta femme. Tu bosses tout le temps, t’es jamais là, on ne fait jamais rien ensemble.

Hadès :

Mais… si…

Perséphone :

Alors vas-y, quand est-ce qu’on est allé au théâtre pour la dernière fois ? Partis en week- end ?

Hadès :

Mais tu sais très bien qu’on peut pas laisser les enfers sans surveillance, imagine si tout le monde s’échappe ! Tu vois bien que dès que j’ai le dos tourné c’est le bazar !

Perséphone :

C’est pas une vie !

Hadès :

En effet… c’est le pays des morts ici ! Hahahahaha

Perséphone :

Très drôle ! (elle boude)

Hadès :

C’était une blague, ne fais pas la tête ma chérie ! Bon, il faut que j’y retourne, il y a eu une bataille à Sparte, on a plein de nouveaux. Tiens, toi d’ailleurs (à Orphée), tu vas m’accompagner, maintenant que t’es ici il faut qu’on décide où on va te mettre (il regarde son plan) il reste des places du côté de la Porte du Sommeil.

Perséphone :

Pas question ! Tu vas t’assoir dans ce fauteuil, pour une fois qu’on à la chance de vivre un truc qui sort de l’ordinaire, on va écouter sa musique tous les deux, comme un vrai couple !

Hadès :

Mais…

Perséphone :

Assis j’ai dit ! (Hadès s’assoit) Vas y Orphée, joue.

 

(Il se met à jouer « Streets Of Cairo » or « The Poor Little Country Maid » )

 

Hadès :

C’est prodigieux ! Perséphone donne lui un peu de monnaie.

Perséphone :

C’est ton copain Charon qui a pris toute la monnaie, c’est un vrai cleptomane celui-là !

Hadès :

C’est pas grave, dis moi ce que tu voudrais et si c’est en mon pouvoir je te l’offre !

Orphée :

Hé bien, Monsieur Hadès, ce que je voudrais c’est que vous me rendiez ma femme la nymphe Euridyce, elle est ici depuis peu.

Hadès :

Quoi ? Tu veux que je te rende ta femme ! Mais tu n’y penses pas, vis ta vie, profites-en, tu auras assez de l’éternité de la mort pour supporter ses caprices !

Perséphone :

Hadès ! Il t’as dit ce qu’il voulait, donne le lui !

Hadès :

Très bien, très bien. Je vais faire venir Eurydice, mais attention, tu vas devoir faire le chemin inverse avec elle à tes côtés, traverser les mêmes épreuves mais faire tout cela sans la regarder. Si tu la regardes une seule fois avant d’avoir atteint le monde des vivants, elle disparaitra à tout jamais !

Orphée :

Je suis près à tout pour elle !

Perséphone :

Comme c’est beau ! Prends en de la graine Hadès !

Hadès :

Pffffff ! Eurydice ! Viens ici ! Et toi ferme les yeux.

Eurydice :

Qu’est-ce que vous me voulez ? Ho ! Orphée ! Tu es venu me chercher !

Orphée :

Oui, partons vite rejoindre les vivants, je dois garder les yeux fermés, ne pas te regarder, il va falloir que tu me guides.

Perséphone :

Mais qu’est-ce qu’ils sont mignons !… (en catimini, elle donne une carte à Eurydice) Tiens, les hommes ont un trop mauvais sens de l’orientation, prends cette carte !

 

(il a les yeux fermés elle le guide en lui tenant la main)

 

Scène 6 :

Sortie de l’enfer…

(Orphée, Eurydice)

 

Orphée :

Alors tu es sûre que tu as vu les grandes murailles à droite ?

Eurydice :

Mais oui je te dis !

Orphée :

Parce que ça fait longtemps qu’on marche quand-même…

Eurydice :

C’est bon, tu vas arrêter de râler !

Orphée :

Aie !

(Orphée se casse la figure)

 

Orphée :

Non mais tu pourrais faire attention, préviens moi quand il y a un obstacle ! J’ai les yeux fermés je te rappelle !

Eurydice :

Ça va ! On y voit rien ici ! Tu commences franchement à me fatiguer avec ta mauvaise humeur !

Orphée :

Alors voilà, on va te chercher jusqu’en enfer et toi t’es pas capable de faire l’effort de me guider correctement !

Eurydice :

A voilà ! Monsieur voulait qu’on lui dise merci ! Pffff ! Bonjour la générosité ! (elle regarde au loin, puis ça carte) Je comprends pas, la tour là bas, elle n’est pas sur la carte, et puis le chemin, il devrait tourner vers la gauche…

Orphée :

Une carte ? Quelle carte ?

Eurydice :

Perséphone m’a donné une carte pour ne pas qu’on se perde.

Orphée :

Quoi ? Mais je connais la route ! C’est pour ça que tu nous fais tourner n’importe où ! Montre moi ça ! (il tire sur la carte, elle aussi de son côté… dans la bataille il ouvre les yeux…)

Orphée :

Eurydice, non !

Eurydice :

Orphée !

 

(les deux squelettes viennent jeter un grand voile noir sur elle)

 

Fin de l’Acte 2

Rideaux

 

 

Acte 3 :

Le Minotaure

 

Scène 1 :

Dans le palais de Minos

(Dédales, Minos, Pasiphaé, Ariane)

 

(Dédale et Minos autour d’un plan)

Dédale :

Alors vous voyez, là, c’est l’entrée, c’est très simple en fait ! Par une succession de cercles concentriques, qui s’enchâssent selon l’axe aléatoire de cet invariant sinusoïdale, vous arrivez immanquablement au garde mangé qui se trouve là.

Minos :

Mais j’y comprends rien à votre truc ! Comment on met la nourriture dans le garde mangé qui est là si l’entrée est là ? Et tu disais qu’il fallait les faire passer par ici !

Dédale :

Mais c’est parce que vous n’avez pas pris en compte la rotondité de l’ile et le double mouvement elliptique qui régit l’ensemble de l’architecture. Car lorsque vous arrivez là sur le plan… vous débouchez en fait ici ! C’est à cause des escaliers là.

Minos :

Il y a plusieurs niveaux en plus ! A vous entendre j’ai l’impression que vous ne comprenez pas vous-même ce que vous avez pourtant créé !

Dédale :

Ho oui ! C’est d’une complexité telle que je ne saurais moi-même m’en échapper si ce n’est en volant !

Pasiphaé :

Mon pauvre petit qui n’est déjà pas une lumière doit se sentir bien perdu dans votre labyrinthe M. Dédale! Pourquoi ne l’avoir pas laissé courir dans les champs ou gardé avec nous au Palais ? Tu vois Ariane comment est ton père ! C’est lui le monstre !

Minos :

Il nous a mangé douze valets la dernière fois qu’on l’a fait sortir ! N’écoute pas ce que dit ta mère ma petite.

Ariane:

C’est quand même pas très sympa. Tout le monde se moquait de lui quand on était petits, comment veux tu qu’il ai bon caractère !

Pasiphaé :

J’aimerais bien t’y voir !

Minos :

Enfin, de là à manger des valets… et puis c’est Zeus lui-même qui m’a dit qu’il n’y avait pas d’autre solution ! Il ne peut rien faire pour lui, notre fils est un monstre et il n’y peut rien !

Pasiphaé :

Alors si Zeus te l’a dit c’est que c’est vrai ? Mais il peut quoi au juste le roi des Dieux s’il n’est pas capable de donner forme humaine à notre fils ! Tu vois Ariane, nous ne sommes rien d’autre que les jouets des Dieux !

Minos :

Mais arrête de lui apprendre ces bêtises ! Tu la pousse à la désobéissance et l’impiété ! Il fait plein de trucs Zeus ! Et attends, moi aussi je suis roi, c’est des sacrés responsabilités, on a tout le temps plein de travail. Tu crois que c’est facile de faire tout le temps peur à tout le monde pour se faire obéir ? Je terrorise toute la Grèce, ça me prend déjà beaucoup de temps alors que Zeus il a l’humanité entière et les autres Dieux à terroriser, il faut être indulgent  !

Ariane :

Moi je vois juste que toi comme Zeus, vous n’avez aucun cœur !

Pasiphaé :

Quand je pense à mon pauvre petit qui passe son temps enfermé dans ce Labyrinthe que tu lui as construit avec ce repris de justice, j’en suis malade.

Dédale :

Je ne suis pas un repris de justice !

Pasiphaé :

Votre neveux Perdrix n’est pas tombé tout seul de la falaise, il a bien fallu que quelqu’un le pousse ! Si vous n’aviez pas été banni d’Athènes vous ne seriez pas venu vous enterrer ici !

Ariane :

Assassin !

Dédale :

Mais…

Pasiphaé :

A cause de vous mon bébé doit s’ennuyer là dedans, je ne sais même pas s’il mange à sa faim !

Minos :

Il va avoir quatorze athéniens comme repas la semaine prochaine, je pense qu’il va pouvoir tenir un petit peu avec ça.

Ariane :

Des vrais athéniens ?

Minos :

Oui, un repas de choix, les athéniens sont bien nourris, je suis sûr qu’il mangera à sa faim !

Pasiphaé :

A sa faim ? Il n’a qu’un repas par an !

Minos :

Et alors ? C’est le vétérinaire qui a dit que tous les ans c’était très bien ! Tu sais que plus on lui en donne, plus il mange, c’est un goinfre, et c’est pas bon pour la santé !

Pasiphaé :

Il a de qui tenir ! Allons-nous en Ariane, j’en ai trop entendu !

 

Scène 2 :

aux portes du Labyrinthe

(Dédales, Minos, Pasiphaé, Ariane, Thésée et 4 athéniens : Sophia1, Andreia2, Sôphrosunè3, Dikaiosunè4 )

 

Ariane :

Bonjour, alors vous êtes athéniens ! Vous venez de la Cité de la déesse Athéna ! C’est ma déesse préférée ! Si forte, si juste, si courageuse !

Thésée :

Oui Mademoiselle, nous venons d’Athènes à l’invitation de votre roi. Je ne m’attendais pas à rencontrer une aussi belles créature sur cette ile à la réputation barbare. Je m’appelle Thésée, j’ai été élevé par Egée et Ethra, mais certains disent que je suis le fils de Poséidon en personne ! A qui ai-je l’honneur ?

Ariane :

Un demi-dieu… un demi Dieu flatteur, vous allez me faire rougir ! Je m’appelle Ariane, je suis la fille du Roi Minos et de la Reine Pasiphaé.

Thésée :

Ho ! Une princesse ! Si j’avais su…

Ariane :

Une princesse et un demi-dieu… ha ! Mon abominable père va prendre la parole.

Minos : (faisant un discours)

Chers Athéniens !

C’est pour nous un honneur de celer l’amitié entre nos peuples en vous invitant à visiter notre merveilleux labyrinthe, chef-d’œuvre de l’architecture que nous devons à l’un de vos compatriote, Dédale.

Thésée :

Mais Dédales, c’est celui qui a tué son neveu Perdix par jalousie et a été exclu de la cité !

Ariane :

Oui… Mais ne l’écoutez pas, il ne vous invite pas pour apprendre l’architecture. Dans ce labyrinthe se trouve une terrible créature. Mon frère, le Minotaure.

Thésée :

Ho ! Vous avez un frère ?

Ariane :

Oui. Le pauvre est une terrible créature, mi-homme mi-bête, a moitié Taureau il est la punissions que Poséidon à infligé à mon père en raison de sa cruauté sans limite !

Thésée :

Quel malheur.

Ariane :

Et si vous êtes là c’est pour lui servir de repas ! Sauvez vous jeune athénien ! Sauvez votre vie !

Thésée :

Me sauver ? Mais quel héros se sauverait face au danger !

Ariane :

Vous ne comprenez pas, même si vous échappiez à son appétit féroce vous ne pourriez pas quitter ce labyrinthe, même Dédale qui l’a conçu en serait incapable. Zeus lui-même à supervisé les plans !

Thésée :

Hahahaha ! Zeus ! Moi, en digne fils de Poséidon, je réussirai !

Ariane :

Si seulement c’était possible… vous pourriez peut-être m’arracher à la tyrannie de cette ile et à mon monstrueux père, et m’emmener. Moi qui rêve depuis toujours de vivre à Athènes.

Thésée :

N’est-ce pas la vocation des héros que de sauver les princesses, je reviendrai vous chercher !

Minos : (faisant un discours)

Je vais vous demander maintenant, chère jeunesse Athénienne, de vous mettre en rang pour entrer dans le labyrinthe par cette porte que vous voyez là (il indique le côté cour5).

Dédale :

Heu… non mon Roi, c’est par cette porte ci (il indique le côté Jardin6) qu’ils doivent rentrer, car par là vous les envoyez vers l’escalier hélicoïdale à double révolution et le Minotaue n’est pas prêt de tomber sur eux et de pouvoir manger !

Minos : (faisant un discours)

Heu… oui… on me fait signe que c’est finalement par là-bas que vous devez entrer ! (il indique le côté Jardin)

Ariane : ( A Thésée)

Attendez ! Prenez ce fil, une fois dans le labyrinthe vous n’aurez qu’à le suivre pour retrouver la sortie, je vous attendrai là !

Thésée :

Je serai de retour avant le petit matin !

(tous les athéniens entrent dans le labyrinthe et quittent la scène… Thésée ressort…)

Thésée : (à Ariane)

Quel étourdi ! J’oubliais le fil !

(il rentre dans le labyrinthe)

 

Scène 3 :

Dans le Labyrinthe

(Thésée et 4 athéniens : Sophia7, Andreia8, Sôphrosunè9, Dikaiosunè10 )

 

Thésée :

Les amis, il semble que Minos nous joue un mauvais tour. Ce labyrinthe que nous visitons est destiné à être notre tombeau !

Sôphrosunè :

Mais non, c’est un chef-d’œuvre de l’architecture, rien de plus ! J’ai visité en Egypte les tombeaux des rois ils ressemblent à l’immense cônes, pas à ça.

Thésée :

Sôphrosunè, la fille du Roi en personne m’a affirmé qu’ici vit une créature sanguinaire, un enfant monstrueux de Minos, et nous ne sommes rien d’autre que son repas !

Sophia :

C’est logique ! Pourquoi faire venir ici des athéniens sinon ? Quel intérêt aurait Minos à exposer ses secrets architecturaux à la Grèce entière ?

Dikaiosunè :

Aucun, tu as raison Sophia, il veut juste faire payer aux athéniens, peuple raffiné, la terrible calamité que quelque dieu lui aura infligé !

Thésée :

C’est exactement ça !

Andreia :

Quelle infamie ! Nous nous battrons jusqu’au dernier, pas question de servir de casse-croute à un monstre !

Sophia :

Ne pourrions nous pas rebrousser chemin et nous enfuir ? Je suis sûre qu’en réfléchissant bien nous pourrions retrouver notre route. Il nous suffit d’un peu de mémoire et d’esprit d’analyse !

Sôphrosunè :

Ce serait certainement plus prudent ce qu’il y a mieux à faire, nous n’étions pas préparés à ça !

Andreia :

Pas question ! A vaincre sans péril on triomphe sans gloire.

Dikaiosunè :

Bien dit Andreia, c’est aujourd’hui que les dieux ont mis cette épreuve sur notre route, c’est aujourd’hui qu’il nous faut l’affronter !

Sophia :

Très bien mais organisons nous alors ! C’est à nous de piéger la bête !

Sôphrosunè :

Comment savoir ou elle se trouve, elle nous guette peut-être déjà, j’ai peur !

Thésée :

Formons un cercle, ainsi nous nous protégerons mieux les uns les autres, séparés nous serions vulnérables, ensemble nous vaincrons ce mal !

Sophia :

Je n’aurais pas mieux parlé !

Sôphrosunè :

Là-bas ! Quelque chose bouge dans le noir (Il indique le côté jardin)!

Andreia :

Attaquons les premiers !

Dikaiosunè :

Reste avec nous, Andreia, si tu t’éloignes nous sommes tous vulnérables !

(Surgissant du côté cour la bête surgit et enlève Sôphrosunè)

Dikaiosunè :

Malheur ! Nous avons perdu Sôphrosunè !

Sophia :

Serrons les rangs !

(Surgissant du fond de la scène la bête emporte cette fois-ci Dikaiosunè)

Sophia :

Dikaiosunè s’est fait avoir !

Andreia :

Allons nous tous nous laisser tuer sans nous défendre ? Attaquons !

(Surgissant du côté cour la bête emporte cette fois-ci Sophia)

Thésée :

Sophia ! Mais que faire maintenant !

Andreia :

Le voilà !

 

(Surgissant du côté jardin, la bête se jette sur Thésée et Andreia le pousse et s’interpose ! S’en suit une lutte, Andreia s’effondre et Thésée se relève pour se jetter sur la créature pendant qu’elle mutile encore sa proie ! Il tue le Minotaure…et se précipite sur Andreia qui agonise)

Thésée :

Andreia, mon amie !

Andreia :

La bête tapis dans l’obscurité est morte, tu l’as vaincue ! Toute la Grèce chantera ta légende Fuis ce lieu maudit, ne perds pas courage !

Thésée :

Andreia, mon amie ! Nous l’avons vaincue ensemble, tous ensemble !

(Andreia meurt)

Thésée :

Quelle tristesse ! Ou est ce fil, je ne le trouve plus dans le noir, il a dû se rompre dans la bataille… ici ! Vite, il faut que je quitte ces ténèbres !

 

Scène 4 :

aux portes du Labyrinthe

(Ariane, Thésée , Minos, Pasiphaé, Dédales)

 

(Thésée sort du Labyrinthe et trouve Ariane endormie)

Thésée :

Ariane ! Je suis là !

Ariane :

Quoi… que… qui… où … ha ! Vous ici ! J’osais à peine espérer vous revoir !

Thésée :

Chuut ! J’ai terrassé le monstre mais malheureusement mais compagnons y ont laissé leur vie !

Ariane :

Terrassé ! Mais… vous ne lui avez pas fait mal j’espère ! C’est mon frère quand même !

Thésée :

Mais chut ! Vous allez réveiller tout le monde ! Non, non… il va bien… juste un peu assommé.

Ariane :

Ho ! Le pauvre ! Mais vous n’êtes qu’une brute !

Thésée :

Moins de bruit ! Par pitié ! Et je l’ai a peine assommé, il n’aura même pas de bosse je vous dis !

Ariane :

J’espère !

Thésée :

Chuuuut ! Fuyons vite Ariane ! Votre fil m’a sauvé la vie en m’arrachant à ce labyrinthe infernal, il serait dommage de se faire prendre maintenant ! Allons au bateau, il nous amènera à Athène, mon père Egée m’y attend !

Ariane :

Je croyais que c’était Poséidon votre père ?

Thésée :

Oui, mais concrètement, c’est quand-même Egée qui m’a élevé !

Ariane :

Vous avez raison, filons vite pour Athènes !

(Ils partent en courant et Ariane s’arrête)

Thésée :

Qu’y a-t-il encore ?

Ariane :

J’avais préparé un petit mot pour mes parents, c’est plus correct !

(Elle sort une lettre de son habit, la dépose et ils repartent ! Arrive le Roi et la reine…)

Minos :

Mais qu’est-ce que c’est que ce raffut !

Pasiphaé :

J’ai cru entendre Ariane ! Ariane ? Ariane ? Tu es là ?

Minos :

Malheur ! La porte du labyrinthe est ouverte !

Pasiphaé :

Regardez cette lettre !

Minos :

Donnez ! (il lui arrache la lettre)

Chers Parents,

Si vous lisez cette lettre c’est que j’ai pris la fuite avec l’un des jeunes athéniens qui se trouvait parmi les victimes du Minotaure. Il n’a eu qu’à suivre un fil de laine, qu’il avait pris soin de dérouler en en s’enfonçant dans le labyrinthe, pour retrouver la sortie. Je trouve que vous payez bien cher un ingénieur dont les inventions ne tiennent qu’à un fil ! Je vous enverrai des cartes postales d’Athènes. Bisous. Ariane.

Pasiphaé :

Quoi ! Ariane est partie ! C’est de ta faute ! Monstre ! Si tu n’avais pas fait venir ces athéniens, si tu n’avais pas fait ce stupide labyrinthe pour y cacher ton fils… d’ailleurs… lui…

Minos :

De ma faute ? Tu rigoles ! Tu as passé ton temps à lui mettre des âneries dans la tête !

(elle court vers la porte du Labyrinthe et découvre au loin – en coulisse – le Minotaure !)

Pasiphaé :

Ha ! Non de Zeus ! On dirait un rôti ! ( elle s’évanouit)

Minos :

En effet… c’est pas joli, joli !… Dédale ! DEDALE !

(Dédale arrive en courant)

Dédale :

Oui mon roi ?

Minos :

Tu as vu ton labyrinthe infaillible ? Un athénien en est sorti, il a transformé le Minotaure en carpaccio et il est parti avec ma fille !

Dédale :

C’est impossible ! Mais comment !

Minos :

Avec une simple pelote de laine espèce d’andouille ! Alors ce que tu vas faire c’est que tu vas me nettoyer tout ça et quand c’est propre, TU T’ENFERME DEDANS !

 

Fin de l’Acte 3

Rideaux

 

 

1 La science ou sagesse

2 Le courage

3 La prudence (tempérance, modération)

4 La Justice

5 Le côté cour est le côté droit de la scène, vu de la salle, par opposition au côté jardin, qui est le côté gauche.

6 Le côté Jardin est le côté gauche de la scène, vu de la salle, par opposition au côté cour, qui est le côté droit.

7 La science ou sagesse

8 Le courage

9 La prudence (tempérance, modération)

10 La Justice

 


   mar 21

Deux Alice

distribution :

Le père

Le Roi de Cœur

le perroquet

Alice (petite fille)

Princesse de Trèfle

Alice

Chapelier Fou

Reine de Cœur

La mère

le Chat

Mr Mignon

Mr Plouc

Garde/Bourreau 3 de Cœur

Princesse de Pique

Grouerniol

Lapin

Prince de Pique

Prince de Trèfle

Garde/Bourreau 5 de Cœur

 

Dans la chambre

 

scène 1 :

Dans la chambre

(le chat, le perroquet, Alice la petite fille, le père et la mère)

 

La mère :

Alice ! Il est temps d’éteindre, ton père est déjà venu te le dire, il y a école demain !

Alice :

Non mais tu rigoles, j’ai pas terminé ma partie de Wonderland !

La mère :

Wonderland, wonderland ! C’est pas le monde réel ! Alice ! Tu éteins et c’est tout ! Chéri, viens dire quelque chose !

Le père :

Mais elle ne m’écoute pas ! Alice tu m’éteins cette console et tu vas te coucher ! Si a dix elle n’est pas posée je la confisque ! 1…2….3…4…5…6…7…8… 8 ½… 9…9 ½…

Alice :

Très bien, puisque c’est la dictature ici ! Je la range !

La mère :

Mais ce n’est pas ça une dictature !

Alice :

Si une tyrannie !

Le père :

Dans une tyrannie tu n’aurais même pas de console ! On ne joue pas dans une tyrannie !

La mère :

Et dans une tyrannie on ne fait rien pour ton bien. Seul le bien du tyran décide de l’ordre des choses, il y a des raisons si tu ne dois pas jouer si tard ! Jouer trop c’est mauvais pour les yeux,et ça énerve, et puis il y a école demain.

Alice :

L’école, l’école, vous n’avez que ce mot là à la bouche !

Le père :

Mais c’est important l’instruction ! Vous allez être une génération d’ânes avec des boutons à la place des doigts si ça continue ! Et c’est quand on a pas d’instruction qu’on finit en dictature ma petite demoiselle !

Alice :

N’importe quoi !

La mère :

Tu dors maintenant, demain, école !

Alice :

N’importe quoi !

(les parents sortent)

Alice :

Tyrans !

(Elle s’endort)

 

Scène 2 :

Dans la chambre

(le chat, le perroquet, Alice la petite fille, le lapin)

 

La console fait de la lumière, du fond de la scène, le lapin surgit surexcité et pressé.

 

Le lapin :

Alice ! Alice ! Ou est Alice ! Et dire que je suis en retard ! En retard !Ils auront fini leur partie de carte que je ne serai pas arrivé ! Et saperlipopette, il est grand temps que je change de lunettes ! (Il s’approche du perroquet) Salut !

Le perroquet :

Saaaalut !

Le lapin :

Dis moi, bel oiseau, as-tu vu Alice ?

Le perroquet :

Aaaalice !

Le lapin :

Oui, c’est ça Alice ! Je la cherche partout et j’ai entendu qu’on parlait d’elle ici, alors je suis venu !

Le perroquet :

Aaaalice !

Le lapin :

Oui, c’est ça, elle est là ?

Le perroquet :

Aaaalice !

Le lapin :

Oui, Alice, alors, tu l’as vue?

Le perroquet :

Vuuuue !

Le lapin :

Elle est là ?

Le perroquet :

Elle est làààààà

Le lapin :

Mais où ça ?

Le perroquet :

Elle est làààààà !

Le lapin :

Oui, mais où là ?

Le perroquet :

Oulàààààà !!

Le lapin :

Alice est là ?

Le perroquet :

C’est lààààà !!!! C’est lààààà !!!!

Le lapin :

Alice est là ? Ha oui ! Merci ! Ce doit être elle dans le lit ! (il va vers le lit)

Le Chat :

C’est pas bientôt fini ce vacarme ! Il y en a qui dorment ici !

Le lapin :

Excuse moi, pourrais tu me dire si c’est Alice qui dort là ?

Le Chat :

Évidemment que c’est Alice !

Le lapin :

Alice, la Alice !

Le Chat :

Oui, LA Alice, tu en connais d’autres ?

Le lapin :

Heu… non…

Le Chat :

Alors si je te dis que c’est Alice c’est que c’est Alice !

Le lapin :

Ba… oui… bien sûr…

Le Chat :

Mais là, LA Alice, elle dort, et moi aussi je dormais avant que tu me réveilles, reviens plus tard.

Le lapin :

Mais c’est que je suis déjà plus tard ! Enfin, en retard, il fallait que je la trouve pour la partie de carte… secrète… tu vois de quoi je parle ? (il cligne de l’œil comme pour créer une connivence)

Le Chat :

Non pas du tout, mais ton trop tard est un trop tôt pour moi, le réveil sonne à 8h ! Ce qui est déjà bien assez tôt !

Le lapin :

8 heures ! Mais c’est passé ! Il est 9 h 10 si ma montre est à l’heure !!!!

Le Chat :

Ce n’est pas parce que ta montre donne l’heure qu’elle est à l’heure ! Une montre cassée donne l’heure deux fois pas jour !

Le lapin :

Mais quelle horreur ! Je n’y avais jamais pensé !

Le Chat :

On peut tous dire la vérité en se trompant !

( Alice se réveille)

Alice :

Mais à qui tu parles mon chat ?

Le Chat :

A ce lapin qui a réussit à te réveiller !

Le lapin :

Alice ?!

Alice :

Mais, comment connais-tu mon nom ? Tu me connais ?

Le lapin :

Et bien… oui, tu es Alice !

Alice :

C’est bien ça !

Le lapin :

Nous nous sommes déjà vu à Wonderland, tu te souviens ?

Alice :

Évidemment que je me souviens de Wonderland ! Vu le temps que j’y passe !

Le lapin :

Alors il faut y retourner vite ! Ta mission n’est pas finie !

Alice :

Je sais, merci, mes parents en ont fait toute une histoire !

Le lapin :

Suis moi, la Reine de Cœur a retrouvé son sceptre et sa couronne, elle est devenue folle, il faut l’empêcher de tous nous réduire à l’esclavage !

Alice :

La Reine ?

Le lapin :

Oui ! Suis moi !

(il file et Alice sort du lit pour le suivre avec le perroquet et le chat)

Le Chat :

Attends nous !

Le perroquet :

Aaaaattends nouuuuus !

 

 

Scène 3 :

A Wonderland, dans les bois

(le chapelier, Alice, le Mignon, Mr Plouc, Goruerniol)

 

Goruerniol :

Mais que fait notre lapin, il est encore en retard !

Alice :

Il devait passer me chercher, mais après une heure à l’attendre je me suis décidée à venir sans lui.

Mr Plouc :

Il est toujours en retard ! Je ne sais même pas s’il a déjà vu le début d’une partie de carte.

le Mignon :

J’espère qu’il ne lui est rien arrivé !

le chapelier :

Il court beaucoup trop vite pour les soldats de la Reine de Cœur ! Hahaha !

Goruerniol :

Ha !!! Ne dites pas ce nom ! Vous me faites froid dans le dos ! Je relance en Pique avec une Dame !

le Mignon :

Et moi je pose un carré de 7 en As !

le chapelier :

Un carré de 7 As ! Mais c’est impossible ! J’ai trois 7 As dans mon jeu, vous ne pouvez pas en avoir quatre !

Goruerniol :

M. Mignon, vous êtes un tricheur !

le Mignon :

Mais pas du tout ! J’ai quatre 7 As dans mon jeu, ce n’est pas de ma faute ! 4 c’est plus que 3 j’emporte la manche un point c’est tout !

Mr Plouc :

Mon cher Chapelier Fou, pourriez-vous me dire comment vous vous êtes retrouvé avec trois 7 d’As dans votre jeu ?

le chapelier :

Ho ! Mais Mr Plouc, je ne prétends pas avoir gagné moi !

le Mignon :

Je ne prétends rien ! Je gagne, j’ai un 7 d’As de plus que vous c’est mathématique !

le chapelier :

Mathématique ? Vous êtes de ces hommes avec si peu d’esprit qu’ils commencent à compter à partir de 0 !

Goruerniol :

Je crois, M. Le Chapelier, que même en comptant à partir de moins 1000, M. Mignon l’emporterait sur vous d’une carte !

le chapelier :

Absolument pas ! Si l’on admet que les nombres sont infinis, que l’on peut toujours remonter plus loin, et qu’au final on ne se fixe le début et la fin du calcul que par convention, cette séparation finie d’une carte entre M. Mignon et moi n’est qu’une absurdité à laquelle vous semblez tous avoir accepté de croire contre moi !

Alice :

Cessez ces chamailleries ! Reprenez plutôt un peu de thé ! Celui-ci est au moins du goût de tout le monde !

Goruerniol :

Avec Plaisir !

le chapelier :

Ne lésinez pas sur la dose !

le Mignon :

Mettez-en jusqu’à remplir ma soucoupe !

Mr Plouc :

Avec un nuage de lait si possible !

Alice :

Quatre 7 d’As et trois 7 d’As font de toutes façons sept 7 d’As, et autant de 7 d’As n’ont rien à faire dans un jeu. Celui-ci à ses règles, qu’elles soient juste ou injuste, jouer en dehors c’est se donner trop d’importance !

le chapelier :

C’est bien vrai Alice !

Alice :

Ho ! Je ne sais pas si c’est « vrai », mais c’est la seule façon de jouer !

le Mignon :

D’ailleurs qu’allons nous faire avec cette Reine de Cœur qui ne respecte pas les règles !

Goruerniol :

Ne dites pas ce nom ! J’ai enlevé toutes les Reine de Cœur du jeu pour éviter un mouvement de panique à la vue de sa grosse tête écarlate !

Mr Plouc :

Le Mignon à raison, il faut faire quelque chose, sinon elle va tous nous soumettre à l’esclavage !

Le Chapelier :

Nous avons déjà réussit à nous cacher, c’est pas mal !

Alice :

Mais on ne peut pas laisser tous les autres habitants de Wonderland devenir ses esclaves !

le Mignon :

Elle a enchainé toutes les créatures, elle les forces à travailler jour et nuit pour lui construire une statue qui toucherait le ciel !

le chapelier :

Mais cette statue devrait être infinie !

Goruerniol :

C’est là tout le problème ! C’est mathématiquement impossible ! Les pauvres vont devenir fou à travailler sans fin ! Parlons d’autre chose !

Mr Plouc :

Non ! Il faut lui voler son prestige, son sceptre et sa couronne, alors, elle ne sera plus Reine ! Et nous pourrons enfin tous nous chamailler joyeusement !

Alice :

Mais comment faire?

Goruerniol :

Avec Alice avec nous, même si j’ai très peur… nous ne pouvons pas échouer !

Mr Plouc :

C’est bien vrai !

le Mignon :

Tout çà fait d’accord !

le chapelier :

J’ai une idée, voilà ce que nous allons faire ! Écoutez moi !

 

scène 4 :

A Wonderland, au château de la Reine

(la Reine de Cœur, Gardes/Bourreaux 3 et 5 de Cœur, Prince de Trèfle, Prince de Pique)

 

Roi de Cœur :

Mon lapin d’amour en sucre…

Reine de Cœur :

Ho ! Mais ne me traitez pas de lapin ! Bougre de nigaud ! Vous me rappelez qu’on a toujours pas mis la main sur cette abominable bestiole !

Roi de Cœur :

Pardon ma douce ! Il y a bien trois jeux de cartes qui sont à sa recherche ! J’y ai veillé !

Reine de Cœur :

Et c’est pour me dire ça, sombre idiot, que vous avez interrompu ma partie de criquet !

Roi de Cœur :

Non, mon sucre d’orge, c’est pour vous dire qu’on a attrapé dans la forêt interdite deux promeneurs !

Reine de Cœur :

Quoi ! Des promeneurs dans la forêt interdite ! Incurable imbécile ! Vous auriez dû me prévenir au lieu de me laisser jouer au criquet ! Ce sont surement des mutins !

Roi de Cœur :

Mais… mon ange adoré…

Reine de Cœur :

Gardes, vous allez me faire parler ces deux cornichons !

3 de Cœur :

A vos ordres ma Reine !

5 de Cœur :

Que devons-nous faire ma Reine pour remplir notre mission ?

3 de Cœur :

L’huile bouillante ?

5 de Cœur :

Les orties dans les chaussettes ?

Reine de Cœur :

Non… pire… Vous, prenez votre plus belle plume, et lui, chatouillez le jusqu’à ce qu’il meurt de rire s’il le faut !

Et celui-là qui a l’air si malin… allez chercher le casque…

5 de Cœur :

Quoi… le supplice du casque…

Roi de Cœur :

Mais… mon canard en or… vous ne pensez pas que c’est un peu extrême?…

Reine de Cœur :

J’ai dit le casque ! Vous lui ferez écouter la chanson de la Reine des Neiges jusqu’à ce qu’il soit totalement détruit moralement !

(Le 5 de Cœur lui pose un casque sur les oreilles pour la torture)

5 de Cœur :

Très bien ma Reine, à vos ordres.

Reine de Cœur :

Des noms ! Je veux des noms !

3 de Cœur :

Donne moi des noms !

Prince de Trèfle : (en riant sous la torture)

Des noms de quoi ? Des noms de villes ? Knokke-le-Zoute, c’est un nom de ville que j’ai toujours trouvé amusant.

3 de Cœur :

Il a parlé Reine, il a dit « Knokke-le-Zoute ».

Reine de Cœur :

Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ! Knokke-le-Zoute, ça ne veut rien dire !

Prince de Trèfle :

Mais c’est ce que je veux dire moi !

Reine de Cœur :

Je veux le nom des mutins et où ils sont cachés !

Prince de Trèfle :

Quels mutins ? J’en sais rien moi !

Reine de Cœur :

TORTUREZ LE ! Ça lui apprendra !

( le 3 de cœur torture et le prince rie comme un fou)

Reine de Cœur :

C’est bon, je vais interroger l’autre ! On ne s’entend plus ! Qu’il se taise ou rit en silence ! (au 5 de cœur) Allez-y, faites le parler.

5 de Cœur :

Heu… je lui demande quoi ?

Reine de Cœur :

Des noms !

5 de Cœur :

Donne moi des noms !

Prince de Pique :

Les noms de qui ?

5 de Cœur :

Le nom des mutins ….

Prince de Pique :

Je ne connais pas mutants !

5 de Cœur :

Pas des mutans des mutins !

Prince de Pique :

Quoi ?

5 de Cœur :

Mais t’es bouché ou quoi, des MUTINS !

Prince de Pique :

Parlez plus fort, j’entends mal !

Reine de Cœur :

Il se moque de nous ! Musique !

Roi de Cœur :

Mais…

Reine de Cœur :

MUSIQUE !

5 de Cœur :

Vous êtes sure…

Reine de Cœur :

MUSIQUE !!!!!

5 de Cœur :

Très bien…

( le 5 de cœur torture et le prince de met à chanter comme un fou et comme une casserole)

Reine de Cœur :

Ha ! Mais faite le taire ! Par pitié faite le taire ! Nous ne tirerons rien de ces deux ! C’était bien la peine de venir me déranger en pleine partie de criquet ! Vous deux suivez moi ! Et toi, toi (au roi) ne recommence plus JAMAIS ça !

 

 

( tous sortent sauf les deux prisonniers)

 

scène 5 :

A Wonderland, au château de la Reine

( Prince de Trèfle, Prince de Pique, le chat, le perroquet, Alice la petite fille, le lapin entent )

 

Le lapin :

Mais je ne sais pas par où nous sommes entrés dans Wonderland, on se croirait au château de la Reine !

Le Chat :

Regardez moi ça, des prisonniers !

Le perroquet :

Des prisonniers !

Alice :

Ho ! Les pauvres !

Prince de Trèfle :

Aidez nous ! La Reine nous a attrapé et nous tient prisonniers ! Nous n’avons rien fait ! Elle veut qu’on lui livre des mutins !

Prince de Pique :

C’est eux les mutants ?

Le lapin :

Mais elle est devenue folle !

Alice :

Comment vous faire sortir de là ?

Prince de Trèfle :

Il vous faut les clefs.

Alice :

Où sont elles ?

Prince de Trèfle :

Dans la salle des gardes, à côté !

Le Chat :

Ne vous inquiétez pas je m’en charge, de mes pas de velours je vais les chercher et ils ne m’entendront pas !

Prince de Pique :

Qui n’entends pas ? J’ai très bien entendu !

 

( Le chat file en coulisses)

 

Prince de Trèfle :

Il faut aussi voler la carte pour retrouver notre route à travers la forêt interdite ! Nous devons au plus vite prévenir nos sœurs, les princesses de Pique et de Trèfles, elle seules peuvent empêcher la Reine de Cœur de dominer tout Wonderland !

Le lapin :

Et la princesse de Carreau ?

Prince de Pique :

Elle est justement sur le carreau !

Alice :

Mais où trouver cette carte ?

Le perroquet :

Ne vous en faites pas pour la carte, je volerai haut dans le ciel pour trouver le chemin et vous n’aurez qu’à me suivre pour trouver votre route !

Le lapin :

Merci Perroquet !

(Le chat revient)

Le Chat :

C’était un jeu d’enfant !

(Alice les libère de leur chaines)

Prince de Pique :

Mais qui êtes vous au fait ?

Prince de Trèfle :

C’est vrai ça, vous arrivez de nul part pour nous sauver !

Le lapin :

C’est Alice !

Prince de Pique :

Formidable !

Prince de Trèfle :

Je comprends mieux pourquoi la chance nous sourit ! Vous êtes une légende !

Le lapin :

Filons vite nous n’avons plus beaucoup de temps !

( tous sortent )

 

scène 6 :

A Wonderland, dans les bois

(Princesse de Trèfle, Princesse de Pique Prince de Trèfle, Prince de Pique, le chat, le perroquet, Alice la petite fille, le lapin )

 

Princesse de Trèfle :

Chère Princesse de Pique, avez vous des nouvelles de votre frère ?

Princesse de Pique :

Mais non, voilà trois jours qu’il est parti à la chasse aux papillons avec le votre et je n’en ai encore aucune nouvelle ! Je pensais que vous saviez où ils étaient !

Princesse de Trèfle :

Mais pas du tout, je les croyais chez vous.

Princesse de Pique :

Que pourrait-il leur arriver après tout ?

Princesse de Trèfle :

N’avez vous pas remarqué toutes ces patrouilles de cartes de Cœur qui se promènent le long de nos frontières ?

Princesse de Pique :

La Reine de Cœur aura surement une nouvelle lubie.

Princesse de Trèfle :

Cela ne me dit rien qui vaille !

Princesse de Pique :

Ho ! Regarde cet oiseau aux couleurs magnifiques !

Princesse de Trèfle :

Je n’en ai jamais vu de pareil !

(l’oiseau vient se poser près d’elles)

Princesse de Trèfle :

Bonjour bel oiseau, je vous fais mes hommages.

Le perroquet :

hooooommages !

Princesse de Pique :

Comme il est bien élevé ! Recevez aussi mon salut !

Le perroquet :

Saaaaalut !

Princesse de Trèfle :

Il est si mignon ! Dites moi, que venez vous faire par ici, tout seul et sans amis ?

Le perroquet :

Aaaaamis !

Princesse de Pique :

Vous venez voir des amis ? Mais qui sont ils ? Nous sommes les princesses de Trèfle et de Pique.

Le perroquet : (criant)

Princesses ! Princesses ! Princesses !

Alice : (Depuis les coulisses)

Tu les as trouvées ?

 

( Alice la petite fille, le lapin, Prince de Trèfle, Prince de Pique, le chat,)

 

Prince de Pique :

Ma sœur !

( il va la serrer dans ses bras)

Prince de Trèfle :

Ma sœur aussi est là !

( il va la serrer dans ses bras)

Le lapin :

Cet oiseau est formidable !

Princesse de Trèfle :

Mais d’où venez vous ?

Princesse de Pique :

Que vous est-il arrivé ?

Prince de Pique :

La Reine de Cœur, elle nous kidnappé, elle nous a pris pour des mutants !

Le Chat :

Mais qu’il enlève ce casque !

( Le Prince de Pique enlève le casque du Prince de Trèfle)

Prince de Trèfle :

Mais pas du tout ! Nous étions dans les bois, et sans faire attention nous avons quitté nos frontières pour rentrer dans la forêt interdite ! Là, des cartes nous ont arrêtés elles nous ont pris pour des mutins !

Princesse de Pique :

Des mutins ?

Princesse de Trèfle :

Quels mutins ?

Le lapin :

Elle veut soumettre tous les sujets de son royaume à l’esclavage !

Prince de Pique :

Pour les forcer à construire une statue d’elle qui va jusqu’au ciel, c’est bien ça ?

Alice :

Oui, c’est exactement ça !

Princesse de Pique :

Mais c’est horrible !

Princesse de Trèfle :

Son pouvoir lui est monté à la tête !

Prince de Pique :

Heureusement, Alice et ses amis sont arrivés à temps pour nous sauver !

Princesse de Trèfle :

Sans elle, nous serions encore là-bas !

Prince de Pique :

Alors c’est vous Alice !

Princesse de Trèfle :

Mais quelle joie de vous rencontrer enfin ! Vous êtes une légende à Wonderland !

Alice :

Moi aussi, c’est la première fois que je rencontre de vraies princesses !

Princesse de Pique :

Il faut faire quelque chose contre cette méchante Reine !

Princesse de Trèfle :

Son pouvoir réside dans son sceptre et sa couronne, pour qu’elle remette les pieds sur terre, il faut les lui prendre. Et avec Alice avec nous, nous ne pouvons que réussir !

Le Chat :

Rien n’est plus simple, avec mes pâtes de velours je peux me glisser partout.

Le perroquet :

Et moi voler au dessus de sa tête pour lui prendre sa couronne !

Princesse de Trèfle :

Ne perdons pas plus de temps alors, nous devons aller au château de la Reine de Cœur !

Prince de Pique :

Mais nous venons juste de nous en échapper !

Prince de Trèfle :

Qu’importe, nous ne pouvons pas laisser toutes les créatures de wonderland devenir ses esclaves !

Le lapin :

Allons y mais faisons vite ! Avec tous ces aller-retour nous allons finir par être en retard à la partie de carte Alice !

 

scène 7 :

A Wonderland, Au château de la Reine

 

(le chapelier, Alice, le Mignon, Mr Plouc, Goruerniol)

 

 

le chapelier :

Je vous dis que c’est le seul moyen de lui faire perdre son pouvoir !

Goruerniol :

Mais je ne pensais pas l’approcher de si près !

le Mignon :

Et moi donc ! Que va-t-elle nous faire si elle nous attrape !

Goruerniol :

Ha ! Monsieur Mignon n’envisagez pas des choses pareilles !

Mr Plouc :

Moi ce qui m’embête, c’est que je n’ai toujours pas compris votre plan Monsieur le Chapelier !

Mignon :

C’est vrai ça ! On doit faire quoi ?

Alice :

J’ai bien peur que notre chapelier n’ai lui même pas bien compris son plan !

Goruerniol :

Quoi ? Nous nous retrouvons dans la gueule du loup, à côté du trône de la Reine… quel horrible mot ! Sans avoir de plan ?

le chapelier :

Mais pas du tout, tout est très clair… si la reine entre par là (il indique le côté cour1)… Vous, Monsieur Mignon, vous vous roulez en boule et comme au bowling vous tenter le strike sur elle et le Roi, pendant que Alice, M. Goruerniol et Mr Plouc tenteront d’effrayer les gardes avec des grimaces. Moi je me chargerai d’attraper le sceptre en plein vol et la couronne aussi. Selon mes calculs ils devraient atterrir ici ! (avec son maître de tailleur il fait mine de mesurer et montre un point de la scène)

Mr Plouc :

Mais si elle entre par là ?(il indique le côté Jardin2)

Mignon :

Mais oui, que faire ?

le chapelier :

Et bien… la même chose mais à l’envers. Vous n’aurez qu’à rouler à l’envers, comme on fait une galipette à l’envers, de façon totalement symétrique au projet initial ! C’est là tout le génie de mon plan infaillible ! Et moi, je récupère le sceptre et la couronne !

Alice :

Votre plan n’a rien d’infaillible ! La seule chose que j’y vois c’est que dans tous les cas vous avez le sceptre et la couronne !

Goruerniol :

Mais alors ! Ce sera lui le Roi ! Ha ! Quel horrible mot !

le Mignon :

Mais pas question que le chapelier soit Roi !

Mr Plouc :

Dans son genre, il est aussi fou que la Reine !

le chapelier :

Ne ferai-je pas une plus belle statue ?

Alice :

Là n’est pas la question !

Goruerniol :

Alice, auriez vous un peu de thé, cette situation me met les nerfs à vif !

Alice :

Non, mon pauvre Goruerniol, je n’ai pas pris la théière… nous sommes en mission.

Goruerniol :

Malheur !

le Mignon :

Je pense faire une bien plus belle statue que vous M. le Chapelier !

le chapelier :

Et qu’est ce qui vous fait dire ça ? Nabot, tricheur !

le Mignon :

Moi ? Tricheur et nabot ! Mais je suis plus grand et plus honnête que vous Monsieur !

Mr Plouc :

Arrêtons cela ! Nous chamailler n’arrangera rien, c’est notre union qui fait notre force, pas notre division.

Goruerniol :

Ne parlez pas de division, je déteste les mathématiques !

Alice :

Tirons au sort ! Et espérons que celui qui héritera de la couronne et du sceptre ne s’en servira pas pour faire des autres ses esclaves !

le chapelier :

Bien parlé. (le chapelier va faire semblant de tirer au sort en veillant à ce que ça tombe sur lui ) Am Stram Gram, Pic et Pic et Colegram, Bouré Bouré Ratatam, Am Stram Gram… Ho ! Ça tombe sur moi !

le Mignon :

Tricheur !

Alice :

J’entends du bruit ! Cachons nous ils arrivent !

(Tous filent se cacher)

Goruerniol :

Attendez, je dois faire quoi déjà ?

 

 

Scène 8 :

A Wonderland, Au château de la Reine

(Princesse de Trèfle, Princesse de Pique Prince de Trèfle, Prince de Pique, le chat, le perroquet, Alice la petite fille, le lapin )

Alice :

C’est ici ?

Princesse de Pique :

Oui, c’est là, c’est la salle du trône.

Princesse de Trèfle :

Le Roi et la Reine y sont souvent nous n’avons qu’à les attendre.

Princesse de Pique :

Une fois qu’ils seront là, il va falloir faire vite gentil chat et bel oiseau.

Princesse de Trèfle :

Le sceptre et la couronne, n’oubliez surtout pas que quoi qu’il arrive, il faut lui prendre ces objets !

Le Chat :

Ne vous en faites pas, je suis le roi des voleurs ! Combien de tranches de jambon, de délicieux poissons j’ai dérobé dans la cuisine de mes maître, dis lui Alice !

Alice :

C’est vrai, ça met mon père hors de lui et mon pauvre chat passe trois nuits à la porte après ça.

Princesse de Trèfle :

Si c’est un professionnel c’est très bien.

Princesse de Pique :

Car la mission est périlleuse.

Prince de Pique :

Pour ce qui est des gardes, nous en faisons notre affaire.

Prince de Trèfle :

Nous les chatouillerons jusqu’à ce qu’ils n’en puissent plus, et mon cher Prince de Pique, n’hésitez pas à chanter pour ajouter à leur supplice !

Alice :

Tout le monde est prêt alors ! Mon belle oiseau nous comptons sur toi pour la couronne !

Le perroquet :

La courooooonne !

Princesse de Trèfle :

J’entends du bruit, allons tous nous cacher !

Princesse de Pique :

Bonne idée, nous aurons l’effet de surprise !

(Tous filent se cacher)

 

scène 9 :

A Wonderland, Au château de la Reine

(la Reine de Cœur, Gardes/Bourreaux 3 et 5 de Cœur , Princesse de Trèfle, Princesse de Pique Prince de Trèfle, Prince de Pique, le chat, le perroquet, Alice la petite fille, le lapin, le chapelier, Alice, le Mignon, Mr Plouc, Goruerniol )

La Reine :

Je suis entourée d’incapables ! D’IN-CA-PABLES ! Il faut que je fasse tout moi même ici !

Le Roi :

Du calme ma mie, toute cette agitation est mauvaise pour votre petit cœur !

La Reine :

Crétin ! Tu me demandes de me calmer alors que deux princes ont réussit à s’évader à cause des ces deux nigots qui ne sont même pas capable de les attacher assez ferments !

5 de Cœur :

Mais.. ma Reine, je vous jure qu’ils étaient attachés…

3 de Cœur :

Quelqu’un a du les délivrer… les verrous de leurs cadenas étaient fermés à double tours…

La Reine :

Tu essaies de me dire qu’il y aurait un traitre dans mon château ?

3 de Cœur :

Non… je…

La Reine :

Un traitre dans mon château et bientôt la Princesse de Trèfle et la Princesse de Pique qui vont vouloir se mêler de ça ! L’ennemi est partout mais je ne vais pas me laisser faire ! Je couperai la tête de tous mes sujets s’il le faut pour conserver mon trône et mon pouvoir !

Le Roi :

Mais… ma chérie… s’il n’y a plus de sujet, il n’y a plus de pouvoir ?

5 de Cœur :

C’est vrai ça !

3 de Cœur :

Pas bête !

La Reine :

Ho ! Vous ! Cessez de faire le philosophe ! Je commence à comprendre d’où a pu venir la trahison ! Vous êtes le dernier à avoir quitté cette pièce après l’interrogatoire !… Tout s’éclaire !

Le Roi :

Mais… Pas du tout mon amour !

La Reine :

Gardes ! Saisissez vous de lui !

5 de Cœur :

Mais c’est le Roi !

3 de Cœur :

On ne peut pas !

La Reine :

Qui porte le sceptre et la couronne ? Attrapez le! C’est un traitre ! On lui coupera la tête pour l’exemple !

Le Roi :

Ma Chérie ! Pourquoi ?

5 de Cœur :

A vos ordres…

3 de Cœur :

Désolé Monsieur… elle a le sceptre et la couronne…

Roi de Cœur :

Au secours !

 

(Le mignon fait une galipette et n’atteint pas la reine, Alice, Mr. Plouc, Goruerniol se mettent dans un coin de la scène à faire des grimaces… le chapelier coure vers la reine et réalise devant elle qu’elle n’a perdu ni le sceptre ni la couronne. Les deux princes se jettent sur les gardes, le lapin les rejoint, le chat coure vers la reine et attrape le sceptre, le perroquet fond sur la Reine et se saisi de sa couronne – chacun va dans un coin opposé de la scène; Alice la petite fille et les deux princesses viennent entourer la Reine.)

 

scène 10:

A Wonderland, Au château de la Reine

 

(la Reine de Cœur, Gardes/Bourreaux 3 et 5 de Cœur , Princesse de Trèfle, Princesse de Pique Prince de Trèfle, Prince de Pique, le chat, le perroquet, Alice la petite fille, le lapin, le chapelier, Alice, le Mignon, Mr Plouc, Goruerniol )

 

La Reine :

Un coup d’État ! Mes gardes à moi !

5 de Cœur :

On ne peut pas ! Ils nous ont ligoté !

3 de Cœur :

Et puis elle n’a plus le sceptre et la couronne !

5 de Cœur :

Tien, d’ailleurs, dans ces cas là, on obéit à qui ? Au chat ou au Perroquet ?

3 de Cœur :

Je n’en sais rien, le cas de figure ne s’est jamais présenté !

le chapelier :

Mais qui êtes vous ? Que diable faites vous là ?

Princesse de Trèfle :

Nous vous renvoyons la question Monsieur !

Princesse de Pique :

Êtes vous amis ou ennemis ?

Alice :

Ni l’un ni l’autre, nous voulons juste la liberté de jouer aux cartes, de rire, de chanter de boire du thé et ne pas être esclave !

le chapelier :

Et… je veux bien le sceptre et la couronne !

Le Mignon :

Pas question, ce sceptre me revient j’ai perdu une dent dans la bataille !

Goruerniol :

Allez vous enfin arrêter avec cette envie stupide d’exercer le pouvoir sur les autres !

Princesse de Trèfle :

Alors nous cherchons tous la même chose ici.

Princesse de Pique :

Que le sceptre et la couronne soient séparés nous donne tout le loisir de décider en nous concertant !

Alice petite fille :

Très bien dit, sans cela c’est la tyrannie !

Le Roi :

Le pouvoir, c’est dangereux, ça monte à la tête !

Alice :

Nous sommes donc amies ! Car nous sommes d’accords sur ce point, le seul moyen de nous entendre n’est pas de croire détenir la vérité, mais de chercher entre nous ce qui nous est le plus juste et le plus profitable sans négliger l’avis de personne.

Mr Plouc :

Mais nous ne savons toujours pas qui vous êtes !

Princesse de Pique :

Voici la Princesse de Trèfle et moi je suis la Princesse de Pique.

Princesse de Trèfle :

Et eux deux, auprès des gardes, ce sont nos frères.

le chapelier :

Ho ! Des princesses, mes hommages (il met le genoux à terre)

Le plouc :

Mes hommages (il met le genoux à terre)

Le mignon :

Comme elles sont belles ! (il met le genoux à terre)

Le lapin :

Et elle, c’est Alice ! Sans elle nous n’aurions rien pu accomplir, elle a de nouveau su donner à Wonderland la force de se relever !

Alice :

Quoi ? Mais Alice, c’est moi ! Mon lapin, aurais-tu besoin de changer de lunettes ?

Le lapin :

Mais comment le savez vous …

Alice petite fille :

Ha ! Mais je comprends mieux ! Alors LA Alice dont tout le monde me parlait c’était toi ! Il ne s’agissait pas de mes parties de jeu vidéo qui avaient déjà sauvé ce monde, mais de ce que tu avais fait !

Alice :

Enchantée de te rencontrer Alice !

Alice petite fille :

Je suis aussi ravie et honorée !

Le lapin :

Mais quel terrible mal entendu !

Alice :

Pas du tout ! Car ce n’est pas d’une Alice, d’une Cécile ou d’une Camille dont vous avez besoin, non, c’est juste d’un peu d’espoir et de nouveauté ! De quelqu’un qui vient d’ailleurs et sait regarder la beauté de votre monde avec un œil neuf.

Alice petite fille :

Quelqu’un qui peut leur réapprendre à s’émerveiller sur toutes leurs merveilles.

La Reine de Cœur :

Pauvre de moi ! Plus de couronne, plus de sceptre… et maintenant deux Alice !

 

1 Le côté cour est le côté droit de la scène, vu de la salle, par opposition au côté jardin, qui est le côté gauche.

2 Le côté Jardin est le côté gauche de la scène, vu de la salle, par opposition au côté cour, qui est le côté droit.

 


   fév 02

Chapitre 20 : Sa mémoire lui revenait dans le chaos et le fracas d’un immense iceberg qui se retourne.

- Pourquoi ? Mais pour que je continue de penser, c’est-à-dire d’exister ! Nous étions tous deux au palais de la Princesse Christine de Suède, ce long voyage nous avait fait sillonner toute l’Europe. Vous vous portiez comme un charme évidemment, mais ma santé à moi déclinait jours après jours, et ces voyages de nuit n’arrangeaient rien ! J’allais sur mes cinquante-quatre ans, la goutte, des calculs rénaux et une chaude-pisse dont je ne parvenais pas à me débarrasser mutilaient ma chair, me contraignaient bien souvent à garder le lit. Et vous, et votre constitution sublime en dépit de cette mauvaise mine et de ce teint exsangue que je vous ai toujours connu,  vous avez, au moment du dernier soupir, sorti les instruments chirurgicaux qui nous avaient tant servis à explorer les mystères anatomiques ! J’étais tout nu dedans mon lit, je récitais mes prières en réunissant mes esprits pour lutter contre la fièvre qui m’accablait, afin de sonder mon âme et évaluer mes chances de la voir prendre place à la droite du Seigneur, quand, au cœur du tourment, je fus sorti de ma stupeur par une vive douleur au plexus. J’aperçus alors vos mains plongées dans mes entrailles toutes ruisselantes de sang et j’entendis craquer les cartilages sous l’assaut du cliquetis des pinces avant de m’évanouir. Quand je revins confusément à moi, c’était pour sentir l’odeur du cuir et ma tête emmaillotée dans un drap de lin. Je constatais que mon corps ne faisait plus l’objet d’aucune souffrance et qu’aucune respiration n’animait mes narines ou ma bouche. Je compris qu’à la faveur de votre science supérieur vous m’aviez délesté de mon corps au moment où, arrivé en cet étrange lieu, vous avez sorti ma tête de la sacoche dans laquelle vous l’aviez transportée. A demi mort, à demi vivant, je replongeais régulièrement dans ma torpeur mais vos mains de glaces sur mes joues m’arrachèrent à ma somnolence : vous disposiez mon crâne sur cette racine où vous l’avez trouvé à l’instant avant de démêler une longue bobine de fil d’or, pareil au cordon cuivré qui relie le jeune homme qui vous accompagne. La vie revenait lentement en moi et j’allais vous en remercier mais déjà vous aviez tourné les talons et votre cape disparaissait dans l’ombre. La vieille porte de bois se refermait derrière vous jusqu’à ce soir béni où vous revenez me chercher. Alors Maître, où allons nous ? Quelles nouvelles du dehors ? Comment se portent vos disciples, mes compagnons de la Rose Croix ? Notre bonne amie Christine est-elle Reine de Suède à l’heure où je vous parle ?

Nosferatu tendit un bras pour éloigner le crane bavard de son visage et constata qu’en effet, un cordon semblable à celui qui sortait de la chemise de son disciple pendait du cou de René et allait rejoindre l’arbre immense dans les racines duquel il avait ramassé sa tête. Confusément, sa mémoire lui revenait dans le chaos et le fracas d’un immense iceberg qui se retourne. Il glissa un regard voilé, tragique, douloureux, jusqu’à son ventre où sa main, à l’endroit du nombril, cherchait en vain la vibrillonnante excroissance qui lui faisait défaut. La gorge serrée, ravalant sa salive, il lâchât la tête qui retomba sur la mousse en un son mat accompagné, comme en écho, d’un tonitruant « Aie » de son propriétaire. Se tournant vers la vieille femme, les yeux brûlants d’effroi et d’incompréhension il allait prendre la parole quand le disciple lança derrière lui :

- M’sieur, pour la Suède, ils viennent juste d’avoir un nouveau Roi. Mais il est célibataire… Enfin, on dit qu’il fréquente, une hôtesse je crois, mais ça fait des vagues, elle n’a pas le sang bleu.

- Un Roi ? En voilà d’une nouvelle ! C’est Magnus-Gabriel ?

- Ça ne me dit rien…

- Ne me dites pas que cet ignoble pourceau de Charles-Gustave a réussit à monter sur le trône !

- Ben si, je crois bien que c’est ça, Charles-Gustave, un jeunot épais comme une ablette.

- Il aurait donc maigri… Et il a le toupet de mettre une femme de chambre à ses côtés sur le trône. Quelle folie !

- Peut-être… Vous le connaissez ?

- Si je le connais ? Plutôt ! Cette canaille ventripotente, cet âne bâté stupide et borné, n’est bon qu’à la beuverie et la gaudriole ! S’il s’étiole c’est qu’il aura surement contracté l’une de ces fièvres pustuleuses dans le lit des catins lituaniennes aux bras desquelles il se pavane !

- Incroyable… il cache bien son jeu le binoclard avec sa tête de premier de la classe…

- Ho ! Mais ne vous laissez pas abuser par vos représentations, je l’ai vu fin novembre, mener tapage dans la Grande Galerie, la culotte maculée de sa propre merde ! Ivre comme une outre, il faisait scandale à propos du vin portugais qu’on ne parvenait plus à importer et dont il venait de terminer le dernier tonneau…

Laissant ses deux disciples à leurs anachroniques méditations sur le pouvoir et ses errements, notre vampire qui avait perdu tout espoir de voir régner la décence, demanda finalement à Urd :

- Ce cordon de vie et de destin avec lequel j’ai tissé la trame du tableau de ma défunte mère, par lequel j’ai lié  pour l’éternité René à cet arbre sans âge, qu’est-il advenu du mien ?

- Tu le portes noué dans ta poitrine, serré autour de ton cœur, soigneusement refermé sur lui-même. De cette vie qui était un douloureux segment, tu nous a un jour demandé de tisser un cercle parfait dans début ni fin. Depuis ce jour, tu as perdu la possibilité de voir ton existence s’éteindre d’elle-même en même temps que celle de sentir ton cœur battre et de souffrir et de vivre toutes ces passions qui font les hommes tels qu’ils sont. Tu es protégé de tout cela désormais. Mais tu dois trouver ailleurs qu’en toi-même le sang qui animera ton corps et soulagera ta douleur.

- Impossible…

- Tu nous l’as pourtant toi même demandé…

La vieille Urd lui tendit au vampire la vieille lettre sur laquelle figurait, griffonnée en marge, l’adresse des sorcières.

- Ne reconnais-tu pas ta signature et le sceau de ta famille ? Lis cela, tout ce que je viens de te dire y était exposé.

Les yeux plongés dans le manuscrit grêlé de taches brunes, Nosferatu reconnaissait maintenant les antiques caractères de sang séché, il revoyait la main tremblante qui fut jadis la sienne dessiner les contours de chacune de ses lettres, il reconnaissait tous les mots de ce dialecte poméranien, entrelacs de langues slaves, saxonnes, germaniques, dans lequel il avait sans doute appris à parler, même les mots que le temps avait rongé sur ce papier percé en maints endroits lui revenaient en mémoire.

- Pardonnez-moi… je m’en souviens maintenant… je me souviens des douze disciples… de ce chemin obscure qui m’a conduit à vous… de vos mises en garde… Je me souviens enfin de ce contrat qui devait me donner l’immortalité… et mettre un terme à ma détresse.

- Mon pauvre Wilhelm. Tu as maintenant la réponse à ta question.

- Non.

- Comment cela ?

- Mon cœur bat de nouveau.


   déc 16

Chapitre 19 : Je suis j’existe

Des entrelacs noueux d’Yggdrasil, une petite voix nasillarde au souffle court s’éleva et dit en français châtié que Nosferatu compris sans avoir souvenir de ne l’avoir jamais appris :

- Vous êtes, Maître, une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui – si je puis me permettre Seigneur – connait peu de choses, qui en ignore beaucoup, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi et qui sent…

Nosferatu lança un regard furieux en direction de ce stupide disciple au nez bouché qui avait encore eu l’insolence de prendre la parole au sein de ce temple de la mort et du savoir absolu. Les yeux exorbités du fonctionnaire, son tremblement de jeune chien, et le balbutiement de ses lèvres impuissantes à émettre le moindre son lui firent vite comprendre qu’il n’aurait jamais pu déchirer les ténèbres de ses propres mots… d’ailleurs, comment une créature aussi mal dégrossie aurait-elle pu formuler la moindre phrase en une autre langue que cet allemand pâteux et inarticulé de salle de garde auquel il avait habitué son maître ? Le fonctionnaire avait beau fréquenter, par la force des choses, des marins de tous horizons, rien en cet homme – qui avant ces quelques jours n’avait jamais  quitté ou même simplement formulé l’idée de quitter son fauteuil de sky marron en dépit de la tentation constante qu’aurait pu constituer l’enregistrement de ces navires au long cours qui auraient pu le conduire aux confins de l’exotisme – ne dénotait la moindre curiosité linguistique, anthropologique voire même culinaire. Les yeux du vampire scrutaient l’ombre des racines d’Yggdrasil quand la voix repris.

- Telle est, pour ma part, la certitude fondamentale et première a laquelle votre enseignement m’a conduit Maître ! Je suis j’existe : cela est certain et ce autant que je pense et si je cessais de penser, je cesserais, par conséquent, en même temps d’être ou d’exister ou du moins d’avoir la certitude d’être ou d’exister… car rien n’exclue que l’on puisse être sans y penser…

Les oreilles basculant en tous sens, pour suivre les inflexions nasillardes de cette voix métallique, comme un limier promène sa truffe au gré des vents pour retrouver sa proie, la vampire finit par fixer son regard et pointer ses oreilles sur un coin de pénombre entre deux volumineux rhizomes. Là, une touffe de longs poils gris que seul un œil nyctalope pouvait deviner plutôt que voir, s’agitait. Passant derrière la vieille Urd, le vampire s’avança de quelques pas vers la touffe grise et vaporeuse. Une tête sans corps était posée au sol. Douillettement lovée entre deux souches, la tête adressa au vampire un grand sourire jovial aux dents jaunies et mal ordonnées, ses petits yeux, brillants et globuleux, sillonnés de fins vaisseaux rutilants faisaient écho à ses joues couperosées entre lesquelles se dressait un long nez aristocratique bossu et volontaire, lui aussi cramoisie comme un fruit gorgé de vin qu’on aurait sorti de son bain de sangria. Une fine moustache surmontait sa bouche et une barbichette taillée en pointe, style Grand Siècle, ornait ce visage débonnaire et cerclé d’un carré de longs cheveux grisonnants. La tête poursuivit :

- Pour ce qui est de vous Maître, je ne puis affirmer avec certitude que vous êtes et que vous existiez… Néanmoins, je vous enjoins à faire pour vous cette expérience que nous faisions jadis tous deux ou plutôt chacun et qui consiste à penser que vous pensez quand vous pensez, si tant est que vous existiez et que vous ne soyez pas l’œuvre d’une mémoire défaillante, d’un malin génie destinée à m’abuser et à me tourner en ridicule, le fruit d’une interprétation erronée de ce que me livre mes sens, ou encore de mon imagination. Vous aurez alors vous aussi la certitude de votre propre existence et vous pourrez en jouir confortablement aussi longtemps que vous serez capable de penser que vous pensez !

- Mesdames, par pitié, sauriez vous me dire ce qu’est cette chose qui me parle et semble me connaître elle aussi ? Lança le vampire dépité de voir ce qui avait du être jadis un autre de ses disciples tourner à son tour en ridicule cette rencontre solennelle dont il attendait tant.

- C’est René. Répondit Urd. Un vestige de ton passé, l’as oublié aussi ?

- D’ailleurs, Prince Nosferatu, nous espérions un peu que vous nous en débarrasseriez, ça fait des siècles que vous l’avez laissé là à ses obscures méditations dont il nous fait profiter jusqu’à… l’épuisement, et e parle du notre car cette tête affiche une parfaite santé.  Ajouta Skuld.

- Il est vrai que grâce à vous Maître, je garde cette bonne mine et ce teint plein de vigueur que l’on m’a toujours connu ! Renchérit l’encéphale.

- Mais je vous assure en toute bonne fois que je n’ai aucun souvenir de cette tête là ! S’exclama Nosferatu avant d’ajouter. Est-ce vraiment moi qui vous l’ai apportée ?

- Oui. La dernière fois que tu es venu ici c’était pour nous déposer sa tête. Un jour de neige, c’était en… 1650, oui, 1650, un treize février, un dimanche. Tu es rentré par cette même porte, les épaules blanchies, tout auréolé de triomphe, la lumière rosée du ciel neigeux filtrait par cette porte derrière toi. Tu avais l’air fou de joie et tu nous l’as déposé sans trop d’explication, tu avais une chose à faire avant de revenir quelques jours plus tard mais… nous ne t’avons ensuite jamais revu… jusqu’à aujourd’hui.

- Content de vous retrouver Maître, j’ai toujours cru que votre absence n’était que provisoire !

Le vampire, posant un genoux à terre, se saisit de la tête des deux mains puis se releva. De ses yeux noirs il scrutait le regard du joyeux décapité et lui demanda :

- Toi, sais-tu pourquoi je t’ai amené ici ?

- Comme c’est amusant ! Vous n’en avez aucun souvenir ? Comment est-ce possible ? Auriez vous subit quelques malencontreuses corruptions cérébrales ? Un choc ? Un Accident ? Je me souviens très bien d’un homme, un marin hollandais que j’avais rencontré à Bréda, je vous parle de l’époque ou je m’étais engagé auprès de Maurice Nassau pour lutter contre les espagnols. Et bien, voyez-vous, ce marin venait d’être fraichement débarqué par ses compagnons, car sa forte fièvre et son état de demie conscience l’empêchaient de marcher sur ses jambes. Ils avaient pris sur eux de l’apporter à notre société savante pour tenter de le sauver. Il devait y avoir autour de Nassau les plus beaux esprits de l’époque tous versés dans les techniques de médecine les plus modernes. On déposa l’homme sur une table et nous vîmes au premier examen externe que le mourant avait l’arrière du crane enfoncé. Le crane n’était pas ouvert mais les chairs molles quoi que tuméfiées nous permettaient de constater à la palpation que la boite crânienne était brisée au niveau de la jonction de l’occiput et de l’os pariétal. La perception était semblable à celle obtenue lorsque l’on tâte ces bouteilles de terre cuite gainées de cuir, qu’emportent avec eux certains de nos marins, lorsqu’elles sont brisées : l’arrière de son crane n’était plus qu’une outre molle dans laquelle se promenait des arêtes saillantes. Au-delà ce la forte fièvre, l’homme avait perdu presque toute la mémoire et ne pouvait ni bouger ni ressentir la moindre stimulation sur toute la partie gauche de son anatomie. A nos questions il parvenait à répondre mais s’il conservait le langage, il n’avait plus souvenir de son nom, du bateau d’où il venait de débarquer du voyage bien évidemment et semblait, pareil à un enfant, être le jouet d’une terrible anxiété. Le pauvre marin n’avait qu’une idée en tête, retrouver une vache qu’il prétendait avoir perdu et la ramener à temps pour ne pas faire l’objet des foudres de son père ! Un dément. Nous apprîmes plus tard que ce père était lui même décédé plus de quinze ans auparavant. Quand l’homme succomba enfin a sa blessure, je dis « enfin » car pareil à une bête brute il manifestait une volonté farouche de faire durer son indigne agonie sur encore plus de trois jours, nous pûmes pratiquer la dissection. La chose était alors permise aux pays-bas, il y régnait une telle confusion politique. A l’ouverture de la boite crânienne nous constatames qu’une série de fragments osseux étaient en effet venus perforer le cortex, le lobe occipital, le lobe pariétal et, le choc avait été tel, qu’on en a retrouvé jusqu’au-delà de la scissure de Rolando ! Un vrai cas d’école ! Il ne devait évidemment sa si longue survie qu’à la brutalité de son tempérament et à l’habitude de ne faire que peu usage de ses factultés intellectuelles contractées lors de sa frustre existence : cette créature, pareille à une bête fauve, n’était que réflexes. Outre la destruction des tissus,  le malheureux avait développé moult hématomes et un sang noir et épais, chargés d’humeurs, s’était infiltré jusqu’au lobe frontal. De toute évidence, l’esprit ne pouvait plus, depuis la glande pinéale, retrouver dans ce capharnaüm les chemins qu’il s’était frayé au fur et à mesure des années pour se rapporter aux traces des objets qu’il avait rencontré.

- N’ai-je toujours choisi mais disciple qu’à l’aulne de leurs vains bavardage. Vas-tu me dire  pourquoi je t’ai amené ici ?

- Oui, Maître, je vais éclairer votre lanterne avec joie ! Néanmoins cette amnésie me surprends venant d’une personne telle que vous, dont je connais la robuste constitution. Je veux parler d’une robustesse qui est ici le signe de la noblesse de votre lignée et d’une volonté sans faille. Pour comprendre l’origine mécanique de cet incroyable amnésie, je pourrais vous examiner. Vous le feriez assurément avec plus de dextérité et de discernement que moi-même, mais comment voir avec nos propres yeux ce qui se passe au dedans de notre tête ? Notre tragique condition nous contraint à demander pour cela le secours d’autrui. Pour ce faire, il me faudrait aussi l’aide de ce jeune homme qui vous accompagne si vous l’estimez capable de suivre précautionneusement mes indications au cours de l’opération, car vous comprendrez aisément que privé de mes mains je ne puis malheureusement pas officier moi-même. A-t-il quelque disposition en matière de chirurgie ? Si tel n’est pas le cas, j’ai vu lors de la guerre de trente ans des barbiers, des bouchers et mêmes des équarrisseurs que la pratique avait amené à un niveau tel qu’ils n’avaient rien à envier, en matière de dextérité j’entends, aux plus grands anatomistes de la Sorbonne !

Ramenant la tête à quelques centimètres de sa face blême, le vampire trancha d’une voix blanche.

- Cesse ces élucubrations et dis moi pourquoi je t’ai amené ici ?

 


   nov 12

Chapitre 18 : Le scandale de la mort ce n’est pas seulement l’absence, c’est l’absence d’avenir.

- Comment m’avez-vous appelé ?

- Wilhelm, Wilhelm Von Stralendorff ! Tu ne pensais pas que j’allais t’appeler par l’un des stupides pseudonymes dont tu as le secret ! Dit la vieille femme, les yeux brillants de larmes de joie, découvrant par son rire un parfait alignement de petites dents grises et usées par les siècles. Tu es ici chez toi mon cher Wilhelm et je suis heureuse de te revoir enfin ! Ajouta t-elle, ses bras tordus et maigres, tendus vers les joues du vampire pour attraper son visage d’un geste affectueux.

Les pommettes couperosées du jeune fonctionnaire se gonflèrent de soulagement. On était ici en famille ! Dans ce lieu hors du temps, déserté par la soif, la faim, le sommeil, il se sentait peut-être pour la première fois depuis le début de son aventure en sécurité auprès de son maître. Son corps transit de froid, courbatu par un naufrage, des jours et des heures sans sommeil, une mauvais nuit dans un caveau humide sous un tas de cartons, ne le faisait plus souffrir. Aucun désagrément physique ou moral ne se rappelait plus à lui et pas une goutte de son sang ne le quitterait au chœur de ses émouvantes retrouvailles. La lumière bleutée, le clapotis de l’eau qui coulait sous l’ilot suspendu, les guirlandes dorées, cuivrées ou argentées tendues au dessus de lui avait même des airs de Noël. Oui, c’était bien cela, Noël, la gaieté enchanteresse de retrouver les siens dans la chaleur feutrée d’un foyer quand dehors l’hiver lance ses premiers flocons, la certitude confortable de savoir que tout à l’heure on fera bonne chair, que la dinde, le chapon ou le canard baignant dans leurs jus aux exhalaisons de marrons chauds ne verront pas l’aube, et tout cela sous l’étoile protectrice triomphant au dessus du sapin dont la crèche, à ses pieds, attend le petit Jésus qu’une main d’enfant, avide de cadeaux, déposera à minuit.

Au regard atterré de Nosferatu on pouvait comprendre que la féerie de Noël lui était étrangère voire même désagréable. Les joues prises dans un étau d’affection, il roulait des yeux ronds et désemparés. Il balbutia :

- Ai-je l’honneur de vous connaître Madame ?

- Me connaître ? Mais Wilhelm… tu plaisantes ? Me connaitre ? Moi… tu n’es quand-même pas venu jusqu’ici par hasard ? Dit la vieille femme dont les traits du visage s’affaissaient d’inquiétude tandis qu’elle lâchait lentement prise…

- Certes… je ne suis pas venu ici par hasard. J’ai suivi les indications qui figuraient sur une série de documents conservés très certainement par ma mère… dit-il en sortant de sa poche les antiques lettres dont il s’était munis pour son voyage avant de poursuivre. Ces quelques lettres se trouvaient dans un secrétaire en mon château. Ma mère ma très souvent parlé des sorcières de Słupsk. Vous qui semblez me connaitre, ne seriez vous précisément pas ces femmes que recherche ardemment car elles semblent avoir joué un rôle non négligeable dans les circonstances qui ont présidé a ce que je suis aujourd’hui. Si tel était le cas, j’aurais quelques questions a vous poser.

- Nous sommes bien celles-là. Alors tu as tout oublié… ta mère… ce tableau… qui tu es… tu as tout oublié Wilhelm… Murmura la vieille femme qui vacillait à la recherche d’un appuis que lui fournit Skuld. Les deux créatures le dévisageaient. Comment est-ce possible ? Lança-t-elle en un souffle.

- Je n’ai pas souvenir de vous Madame. Il semble que cela vous affecte et j’en suis sincèrement désolé. Et si ma mère vous a évoqué toutes trois à plusieurs reprises, je ne sais nullement quel rôle vous avez joué dans mon existence. Répondre a cette question est d’une certaine manière l’objet de ma visite. Des événements récents on suscité chez moi un questionnement nouveau. Aussi je voudrais savoir qui je suis, ce que je suis et comment je le suis devenu.

- Mon pauvre Wilhelm… tu ne sais pas même qui nous sommes, nous, les trois nornes. Tu te trouves ici entre les mondes, c’est là que jadis tu es venu à nous après des années à chercher le secret qui délivre de la mort. Nous t’avons vu entrer pas cette porte, un matin de l’année de 1299 de votre calendrier. un 4 mars, je m’en souviens, quand tu as pénétré ici les épaules de ton manteau de grenat étaient encore couvertes de neige. Tu avait le regard grave de celui qui a oublié de vivre à trop contempler la mort. Tu revenais des croisades. Ne te souviens-tu pas de Gottschalk ? Tu l’avais accompagné de Ratisbonne et à Prague. As-tu oublié l’odeur des pogroms, et toutes ces vies arrachées à tes frères, tous ces enfants brûlés dont les cries de terreur avaient hantés tes nuits. As-tu aussi oublié ta vie d’homme ?

- Ai-je… ai-je un jour été un homme ? Balbutia le vampire gêné qu’une telle déclaration fut faite devant son disciple et lançant dans sa direction un imprudent regard agacé. Imprudent car leurs yeux se croisèrent immanquablement et le vampire ne put échapper au pétillement de bonheur canin qui étincelait dans le regard triomphant et complice de l’outrecuidant jeune fonctionnaire.

- Oui, Wilhelm, tu as été un homme. Evidemment. N’en partages-tu pas presque toutes les apparences ? Tu as été un grand homme, un de ceux qui savent lever les foules, un de ceux que l’on accompagne jusque dans la mort. Tu as mené des armées à la bataille Wilhelm. Tu as aimé, tu as ri, tu as souffert, tu as espéré… tu as tué, tu as appris sans relâche tout ce que les savoirs de ton temps te permettaient d’apprendre et peut-être plus encore car tu as fini par nous trouver… tu as fait toutes ces choses qui font la vie de ces mortels. Et enfin, un matin, tu es venu jusqu’à nous.

- Pourquoi suis-je venu à vous ?

- Parce que tu avais peut-être le cœur trop doux pour tout ce que tu avais tué Wilhelm. Parce que, accablé de remords, tu voulais savoir ce qu’au juste tu leur avais pris à eux et à ceux qui les aimaient. Tu voulais connaître le sens de tout cela, tu voulais aussi leur rendre ce que tu croyais leur avoir volé.

- Leur rendre la vie… moi… rendre la vie a des hommes ?

- Oui. Au commencement, c’est ce qui t’a amené ici. Tu voulais effacer tout cela. Des hommes de foi, des hommes d’église, avaient su alors faire de toi le bras de la haine en apportant des réponses mensongères à ton désir d’amour et par milliers tu avais exterminé les tiens. Il s’agissait alors pour toi d’apprendre à les sauver. Ne te souviens-tu pas de ta mère ? Ta mère avant ce tableau ? Elle qui s’était laissée mourir de peine en votre château la veille de ton retour des croisades.

- Morte…

- Oui. Morte. Morte d’avoir engendré un monstre tuant au nom de Dieu. Morte de ton absence. Morte de ces lettres de réconfort que tu ne lui as jamais fait parvenir. Tu étais ce qu’elle aimait le plus au monde.

- Mais comment ? Elle n’est pas morte… elle vit au dedans de son tableau… elle vit de cette… de cette étrange vie…

- Étrange vie car son fil jamais plus de se déroulera entre nos mains. Elle demeure à jamais dans l’éternel présent de ce qu’a été son destin. Ce jour où tu es venu, impérieux, tu nous a réclamé son fil car nous sommes les « fileuses de destins ». Ne voient tu pas tous ces fils que nous avons tressés des imputrescibles rameaux d’Yggdrasil et qui sont la vie des mortels. Regarde les courir jusqu’aux plus profond de leurs entrailles. Regarde ce qui lie ton compagnon a Yggdrasil, l’arbre de toutes les vies. C’est avec un fil comme celui là que tu es reparti de notre première rencontre : celui d’où la vie de ta mère s’était déroulé, celui dont ta vie d’homme n’était que le ramage. Et c’est encore avec lui que tu as fait tisser la toile d’où tu crois qu’elle te parle encore aujourd’hui. Vaine entreprise, le fil de ta mère avait été rompu sans aucun soin par son désespoir. Il ne pouvait t’offrir que le spectacle d’une ombre de vie, un insatisfaisant simulacre, encore prisonnier de son destin, de ce qu’elle avait été, et non la vie elle-même. Ce fantôme perdu dans son éternel présent qui ne pouvait que répéter les gestes, les mots, les humeurs du passé et qui ne pouvait plus apprendre, plus vouloir, ne te suffisait pas, c’est pour cela que tu es revenu quelques années plus tard. Le scandale de la mort ce n’est pas seulement l’absence, c’est l’absence d’avenir.

- Un fantôme… ma mère morte… alors moi, qu’est-ce donc que je suis ?

 


   fév 26

Turbulence

Courir en hurlant et en tapant sur une casserole.
Rentrer dans l’eau du bain tout habillé.
Descendre à quatre pattes, tête devant, les escaliers.
Grimper si haut dans l’arbre qu’on sent le tronc plier.
Mordre dans une part de pastèque.
Sauter pied nu sur du sable pour le mettre en miettes.
Marcher sur le goudron que le soleil a chauffé.
Dévaler une dune en galipettes.
Mordre dans une part de melon sucré.
Cracher droit vers le ciel des pépins par milliers.
Avoir les doigts collés par la sève des sapins.
Courir à toute vitesse aux trousses d’un lapin.
Dormir contre son chien et puer avec lui.
Avancer dans la boue, sentir l’eau sur sa nuque,
et le frais chatouilli des gouttes dans le dos.
Contempler le moustique qui nous pique le bras.
Écraser une mouche à la seule force du doigt.
S’étouffer de châtaignes ramassées en forêt.
Jouer à se faire peur, se méfier de son ombre…
S’allonger sur le dos et regarder le ciel.
S’imaginer qu’on tombe, tout droit vers les étoiles.
Inventer aux nuages des formes qu’ils n’ont pas.
Cesser de respirer pour entendre son cœur.
Arrêter de bouger et regarder son chat.
Grimper dans les collines, s’enivrer de bruyère,
d’odeur des pierres chauffées, d’herbes jaunes et de terre.
Entendre dans la nuit parler les animaux.
Voir je jour se lever et avoir un frisson.
Se rouler dans la neige, mordre dans les flocons.
Quand vient le crépuscule, croire le ciel en feu.
Morde aux oreilles son chien, hurler après le vent
et ajouter du bois à un grand feu de joie.
Regarder l’oiseau mort et se moquer de lui,
comme le vers qui se tord dans ses yeux endormis.
Savoir qu’enfin ce soir, elle sera près de moi.


   nov 22

le cœur serré

J’avais des mots de gorge, il valait mieux les cracher :

Ils doivent avoir le cœur serré,
tous ceux qui ignorent l’émotion,
de croiser un regard aimé,
de sentir la palpitation
dans sa poitrine et dans son ventre
– une agitation souterraine –
lorsque le corps tisse tout entier
de doux et longs fils de laine,

pour enfin, comme un pont soyeux,
les lancer juste devant eux
et chatouiller de leurs grappins
cet être aimé, toujours trop loin. 

Ils doivent avoir le cœur serré,
ceux qui tiennent tout seul debout,
loin des caresses et des mots doux.
Ceux qui ont rangé au cimetière
de leur mémoire hémiplégique
ce que fut l’amour d’une mère,
d’un père, d’une figure héroïque,
ou ce qu’il aurait dû apporter…
Oubliant que leurs premiers mots,
leurs premiers pas, leurs premiers rots,
était un don et un appel,
un sortilège qui ensorcelle
et qui voulait dire « aimez moi !»
Une prière contre l’effroi
de n’avoir plus rien sur la peau.

Ils doivent avoir le cœur serré,
tous ceux qui ignorent de l’amour,
la violence désordonnée,
les coups du cœur et les cris sourds
qui restent enfermés dans la gorge
mais qui font souffrir les amants
autant qu’un mouton qu’on égorge.

Ils doivent avoir le cœur serré,
les empêcheurs d’aimer en rond.
Ceux qui pétris d’obligations,
ont décidé un beau matin
parmi un maigre échantillon,
de QUI sera fait leur destin.
Ils sont fébriles, ils sont jaloux,
ces tristes sires ont peur de tout.
Des femmes, de leur plaisirs saphiques,
des sodomites maléfiques,
des indécis pardessus tout.

Ils doivent avoir le cœur serré,
ceux qui ne bandent que leur arc
et n’ont pour toute virilité
que les flèches bénies de Jeanne d’Arc.
De mots, de coups, de bonne conscience,
ils fusillent les Saint-Sébastien,
au nom de l’amour, de la science,
car ils connaissent les desseins
et les secrets de la nature.
Et c’est en vertu de celle-ci
qu’ils veulent sauver notre culture.
Mais ces pantins ont une manie :
ils sont cousus d’incohérences,
ils parlent de Dieu, mais ils oublient
que seul l’amour vaut pour l’enfance.

Mais auront-ils le cœur serré,
lorsque marchant en procession,
très loin des manifestations,
ils suivront la caisse de bois,
où leur propre enfant reposera,
percé de flèches et de bons mots,
de certitudes de caniveaux.
Car à vouloir sculpter les cœurs,
on provoque des hémorragies,
C’est toujours dans le sang et l’horreur,
que meurent les amours interdites.


   nov 06

Chapitre 17 : On pouvait voir sur sa peau des morceaux de phrases écrites en des langues inconnues

Le jeune fonctionnaire gravit l’escalier aux gardes-corps de fer forgé et le heurtoir retentit trois fois dans la nuit. Nosferatu attendait en bas des marches, la main posée sur le cercueil qu’il tenait debout appuyé contre un muret de briques rouges. Le choc du marteau avait résonné si fort et son écho s’était élevé si mollement dans les airs qu’ils savaient déjà tous deux que le bâtiment était vide. Aucun signe de vie en dehors des quelques pigeons qui, réveillés par les visiteurs, lissaient leurs ailes dans les combles de l’édifice en poussant de maigres roucoulements. Pourtant, ni le vampire ni son disciple ne bougeaient : tant de dangers, tant de sacrifices, et tant d’espoirs avaient jalonné leur voyage qu’ils ne parvenaient pas à formuler l’idée qu’un échec, si près du but, fut encore possible. L’attente semblait interminable pour le jeune fonctionnaire dont les jambes tremblaient de peur et de froid face à cette porte fermée sur un édifice désaffecté. Il aurait préféré qu’un passage s’ouvre sur l’enfer pour lui faire subir les tourments de milles diablotins aux queue rouges et aux ailes de chauve-souris plutôt que de se retourner vers son maître et d’affronter sa déception qui se traduirait immanquablement en pulsion destructrice. Car il fallait bien se rendre à l’évidence, son existence était suspendue à la réussite de cette mission, sa survie dépendait de son utilité. Refusant de se laisser abattre, le jeune fonctionnaire frappa de nouveau avec l’énergie du désespoir une série de coups contre la vieille porte de bois. Les chocs du heurtoir furent si puissants qu’ils firent tomber de la poussière des encadrements vermoulus et affolèrent les oiseaux perchés sur les charpentes. Au bout de quelques minutes le calme revint chez les pigeons et l’on entendait plus que le son ouaté des gros flocons qui se posaient sur les visiteurs malchanceux. Le long manteau noir du vampire commençait à blanchir. Sans quitter la porte des yeux le jeune homme balbutia :
- Maître… heu.. je crois qu’il n’y a personne…
- Tendez l’oreille, Herr Kapitän, elles approchent.
Le pauvre fonctionnaire, qui n’entendait rien, s’était résolu à ne pas contrarier les espoirs de son Maître et à attendre patiemment sa colère quand il entendit au loin des pieds nus marcher sur de la pierre et tintinnabuler des chaînettes. Il regarda autour de lui pour tenter d’identifier le lieu d’où provenait ce son encore presque imperceptible, mais tout était recouvert de neige ; il ne pouvait donc pas venir de la rue mais seulement de derrière cette porte et pourtant de bien au-delà des dix mètres que la tour faisait dans sa plus grande largeur… Une lumière bleutée filtra bientôt par les embrasures, toujours plus éclatante à mesure que les pas, dont on entendait maintenant nettement les claquements de la chair nue, s’approchaient. Quand le seuil fut baigné de lumière la voix d’une femme jeune lança :
- C’est qui ?
Le jeune fonctionnaire qui ne s’attendait plus à ce que quelqu’un vint lui ouvrir et qui s’attendait encore moins à ce que quelqu’un vienne sans lui ouvrir, était pris au dépourvu et désemparé par tant de désinvolture. Il se retourna alors vers le vampire pour demander hésitant :
- Maître, euh… excusez-moi mais on me demande qui c’est ? J’annonce qui ?
Le visage du vampire se figea dans la nuit, il ne pensait pas rentrer si vite dans le vif du sujet. Qui était-il au juste ? Il ne s’était jusqu’alors connu que comme ombre assoiffée de sang redoutant les assauts du soleil et intéressée par sa seule survie, c’est-à-dire comme Nosferatu, mais sa présence en ce lieu, si loin de son château et des faubourgs de Wismar, dénonçait l’inadéquation de ce terme. Il n’avait pourtant que celui-là à proposer.
- Dites, Herr Kapitän, dites à haute et intelligible voix que le « Nosferatu » est arrivé.
Collant presque sa bouche contre la vieille porte de bois et poussant sa voix en sur-articulant comme une aide soignante parle à l’oreille d’un homme ivre, d’une personne âgée, ou de tout autre individu dont on peut douter des facultés de compréhension ou d’audition, le jeune fonctionnaire lança :
- Mon Maître me fait dire que « le  Nosperatu est arrivé ».
Le vampire eu un coup d’oeil indigné vers le fonctionnaire qui était parvenu, dans ce moment solennel, à écorcher la seul appellation qu’il se connaissait et à tourner la situation au grotesque. Mais il n’eut pas le temps de lui en tenir ouvertement rigueur que déjà on entendait le cliquetis d’une série de verrous et des clefs tournaient dans des serrures. Le jeune fonctionnaire s’étonnait que l’on prenne autant de précautions pour une vieille porte vermoulue. Les gonds grincèrent enfin, la rue s’illumina d’une lumière bleue aveuglante et le porche déversa une épaisse vague de brouillard qui recouvrit tout, nappant jusqu’aux berges de la Słupia qui coulait derrière eux et s’élevant au-dessus de ce qui restait des remparts, les privant tous durant quelques instants de visibilité.  A mesure que se dissipait la vapeur, le jeune fonctionnaire remarqua que des milliers de fils tendus, aux reflets dorés, argentés ou cuivrés, avaient fait leur apparition dans la rue et partaient dans toutes les directions, à même le sol ou suspendus aux branches des arbres comme des guirlandes de noël. Tous provenaient de cette porte où une petite femme pale aux joues creuses tenait une lanterne. Son nez était noble et aquilin, son visage cerclé de cheveux noirs réunis en une tresse qui courait de long de son épaule gauche jusqu’à sa taille. Elle ne portait pour toute vêture que de vagues étoffes vaporeuses et de longues boucles d’oreilles argentées descendaient en chapelets sur ses clavicules, ornées de plumes noirs comme le geai à leurs extrémités. Ses mains, aux ongles noirs et brillants comme des serres, portaient des bagues à chaque doigt, tous comme ses orteils. Des chevilles jusqu’au front, elle était ornée d’un entrelacs de chaînettes serties de pierres noires et rouges qui se réunissaient en bracelets à ses bras et ses chevilles, ceintures sur ses hanches, et diadème à son front. À sa taille pendait une paire de ciseaux aux motifs finement ouvragés. On pouvait voir sur sa peau des morceaux de phrases écrites en des langues inconnues ou des symboles gravés dans la chair. Un scarabée remonta en courant le long de ses côtes, trottinant jusqu’à sa chevelure où il disparut, tandis qu’elle plongeait ses yeux noirs aux reflets d’un jaunes ardent dans ceux du jeune fonctionnaire qui, les joues rougies d’émotion, suait à grosses gouttes. Le pauvre jeune homme était pétrifié, aussi incapable d’arracher son regard à la contemplation de ce corps que de parler. Sidéré par la nudité de cette apparition spectrale, il ne put que rouler des yeux ronds, ouvrir silencieusement la bouche et montrer du doigt son Maître qui se trouvait quelques pas derrière lui. Se tournant alors vers le vampire, la jeune femme lança :
- Prince Nosferatu, je suis Skuld, je vous souhaite la bienvenue. Mes soeurs ne me croyaient pas lorsque je leur ai dit que vous alliez venir à nous, mais moi, je vous attendais. Suivez moi mais laissez votre caisse de terre à l’entrée, vous n’en aurez pas besoin. Dans notre monde le sommeil n’existe pas. La faim et la soif non plus d’ailleurs.
Dit-elle en un rire avant de leur tourner le dos et de fendre l’obscurité de la clarté de sa lanterne, suivi par Nosferatu, qui venait de déposer son cercueil derrière la porte, et enfin par le jeune fonctionnaire rassuré à l’idée qu’il ne tiendrait pas lieu de repas dans les heures à venir.
La distance qu’ils parcouraient était telle que le fonctionnaire comprit vite que cette porte n’ouvrait pas sur la tour, mais sur un autre monde, aux dimensions plus vastes. Lorsqu’il parvint enfin à arracher son regard du spectacle carillonnant des hanches de la jeune femme qui marchait devant lui et son maître, il s’aperçut qu’une lumière diffuse tombait du ciel. Elle émanait d’une sphère qui rayonnait au zénith et rappelait plus l’ouverture d’un puits vue depuis les entrailles de la terre que la clarté de l’astre lunaire. Sous leurs pieds, un chemin de grandes dalles grises, pareilles aux vieux tombeaux usés qui font le sol de certaines églises, tenait lieu de pont au dessus d’une grande rivière, un fleuve ou peut-être même une mer aux eaux argentées et aux courants puissants mais dont le tumulte restait étrangement silencieux. Ils étaient très haut au dessus des flots mais aucune architecture, aucun pilier ne pouvait expliquer qu’un tel pont puisse tenir dans les airs et encore moins les porter. Le fonctionnaire pouvait apercevoir sous le chemin de pierres des milliers de fils qui brillaient au passage de la lanterne, pareils à ceux qui avaient recouvert la ville quelques instants auparavant et il découvrit que l’un d’entre eux avait dû s’attacher à lui. Il saisit discrètement le cordon cuivré qui partait de son ventre pour le détacher de sa chemise, soucieux de ne pas mettre en désordre ce lieu si singulier, mais il s’aperçut aussitôt qu’à travers la chemise, il était en fait fixé à sa peau. Glissant une main entre les plis de tissus, il constata avec effroi que ce cordon partait de son nombril et qu’il semblait soudé à son corps depuis toujours avec la même légitimité que ses autres membres et qu’il ne pourrait s’en défaire sans se mutiler affreusement. Cette découverte terrifia le jeune homme qui se retourna vers son Maître pour savoir s’il était lui aussi soumis à la même infortune, mais le vampire qui marchait d’un pas leste et dont le visage soucieux ne prêtait nulle attention aux tribulations de son disciple, n’était relié à aucun cordon.
- Vous aurez retrouvé votre nombril quand vous ressortirez d’ici, ne vous en faites pas. Lança Skuld en riant sans même prendre la peine de se retourner.
Le fonctionnaire s’aperçut alors qu’elle tenait à la main le fil qui partait de son ventre. Le pauvre jeune homme, gêné de se voir ainsi tenu en laisse par une excroissance surgie de son abdomen, cherchait en vain un propos pour dissimuler son malaise et se redonner de la contenance au regard de la jeune femme lorsqu’ils s’arrêtèrent enfin. Ils étaient arrivés au bout du chemin de dalles et se trouvaient sur un ilot flottant immobile au dessus de la rivière et sur lequel un arbre immense, sorte de grand magnolia au tronc large de plusieurs mètres et aux branches recouvertes de fleurs blanches, avait poussé. De cet arbre pendait des millions de cordons pareils à des lianes et c’est précisément l’un d’eux qui descendait entre les mains de la jeune femme pour aller rejoindre le ventre du fonctionnaire. Sous l’île se déployaient des racines puissantes à travers les airs, certaines débordaient aussi à la surface et se tordaient comme des vouivres présentant leur chair décorce à travers les pierres qu’elles avaient depuis longtemps brisées. Le fonctionnaire encore bouleversé de la découverte de cette organique entrave qui le reliait à cet arbre sans âge jetait un un coup d’oeil au sol, pour s’assurer qu’il n’allait pas en plus se prendre les pieds dans les racines et chuter de plusieurs mètres dans ce fleuve qui n’avait rien de très orthodoxe, quand il découvrit que les dalles étaient, tout comme la peau de la jeune femme, creusées d’inscriptions. Différents alphabets ou symboles se mêlaient et formaient des cercles où des textes s’écrivaient, se chevauchaient et semblaient presque s’entraîner comme des engrenages. Une mécanique poétique du monde s’offrait à la contemplation. L’un des cercles était formé de mots à l’orthographe plus familier et retint son attention ; il put lire en filigrane sur la pierre grise :
D’ici vinrent les filles
Savantes en toutes choses,
Trois, venant de la mer
Qui s’étend sous l’arbre ;
L’une est appelée Urd,
Verdandi l’autre,
La troisième est Skuld :
Elles ont fait les lois
Elles ont fixé les vies
Aux fils des temps
Elles énoncent le destin.
Deux autres femmes se tenaient en effet, près de l’arbre et semblaient les attendre. La première, un peu plus âgée que Skuld, mais guère plus couverte, était assise sur une sorte de trône formé par un enfoncement naturel au coeur du majestueux tronc à l’écorce boursouflée. Elle se tenait, impériale, le dos droit, les mains aux ongles blancs jointes et réunies sur les genoux , le regard fixe. Le pale voilage qu’elle portait pour tout vêtement laissait apercevoir une peau halée, palpitante de vie et d’humeurs, sur laquelle aucune inscription ne se lisait mais où de blanches arabesques serpentaient des membres jusqu’à son cou et venaient dessiner des motifs symétriques sur son visage,  pareils à des peintures de guerre, jusque sur son nez aquilin dont la rectitude était renforcée par un trait blanc. Ses yeux cerclés de noir étaient grands ouverts mais, sans pupilles ni iris, ils se résumaient à deux globes laiteux et aveugles. Sa bouche était d’un rouge bordeaux, tout comme ses cheveux qu’elle portait longs et si densément frisés qu’ils formaient un halo autour de son visage. A ses côtés, une petite vieille toute fripée au regard perçant se leva de la racine où elle était assise et, appuyée sur un bâton noueux, marcha à pas serrés vers les voyageurs. Elle portait une cape élimée de laine grossière d’un rouge passé. Son nez lui aussi avait quelque chose du bec d’un aigle et ses cheveux clairsemés descendaient de son crâne maculé de tâches de vieillesse comme des toiles d’araignées. Ses yeux pétillants et vifs sur ses pommettes rebondies lui donnaient un air des plus affable.
Elle fixa longuement Nosferatu droit dans les yeux en souriant et derrière son regard, embué d’émotions, on voyait passer des souvenirs. En d’autres circonstances, on aurait parlé d’amour pour qualifier la joie si profonde et complète qui baignait ce vieux visage usé à la vue du vampire. Skuld vint se ranger derrière la vieille femme qui tendit alors une main noueuse aux ongles fendillés vers le vampire en prononçant ces mots d’une petite voix :
- Wilhelm Von Stralendorff, après toutes ces années, tu nous es revenu !

 


   oct 22

Chapitre 16 : Ce fut une Lada Niva rouge qui répondit à leur appel

Son oeil noir baigné d’une brume laiteuse était grand ouvert dans l’obscurité du catacombe. Les oreilles dressées et les narines haletantes, il guettait sans oser bouger car il savait confusément qu’une créature se cachait là, quelque part ; il avait traversé sans encombres trop de périls grâce à son sixième sens pour en négliger les alertes. Pas le moindre mouvement, pas la moindre vibration, pas le moindre son ne venait satisfaire son attende anxieuse, seule une odeur moite de crustacé mêlée à des effluves de vieille terre flottait lourdement dans cette cave gelée et dénonçait une présence incongrue, peut-être promesse d’un succulent repas. S’il n’y avait eu les effluves de vodka, il aurait parié sur un crabe mort, comme celui découvert le mois dernier dans le grand entrepôt, à côté des halles. Tombée derrière de grosses caisses métalliques à la criée et pris en sandwich entre deux conduits de chauffage, la pauvre créature n’avait pu se libérer de cet étau en dépit de ses gesticulations, elle avait agonisé si longtemps que ses tissus fermentaient et ses pattes commençaient à se détacher d’elle avant qu’elle ne succombe tout à fait. Cruel accident de la vie pour ce crustacé que tout destinait à s’endormir en quelques secondes dans le bain bouillonnant d’une marmite où la tendre main rosée d’une ménagère l’aurait laissé glisser vers un repos éternel en une dernière caresse. Mais « à quelque chose malheur est bon », dit le proverbe, et cette agonie donna lieu à un des repas les plus savoureux qu’il connut, même si arrivé trop tard, la carcasse avait été creusée, vidée, nettoyée et qu’on ne lui avait laissé que le contenu sec et racorni des pattes. Quelle odeur ! La tentation était grande de chercher la charogne en suivant son seul flair, à tâtons, pour essayer de se tailler, avant les autres, la part du lion.

Le tapotement sur le carton gelé de quatre petites pattes griffues venant à sa rencontre sonna le glas de ses espoirs de bombance. Les longues moustaches frôlaient déjà sa joue droite et bientôt une queue sans poil vint s’enrouler sur ses épaules : il faudra partager avec le généreux guide qui le conduirait jusqu’au repas. Peste soit de la solidarité, il aurait bien joui encore quelques instants de sa solitude d’éclopé !
Les deux rats escaladèrent une montagne de cartons en sautillant pour en atteindre le sommet. Là, se glissant entre les interstices de cet abri de fortune d’où sortait des effluves tièdes et fumantes, le plus jeune continua seul, laissant à l’entrée de la caverne de cellulose le prudent vieillard aveugle qu’une vilaine excroissance, sous le ventre, freinait dans sa course. L’excitation montait chez les créatures que la faim tiraillait et qui sentaient palpiter sous elles une masse qui respirait encore. Le jeune rat accéda enfin à de grosses couvertures qu’il commença à creuser frénétiquement pour créer un tunnel dans la maille à l’aide de ses pattes avant dans l’espoir d’accéder à la nourriture. A mesure que le trou se formait dans les couvertures, le vieux rat aveugle flairait, de son carton, des odeurs maintenant identifiables qui remontaient des cartonneuses excavations où œuvrait son camarade : il en était sûr maintenant, il ne s’agissait pas d’un crabe moribond mais de chair humaine sous cet abri de fortune. Il était grand grand temps de descendre avant que les choses ne se compliquent et surtout de le faire sans donner l’alerte sous peine d’attirer l’attention sur soi. Tant pis pour lui !
- Aïe !
Hurla une voix sous les cartons. Le vieux rat avait heureusement quitté la montagne de carton qui s’animait comme un volcan et, trainant sa tumeur, il courait droit devant lui guidé par la fraicheur qui le conduirait au dehors, son imprudent camarade n’eut pas cette chance. Ruant de douleur, le jeune fonctionnaire qui venait de se faire mordre la fesse se cabra vigoureusement avant retomber sur la petite créature à la bouche pleine, lui rompant les côtes. Au passage il donna un violent coup de bottes dans les pelles et pioches qui se dressaient à ses pieds, alignées contre le mur, ce qui lui valut, en seconde salve de désagréments, une avalanche d’outils tous plus lourds et contondants les uns que les autres.
Se débattant aux milieu des manches, des étoffes et des cartons, le fonctionnaire regarda partout autour de lui. De nouveaux bleus venaient recouvrir les blessures de la veille, marbrées de tâches jaunes, violettes, brunes ou rosées pour les plus fraiches, le fonctionnaire hébété par cette agression « matinale » avait tout d’un dalmatien arc-en-ciel. Dans son demi sommeil il était persuadé d’avoir distinguer l’ombre du vampire disparaître au moment où il avait ouvert les yeux. La créature venait-elle de lui mordre la fesse ? Il se redressa vivement et déboutonna son pantalon pour identifier cette blessure qui le faisait cruellement souffrir et irradiait jusque dans les os de son bassin. Se contorsionnant comme il put, il s’aperçut qu’il lui manquait un centimètre carré de chair sur la fesse droite et que la plaie se gorgeait lentement de sang. À ses pieds, un rat tenait justement dans sa gueule le morceau manquant à son arrière-train ce qui le soulagea avant de l’inquiéter… Son maître n’avait manifestement pas décidé d’en faire son repas aujourd’hui en lui plantant ses abominables crocs dans le croupion, mais ce soulagement fut de courte durée car dieu sait quelles maladies honteuses pouvaient véhiculer ces répugnantes créatures !
- Bien fait !
S’exclama-t-il d’une voix rageuse dans l’obscurité de sa caverne en se penchant sur la dépouille du rat.
- Déjà debout Herr Kapitän ?
La silhouette du vampire se détachait au seuil de la porte sur la lumière bleue d’une nuit de Poméranie orientale. Il tenait posé dans le creux de sa main un gros rat difforme et essoufflé au ventre gonflé d’une protubérance. Comme pris en faute, le jeune fonctionnaire releva son slip et son pantalon d’un même geste. En effet, le cercueil qui se trouvait à côté de lui était entre ouvert et vide. Le vampire avait dû se lever avant lui.
- Bonjour…
Balbutia le fonctionnaire rougissant et fourrant à la va vite sa chemise dans son pantalon. Mais le vampire ne le regardait déjà plus, il était captivé par son nouvel ami.
- Je viens de découvrir cette petite créature à l’entrée de la crypte où nous avons passé la journée. Elle tremblait. Le pauvre animal est encore tout essoufflé d’un effort inconsidéré au regard de son grand âge.
En parlant, le vampire avait ramené sa main près de son visage, le museau du rat à quelques centimètres de son nez, et il grattait affectueusement le menton de la petite bête au pelage brun de son ongle jauni. On entendait les cliquetis du ceinturon que le fonctionnaire tentait de refermer.
- Malédiction ! Le pauvre petit animal est aveugle ! Victime d’une odieuse cataracte. Alors ouvrez l’œil, un compagnon à lui ne doit pas être loin ! Savez-vous, Herr Kapitän, qu’un rat aveugle n’est jamais abandonné par sa communauté ? Les créatures valides de son groupe vont se relayer nuit et jour pour lui apporter de la nourriture et l’accompagner dans le moindre de ses déplacements, refusant avec acharnement le tragique destin qui attend tous les êtres valétudinaires. Les rats en auraient long à apprendre aux êtres humains si ces derniers prenaient la peine de les observer humblement. L’insociable sociabilité à laisser chez-eux la place à une sociabilité authentique où le souci de l’autre est indissociable du souci de soi…
Le jeune fonctionnaire percevait chez le vampire une forme d’exaltation. Le sujet du rat, sans qu’il ne se l’explique, semblait des plus à vif. Il sentait indistinctement que le petit cadavre qui gisait à ses pieds pourrait très certainement sceller sa perte car, bien que mort par accident, tout le désignait comme meurtrier. Tandis que Nosferatu poursuivait ses réflexions sur la hiérarchie des espèces et la « société des rats », manifestement profondément mûries par de longues méditations et sillonnées de références à des penseurs allant de Kant à Adam Smith en passant par Marx, Rousseau ou encore un certain Mandeville apparemment versé dans les choses de l’apiculture, le fonctionnaire écoutait d’une oreille distraite car il cherchait surtout un moyen de dissimuler le petit corps au plus vite. L’enthousiasme du vampire grandissait et le pauvre jeune homme n’eut d’autre idée que de glisser insensiblement un pied distrait sur la dépouille du jeune rat afin de la dissimuler aux regards du vampire. Pour ce qui est de l’empreinte de cadavre écrasé sur son séant, il comptait sur le sang qui continuait d’imbiber son pantalon pour la camoufler. Le vampire était de toute façon trop occupé par le rongeur qu’il tenait pour lever la tête.
- Ha ! la vie n’est pas de tout repos pour vous, créatures de la nuit. Vous croyez contempler votre bonheur au terme des années d’apprentissage pendant lesquelles vous êtes parvenus à vous maintenir en vie, échappant à tant de périls : les terribles chats, les infatigables limiers qui vous vont font la chasse, et tout le génie perfide fait de pièges et de poisons que peut déployer la cruelle humanité lorsqu’il s’agit d’éradiquer une espèce entière… Et voilà que c’est la maladie, dernière des calamités, qui s’abat sur vous et vous prive du spectacle de la vie ! Voilà qu’elle s’enfuit déjà, cette vie si fragile, derrière vos yeux, voilés de nacre. Voilà que la mort, précédée de son cortège de douleurs et de mutilation s’approche de vous. Ha ! Tendre animal, mon pauvre ami, toi qui ne reçoit que le mépris, la haine et le scandale ! Toi le paria dont le monde ignore la secrète supériorité ! Laisse moi au moins te sauver toi faute de pouvoir vous sauver tous !
Appuyant son pouce bleuté contre l’une de ses longues incisives, le vampire fit perler une goutte de sang noir pétrole au bout de son doigt avant de le tendre au fébrile rat. L’animal lapa avec avidité. Le jeune fonctionnaire qui sentait le sang couler dans son pantalon et sa fesse le brûler comme sous l’effet d’un tisonnier rougi observait la scène médusé sans oser bouger le pied du cadavre. La petite bête se mit à trembler dans la main du vampire qui esquissa alors un sourire. L’excroissance pelée qui pendait de son ventre diminua comme une hernie qui se dégonfle et ses yeux noirs perdirent le nuage qui les palissait, comme si l’on eut enlever le lait d’une tasse de café. Poussant deux petits cris aigus, le rongeur fit plusieurs tours sur lui même comme pour remercier ce démiurge qui avait restauré l’ordre originel de la divine. Il avait retrouvé la vue, la jeunesse, la vélocité et surtout perdu sa tumeur. D’un saut il jaillit vigoureusement de la main vampire puis couru joyeusement et sans se retourner vers le cimetière qui s’étendait au dehors de la crypte. Une nouvelle vie s’offrait à lui.
- Comme ils sont attachants !
- Maître, vous… vous pouvez soigner… Mais…
- Le sang des gens de mon espèce à quelques propriétés thérapeutiques, en effet, Herr Kapitän.
- Mais Maître… mais c’est formidable !
- Êtes-vous prêt à me conduire à Slupsk ?
- Mais… vous ne vous rendez pas compte ! Vous pouvez soigner avec une seule goutte de votre sang ! Vous pourriez, vous pourriez…
Le fonctionnaire pensait si fort à son postérieur endolori que le vampire l’arrêta net :
- Je n’ai ni le désir, ni suffisamment de sang à gaspiller pour soigner qui que ce soit, Herr Kapitän. Hâtez vous de me conduire à Slupsk avant que je décide de m’occuper de votre sang à ma manière car vous empestez l’hémoglobine ! Estimez vous heureux que j’ai copieusement dîner avant de vous rejoindre et à l’avenir prenez garde à ne plus vous asseoir n’importe où.
- Oui, Maître.
Le jeune fonctionnaire regarda ses pieds comme un enfant que l’on gourmande. Et se saisit piteusement de la vieille couverture pour faire semblant d’éponger son pantalon au postérieur auréolé de sang. Ce n’était pas le moment de se faire remarquer. Il profita de la manœuvre pour lâcher l’étoffe de laine sur ses pieds et camoufler le forfait jusqu’alors dissimulé par sa semelle. Le vampire pouvait soigner n’importe qui, mais au lieu de lui venir en aide en lui proposant une goutte de sang comme il l’avait fait pour un rat répugnant, il l’avait menacé de le saigner ! Une mauvaise humeur mêlée d’un profond sentiment d’injustice s’emparait du jeune homme encore tout courbatu des exploits de la nuit précédente. Il aurait voulu protester, crier à l’injustice, rappeler tous les périls qu’il avait affrontés pour son Maître, mais il se tut. Il avait toujours su modérer l’expression de son insoumission et temporiser son impulsivité. Mais dans le secret de sa vie intérieure, la nécessité de fausser compagnie à ce maître ingrat lui apparut comme une évidence alors qu’il marchait d’un pas lent et boiteux vers le cimetière au dehors de la crypte. Avant même de maugréer pour lui même en raison du froid glacial qui régnait en ce lieu, son esprit chagrin se réchauffa : une bouteille de liqueur de patate à 70°, un chapelet de saucisses de Francfort et un pot de câpres l’attendaient. Il compris immédiatement que c’était la faim qui l’avait rendu si bougon et finalement si injuste avec son Maître. Touché de l’attention du vampire qui, bien qu’ignorant des rudiments de la diététique et de l’art culinaire, avait fait l’effort de lui procurer de la nourriture, le jeune fonctionnaire lui lança un regard mouillé plein de reconnaissance.
- Hâtez-vous de vous restaurer, Herr Kapitän, il me tarde de revoir les sorcières de Slupsk.
Après avoir goûté à deux câpres, englouti une douzaine de saucisses et s’être brûlé l’estomac d’une rasade de ce Schnaps bon marché, le jeune fonctionnaire quitta la tombe où il avait posé sa fesse gauche pour entrainer son maître, chargé de son cercueil, jusqu’à la ville. Là, il héla un taxi à même de les transporter eux et leur cargaison. Ce fut une Lada Niva rouge qui répondit à leur appel. Sous la neige qui tombait à gros flocons, il chargèrent les galeries de la bière sans que le conducteur, probablement ivre ou résolu à négocier un bon pourboire, ne note l’incongruité du bagage. La caisse solidement ficelée par le fonctionnaire, ils quittèrent la station thermale devenue blanche en direction de Slupsk. Tous étaient heureux.
Songeant déjà aux bordels d’Utska où il irait dépenser l’argent de sa course, le conducteur roulait joyeusement, prenant toute la route pour lui seul. Il avait jugé opportun de rallonger le voyage, et du même coup sa commission, en conduisant les deux touristes par la route côtière quand il eut été plus direct de passer par Slawno. Le jeune fonctionnaire, quant à lui, sentait venir la fin du périple et prenait plaisir à expliquer de nouveau à ce Maître sévère mais juste le système du moteur à explosion et les diverses avancées techniques qui constituaient ce véhicule fraichement sorti des usines bolchéviques. Enfin, notre vampire, qui n’entendait rien aux explications du fonctionnaire, plus en raison du vacarme produit par la traction à chaine de la Lada que par la complexité du propos, était absorbé dans une contemplation de la nuit où dansaient des flocons. Dans les nuages blancs de l’averse se dessinaient pour lui seul les traits de l’être aimé. Quittant Darlowo, ils roulèrent ainsi jusqu’à Utska, pour enfin rejoindre Slupsk. De temps à autres le conducteur lançait, par mauvaise conscience plus que par politesse, des commentaires en polonais sur l’intérêt touristique de tel ou tel lieu que ses passagers ne pouvaient, de toutes façons, ni apercevoir dans la nuit, ni entendre dans le chambardement du véhicule.
En un peu moins de trois heures ils furent à Słupsk et s’arrêtèrent devant la Baszta Czarownic. Voyant ses passagers descendre et commencer à détacher leur chargement sans manifester le désir de le payer, le conducteur réclama sa course. N’obtenant aucune forme d’attention des deux voyageurs sourds à ses gesticulations et tout affairés à dénouer les cordes gorgées d’eau par le voyage sous la neige, il haussa le ton et menaça finalement d’en appeler aux sergents de ville… le pauvre homme n’eût pas le temps d’achever sa dernière phrase qu’il paya bien cher sa finauderie. Nosferatu, à qui le voyage avait pourtant coupé la faim, et qui se sentait nauséeux au sortir du voyage en Lada, dut prendre sur lui afin de saigner l’insurgé et d’éviter le scandale. Pas une goutte de sang ne vint tâcher la neige.
Il n’était pas encore minuit et enfin, la haute porte de bois de Baszta Czarownic se dressait, sans obstacle, devant le vampire, son disciple et son cercueil.
- Herr Kapitän, veuillez frapper pour m’annoncer.